En Russie, les entreprises européennes s’adaptent aux sanctions

Philippe Pégorier, président de l'AEB en Russie.

Philippe Pégorier, président de l'AEB en Russie.

Service de presse
Le président de président de l’Association of European Business (AEB) en Russie Philippe Pégorier explique comment les sociétés européennes voient la crise politique actuelle entre la Russie et l’UE, tout en livrant son point de vue sur les ajustements adoptés par ces entreprises face aux sanctions occidentales.

Philippe Pégorier est président de l'AEB en Russie, la plus grande organisation étrangère dans le pays. Il travaille en Russie depuis 35 ans et y vit depuis près de 20 ans. Fin connaisseur du monde russe des affaires, il est au fait de la façon dont les entreprises européennes ressentent tensions politiques actuelles entre l’UE et Moscou.

Russia Direct : Cela fait un an que la Russie et l’Union européenne ont adopté des sanctions mutuelles. Les sociétés françaises et européennes souffrent-elles de cette situation ?

Philippe Pégorier : Bien sûr. Les sociétés françaises, mais aussi européennes, sont touchées dans leur ensemble. Selon moi, les petites et moyennes entreprises en ressentent néanmoins bien plus les conséquences que les grands groupes.

Les marques importantes possèdent déjà leurs lignes de production en Russie et travaillent directement dans le pays.

Quant aux investissements européens cumulés en Russie, ils s’élèvent à près de 170 milliards d’euros. Ce chiffre montre qu’on dispose de nos usines en Russie et qu’on y a créé 500 000 emplois.

Nous essayons de renforcer notre présence pour deux raisons.

Premièrement, avec la dépréciation du rouble, il est désormais deux fois moins cher pour nous de produire en Russie.

Deuxièmement, la politique du gouvernement russe vise à attirer les investissements et favoriser l’installation de production étrangère. Par exemple, Alstom, Siemens, Schneider Electric et d’autres sont implantés dans le pays depuis longtemps. Cette tendance s’explique par le fait que nos principaux clients étaient des entreprises publiques russes. Seules les sociétés qui avaient déjà placé leurs équipements et leur production en Russie avaient une chance de remporter un appel d’offres d’État.

De plus, les grands groupes européens en Russie font tout pour essayer de conserver leur position sur le marché russe. Mais nous devons garder à l’esprit que la part d’une entreprise sur le marché ne représente pas la part d’un pays sur ce marché. Par exemple, lorsque Siemens ou General Electric commandent des équipements pour la Russie à leurs usines en Chine, ces démarches sont évidemment considérées comme des exportations chinoises, et non européennes, vers la Russie. Le plus important est cependant de disposer de son propre matériel dans le pays où l’on opère.

RD : Selon vous, comment pourrait-on sortir de la crise actuelle dans les relations entre la Russie et l’UE ?

P.P. : Nous, l’ensemble des entreprises européennes, avons déjà déclaré que le seul moyen de sortir de la crise était de discuter avec Moscou, de négocier avec le président russe Vladimir Poutine. Les affaires se passent de cette manière en Russie.

Comment résoudre un problème s’il faut discuter d’un point avec le président mais qu’on refuse de parler ? C’est illogique. Après tout, la Russie est notre partenaire et notre voisin. On peut divorcer de sa femme ou de son mari, mais avec son voisin c’est impossible.

RD : Quelles sont les options afin de rétablir les relations entre l’UE et le Russie ? Qu’est-ce qui pourrait motiver les deux camps à trouver un compromis ?

P.P. : Tout d’abord, je souhaiterais indiquer que depuis le début de l’année, les échanges entre la Russie et l’UE ont baissé de 12%. Cependant, ce déclin est moins dû aux sanctions qu’à la crise économique.

Que peuvent faire les entreprises ? C’est très simple : elles doivent sauvegarder les contacts avec leurs partenaires et clients. Nous, les entreprises européennes, souhaitons toutes rester en Russie sur le long terme et nous devons bien entendu nous adapter. On comptera de moins en moins de travailleurs expatriés et davantage de Russes. La production pourrait également être limitée si la demande baisse sur le marché. Nous ferons tout pour rester en Russie, contrairement aux sociétés américaines qui quittent le pays à l’instar de General Motors et Hewlett-Packard.

RD : Moscou s’ouvre de plus en plus aux entreprises chinoises, qui viennent en Russie avec d’énormes investissements et projets. Ne pensez-vous pas qu’elles pourraient représenter une menace pour les entreprises européennes en s’immisçant dans les affaires en Russie ?

P.P. : La concurrence chinoise existe partout dans le monde, pas seulement en Russie. En réalité, la présence chinoise en Russie est moins importante que la nôtre et minime par rapport à l’influence de Pékin dans le monde. On peut donc dire que la Chine était en quelques sorte éloignée de la Russie en matière de coopération économique et commerciale. Mais les portes du pays sont désormais grandes ouvertes et les Chinois en profitent naturellement. C’est tout à fait normal.

Ce qui n’est pas normal, c’est que ces changements aient lieu si rapidement. En un an, tout a été très vite.

À propos, les échanges entre la Russie et la Chine ont également chuté, ce qui est aussi logique au vu de la crise et du ralentissement économique mondial.

Je souhaiterais également souligner le fait que les entreprises chinoises n’installent jamais leur production à l’étranger. Elles fabriquent tout dans leur propre pays, ce qui rend leurs liens avec les pays partenaires moins forts

L'entretien a été retraduit de l'anglais. Version intégrale est disponible sur le site​ de Russia Direct 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

À ne pas manquer