Grande distribution : la Russie toujours attractive pour les investisseurs étrangers

Crédit : AP

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Le groupe suédois Ikea a décidé d’investir près de 200 millions d’euros dans le développement de ses centres commerciaux de Moscou. Carrefour, l’un des premiers détaillants au monde, avait auparavant annoncé son implantation sur le marché russe malgré la récession économique actuelle. Selon les experts, le secteur russe de la grande distribution reste attractif de par son potentiel de croissance, malgré la baisse du pouvoir d’achat de la population.

Le groupe suédois Ikea a décidé d’investir près de 200 millions d’euros dans le développement de son réseau de centres commerciaux à Moscou. C’est ce qu’a déclaré le directeur général d’Ikea Centres Russia, Armin Mikaeli, au journal économique russe Kommersant. Selon ce dernier, la surface des deux hypermarchés du réseau devrait croître de 30% d’ici 2018. Plus tôt, au mois de mai 2015, le groupe français Carrefour, l’un des principaux détaillants mondiaux, avait annoncé son implantation sur le marché russe, en dépit de la récession économique actuelle. « Malgré une concurrence toujours plus intense dans le secteur au cours des dernières années, le taux de pénétration des formats modernes de retail en Russie reste inférieur d’un quart à la moyenne des économies émergentes », explique l’analyste de la société d’investissement Finam, Timour Nigmatoulline.     

Intérêt des investisseurs

Contrairement à IKEA, le français Carrefour envisage de retourner en Russie non pas directement, mais par l’intermédiaire du groupe arabe Majid Al Futtaim, propriétaire d’une franchise du réseau. Comme l’a indiqué à RBTH le service de presse du président du Tatarstan, région russe majoritairement musulmane située à 800 km à l’est de Moscou, c’est dans cette région que l’enseigne prévoit l’ouverture de ses premiers magasins. En 2009, le français avait déjà tenté de s’implanter directement sur le marché russe. Carrefour avait à ces fins ouvert deux magasins à Moscou et dans le sud de la Russie, à Krasnodar. Le groupe avait toutefois cédé ses magasins par la suite. Dans le sillage de Carrefour, Walmart, premier détaillant mondial, avait au début de l’année 2010 annoncé publiquement l’abandon de son projet d’implantation sur le marché russe, sans avoir ouvert un seul magasin dans le pays. Le groupe avait également envisagé d’acquérir une importante chaîne de magasins russes, mais les négociations n’avaient pas abouti. 

« Le commerce de détail en Russie reste attractif, notamment pour les investisseurs, en raison du potentiel de croissance existant. Les principaux détaillants représentent un peu plus de 20% du chiffre d’affaires total du secteur. Dans le même temps, les marges du commerce de détail sont plus élevées que dans d’autres pays », indique le directeur du département analytique de la société d’investissement Rus-Invest, Dmitri Bedenkov. Selon ce dernier, le fait que les investisseurs continuent de croire au potentiel de croissance future du marché du retail en Russie permet aux détaillants russes de lever des capitaux sur les marchés financiers. Le premier détaillant russe, Magnit (10 000 magasins) a ainsi cédé 1% de son capital en février 2015 à des investisseurs étrangers pour 9,8 milliards de roubles (162,35 millions de dollars). Dans ce cadre, les options d'achats des clients avaient été réunies en moins d'une journée. Sur l'ensemble de l'année 2015, la chaîne prévoit d'ouvrir près de 2 000 magasins de petite taille et 90 hypermarchés. Outre Magnit, le détaillant russe Lenta s'est également lancé dans une seconde offre publique d'achat. A l’issue de son introduction à la bourse de Londres au printemps 2014, la société a vendu 22% de ses actions pour 952 millions de dollars. Tout comme dans le cas de Magnit, les besoins en liquidités sont liés à l'expansion rapide de la chaîne : la société s'attend à une hausse de 34 à 38% de ses recettes d'ici la fin de l'année 2015.          

Nuages à l’horizon 

Selon les experts, le seul frein au développement du secteur de la grande distribution en Russie est le coût élevé du crédit. « Les perspectives de développement des chaînes du secteur se sont détériorées en raison de la hausse des taux d'intérêt d'une part, et de la hausse des charges combinée à une chute de la demande des consommateurs de l'autre », explique Dmitri Bedenkov.

Un tout autre problème est la chute du pouvoir d'achat des consommateurs. Selon les chiffres du ministère du Développement économique, sur fond de hausse de l'inflation au cours de l'année 2014, le salaire réel en Russie a chuté de 9,6% par rapport aux indicateurs de 2014, ce qui va entraîner une contraction du chiffre d'affaires du commerce de détail en Russie de 8,2%, soit 28 000 milliards de roubles (533,6 milliards de dollars). « La situation de la demande en matière de consommation en Russie pourrait se dégrader fortement et donc sérieusement rallonger les délais de retour sur investissement des projets », indique Timour Nigmatoulline. 

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