Un incubateur pour mieux s’implanter en Russie

Crédit photo : Getty Images/Fotobank

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La communauté d’affaires française en Russie a connu des jours meilleurs. La situation actuelle n’incite pas à s’implanter en Russie, mais si à long terme, le potentiel reste alléchant.

Malgré l’affaissement de la croissance russe, qui devrait s’inscrire sous la barre de 1% en 2014, certains secteurs de l’économie restent promis à une forte croissance en Russie. Même si l’euphorie de ces dernières années a cédé le pas à une certaine circonspection, la France reste bien positionnée sur ce marché.

La France est le 2ème investisseur en Russie

« En termes d’investissements directs, la France arrive en deuxième position derrière l’Allemagne », souligne Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, un think tank spécialisé dans l’analyse des relations entre les deux pays. 

Il reconnaît que la situation actuelle n’est pas favorable à l’investissement, mais « c’est normal, les gens attendent, regardent comment ça se passe, évaluent », poursuit le chercheur.

Si certains entrepreneurs français attendent de voir comment les choses vont évoluer, d’autres sont persuadés que c’est maintenant qu’il faut se lancer sur le marché russe, pour profiter pleinement des effets de la reprise lorsque celle-ci, forcément, finira par se produire.

Créer des passerelles entre les pays

C’est le cas de Yannick Tranchier et de sa société Ob-vious, dont la vocation est de nouer des partenariats technologiques entre des start-up russes et françaises pour ensuite leur permettre de monter et de gérer des projets collaboratifs entre les deux pays.

«  En Russie, il y a un écart énorme entre la recherche scientifique, qui est très bonne dans certains secteurs, et le marché. On voit apparaître des start up mais le problème, c’est qu’elles ne communiquent pas suffisamment avec les grands groupes susceptibles de stimuler leur développement. C’est là que nous intervenons avec des prestations de coaching et de stratégie qui n’existent pas en Russie. Le potentiel de croissance est très important », souligne Yannick Tranchier.

En parallèle à ses activités au sein d’Ob-vious, cet ingénieur en informatique a également créé la Maison des entrepreneurs français (MEF), une pépinière de 700 m2 dans le centre de Moscou, destinée aux PMI-PME qui cherchent à s’implanter, tous secteurs d’activité confondus.

« Plusieurs de mes clients français soucieux de développer leurs activités en Russie m’ont demandé si je pouvais les accompagner dans leur démarche et pour commencer, les aider à trouver des bureaux. Comme je n’ai rien trouvé de satisfaisant, j’ai décidé de créer ma solution. C’est comme ça qu’est née la MEF », explique Yannick Tranchier.

Un potentiel important

Sept entreprises, actives dans la pétrochimie, l’aéronautique, internet, le tourisme, les logiciels ou les ressources humaines ont déjà fait le pas. Une quarantaine négocient leur arrivée prochaine, mais Yannick Tranchier reconnaît que plusieurs d’entre elles ont remis leur décision à plus tard.

Denis Le Chevalier fait partie de ceux qui ont choisi la MEF. « La Russie traverse une crise après plusieurs années des croissance quasi-ininterrompue et il va falloir aider les entreprises à se réorganiser », souligne le Français qui vend des outils informatiques pour la gestion et l’optimisation de la productivité.

Sa niche ? La grande distribution, où les perspectives sont prometteuses compte tenu de la taille du marché russe. « Les 100 premiers réseaux de distribution en Russie, sachant qu’il y en a 1400, représentent 3 fois la France en termes de magasins », s’enthousiasme Denis Le Chevalier, avant d’ajouter qu’« ils ont besoin de rationnaliser leurs activités qu’il s’agisse de personnel, de production et de logistique ».

Mise en réseau

S’il a choisi cet incubateur, c’est avant tout parce qu’il voulait partager des bureaux. « Le contact, le réseau, le partage, c’est quelque chose d’important dans une grande ville comme Moscou et à la MEF, il y a plein d’échanges avec les autres entreprises, avec des administrations. On fait plus que partager des bureaux. On peut échanger sur les pratiques du net en Russie, sur l’informatique, des contacts, des intégrateurs… toutes sortes de choses. Et puis surtout, c’est 40% à 50% moins cher que tout ce que j’ai vu d’autre », explique l’intéressé.

En plus du confort de la langue, les locataires de la MEF peuvent bénéficier de toute une gamme de services administratifs. La pépinière se charge en effet d’héberger ou de domicilier les entreprises, de faire leur comptabilité, de faire du portage salarial ou même de les aider à recruter. Autant d’activités qui évitent aux entrepreneurs de se perdre dans les méandres de l’administration – qui requiert tout de même un bon niveau de russe – ce qui leur permet de mettre toute leur énergie au service du développement de leur société.

Vers une communauté

À terme, Yannick Tranchier a pour ambition de fédérer les entreprises et les entrepreneurs français autour de la MEF, d’en faire un véritable lieu de vie et d’affaires car les sanctions n’ont rien changé aux besoins de modernisation de l’économie russe qui restent importants.

Dans le secteur agro-industriel, par exemple. L’embargo décrété contre les produits agricoles de plusieurs pays occidentaux est une occasion pour la Russie de développer sa propre production mais elle aura du mal à développer la productivité de ce secteur sans recourir aux savoir-faire étrangers. Autre exemple, dans le secteur de la santé : il y a très peu d’infrastructures destinées à la prise en charge des personnes âgées alors qu’on constate un allongement de l’espérance de vie de la population depuis quelques années. Là aussi, le savoir-faire développé en Occident pourra être utile mais pour avoir accès à ces marchés, une implantation en Russie reste indispensable et la MEF est l’un des outils qui permet de le faire en douceur.

Une pépiline au coeur de Moscou

La communauté d’affaires française en Russie a connu des jours meilleurs. Sanctions, effondrement du rouble, récession annoncée n’incitent pas à s’implanter en Russie, mais si à long terme, le potentiel de l’économie russe reste important. Carré France, un immeuble au cœur de Moscou investi par des entreprises françaises exclusivement, est né au printemps, mu par la volonté de les regrouper en un même espace pour mieux affronter cette période difficile. À l’automne, Carré France a décidé de mutualiser un certain nombre d’espaces et de les louer à des entrepreneurs désireux de s’implanter en Russie. C’est ainsi que la pépinière Carré France a vu le jour. Cœur de cible ? Des sociétés françaises ou des entreprises qui ont un intérêt pour les échanges franco-russes. « Tous types d’activités à n’importe quel stade d’implantation sont les bienvenues mais une entreprise ne peut pas bénéficier de plus de 5 places de travail », affirme Benoit Lardy, associé partenaire de la pépinière Carré France. Bien évidemment, le savoir-faire des locataires du Carré France – dont la Chambre de commerce et d’industrie France-Russie – est mis à disposition : visa, marketing, hébergement, domiciliation font partie des services de base.

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