Piterbourkh, Pétropol et Léninbourg: Saint-Pétersbourg, la ville aux mille noms

Must do travel experiences in Saint Petersburg

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TASS/Anton Vaganov
Au cours de son histoire, Saint-Pétersbourg a été officiellement renommée trois fois et a obtenu plusieurs surnoms. La ville a ainsi été surnommée «Piter» immédiatement après sa fondation, et l’appellation «Palmyre du Nord» concernait moins la ville que l'impératrice au pouvoir à l'époque. Le sort des autres noms et surnoms de la ville n'est pas moins intéressant.

Saint-Péterbourkh

Crédit : Global Look PressCrédit : Global Look Press

Le 16 (27) mai 1703, une forteresse a été fondée sur l'île aux Lièvres. Contrairement aux légendes, son nom officiel ne lui fut pas donné ce jour-là. À en juger par les documents historiques, le tsar lui-même n'était pas présent. C'est seulement à l’occasion de la Saint Pierre, le 29 juin, que les fondements d’une église furent posés en ces lieux, et la forteresse fut baptisée en l’honneur de son patron céleste. Le 30 juin, le tsar a laissé une note sur une lettre reçue de l'un des boyards : « Accepté de la poste à Saint-Péterbourkh ». Le lendemain, il écrivait : « De Saint-Piterbourkh » et le 7 juillet : « De la nouvelle forteresse de Piterbourg ». Le fait d’écrire successivement le nom avec un « é », un « i », ou encore avec « kh » ou même « g » a duré pendant plus d'une dizaine d'années. Pierre Ier lui-même l’écrivait le plus souvent à la manière néerlandaise : Saint-Piterbourkh, qui est généralement considéré comme le premier nom de la ville. Il a également appelé à plusieurs reprises la ville en construction « Paradis ».

Piter

Crédit : VariousCrédit : Various

Le principal nom officieux de la ville est apparu peu de temps après sa fondation comme une abréviation de « Saint-Piter-bourkh ». La première mention écrite de « Piter » est enregistrée dans la comédie de Denis Fonvizine Le Dadais en 1764. Bien que le nom soit habituellement considéré comme issu des travailleurs qui ont construit la ville au XVIIIe siècle, il était déjà utilisé dans la littérature (par exemple, Radichthchev dans Voyage de Pétersbourg à Moscou), et dans des lettres et mémoires. Après que la ville eut été renommée Leningrad en 1924, le mot « Piter » est loin d’avoir disparu – il était même utilisé par Joseph Staline.

Pétropol

Crédit : ErmitageCrédit : Ermitage

La version grecque existait aussi dès le début. Le 16 juillet 1703, l’échanson proche de Pierre Ier et futur chancelier Gabriel Golovkine a écrit : « Cette ville nouvellement construite est nommée pour le jour même de la Saint Pierre Pétropol et près de sa moitié a déjà été construite ». Cette version a pris racine dans la poésie du XVIIIe siècle dans un contexte de fascination générale pour l'Antiquité.

Palmyre du Nord

Crédit : Mary Evans Picture Library / Global Look PressCrédit : Mary Evans Picture Library / Global Look Press

Le nom de « Palmyre du Nord » est apparu après l’accession au trône de Catherine II. Dans les années 1750–1751, les Britanniques James Dawkins et Robert Wood ont réalisé la première expédition vers les ruines de Palmyre, un lieu oublié de tous. En 1753, Wood a publié le livre « Ruines de Palmyre » et l'a offert à l'impératrice avec la dédicace « Catherine II, Zinovia de Palmyre du Nord ». Cette image a pris racine, et le froid Péterbourg est devenu dans l’imaginaire collectif une ville de palmiers.

Petrograd

Crédit : Karl Bulla, Bulla-StiftungCrédit : Karl Bulla, Bulla-Stiftung

Saint-Pétersbourg a été officiellement renommée pour la première fois un mois après l’entrée de la Russie dans la Première Guerre mondiale, dans un contexte d'émotion patriotique et de sentiments antiallemands. À cette époque, le théâtre Marinsky excluait Wagner de son répertoire, on fermait tous les journaux allemands de la capitale, l'ambassade d'Allemagne était mise à sac et a on tua un servant de l'ambassade. Les Allemands de Pétersbourg eux-mêmes ont commencé à changer de nom de famille en urgence pour des noms à consonance russe.

Crédit : Serge LachinovCrédit : Serge Lachinov

Ironie du sort, ce sont des Tchèques qui ont soumis à Nicolas II une pétition officielle appelant à renommer la ville : « Nous, Tchèques, prions l'administration publique de la capitale de demander à Sa Majesté son approbation et de rendre obligatoire à l’avenir d'utiliser le nom russe de la capitale +Petrograd+ ». Le 31 août 1914, la ville fut renommée.

Leningrad

Crédit : GouwenaarCrédit : Gouwenaar

Le 26 janvier 1924, quelques jours après la mort de Lénine, le Soviet des ouvriers, paysans et députés de l'Armée rouge de Pétrograd écrit une pétition appelant à renommer la ville « à la demande des travailleurs en deuil » (en fait, l'idée venait de Gueorgui Zinoviev, Président du Conseil). Trois jours plus tard, un décret correspondant fut signé, et la ville devint Leningrad. De nombreux Pétersbourgeois ont ignoré le nouveau nom pendant de nombreuses années. Le compositeur Dmitri Chostakovitch plaisantait en affirmant qu’il vivait désormais à Saint-Léninbourg. En plus de l'hybride « Léninbourg », une autre version, « Petrolén », est apparue dans le folklore de la ville.

Saint-Pétersbourg

Crédit : TASS / Anton VaganovCrédit : TASS / Anton Vaganov

En 1989, une initiative visant à rendre à la ville son nom historique a été avancée par l'association Bannière russe. On lança une collecte de signatures à l'appui de cette idée. Les adversaires du changement de nom ont même créé un comité spécial de lutte contre l’initiative. Le 12 juin 1991, en même temps que l'élection présidentielle, se tint un référendum lors duquel les Léningradois durent répondre à la question : « Voulez-vous rendre à notre ville son nom d'origine de Saint-Pétersbourg ? ». Avec un taux de participation de 64%, 54% (contre 42%) des électeurs ont soutenu le changement de nom. Le 6 septembre de la même année, la ville redevint Saint-Pétersbourg. Le nom soviétique a toutefois été conservé dans la forme « Ville-Héros de Leningrad » : la ville est officiellement autorisée à être appelée ainsi lors de toutes les activités liées à la mémoire de la Grande Guerre patriotique et au blocus.

Préparé par Daria Borissenko

Le texte est publié en version abrégée. Le texte intégral en russe est disponiblesur le site d'Arzamas.

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