Sorciers, guitaristes et pacifistes: huit chats qui ont marqué la culture russe

 Эрмитажные коты

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Certains sont capables de réparer un réchaud, de coudre à la machine ou de régler des conflits. Voici la liste des chats que doit connaître toute personne désirant comprendre les codes culturels russes. Le terme « code » ne ressemble-t-il d'ailleurs pas au mot russe désignant un chat, « kot » ?

1. Le chat Bayoun

Illustration tirée du livre Contes populaires russes de K. Kouznetsova,1985. Crédit : Image d'archivesIllustration tirée du livre Contes populaires russes de K. Kouznetsova,1985. Crédit : Image d'archives

Une créature mystique tout droit sortie de contes populaires et dotée d'une voix ensorcelante. Grâce à cette voix, le chat Bayoun pouvait guérir n'importe quelle maladie, mais le plus souvent il s'en servait pour endormir les voyageurs malchanceux avant de les dévorer.

Il n'était pas rare que de fourbes souverains envoient des héros indésirables le capturer, mission qui revenait à les condamner à une mort inéluctable. Ne pouvaient lui échapper que ceux qui se paraient d'un casque de fer (voire de plusieurs), ce qui permettait d'assourdir les sons et de se protéger des griffes de la bête.

2. Le chat savant

 Crédit : Global Look Press Crédit : Global Look Press

Un lointain parent de Bayoun issu du poème d'Alexandre PouchkineRouslan et Ludmila. Attaché à un énorme chêne par une chaîne en or. À droite il chante une rengaine, à gauche il ronronne un secret.

En réalité, c'est tout ce que l'on sait à propos de ce chat, le poète ne lui ayant dédié que quelques vers. Mais puisque Pouchkine est « notre tout », comme l'appellent les Russes, le plus célèbre et aimé des poètes du pays, il n'en fallut pas plus pour ce chat soit connu de tous les enfants.

3. Le chat Béhémoth

Crédit : Elena Martiniouk / Musée Mikhaïl BoulgakovCrédit : Elena Martiniouk / Musée Mikhaïl Boulgakov

Un chat-métamorphe noir et diabolique de la troupe de Woland dans le roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Un farceur caractériel, adoré de tous pour son charisme, sa pitrerie et ses répliques rentrées dans le langage courant.

Si vous avez l'occasion d'assister à un repas en Russie, vous pourrez sans aucun doute entendre l'une d'elles : « Est-ce que je me permettrais de servir de la vodka à une dame ? C'est de l'alcool pur ! ».

Et si votre ami russe se met à vous narrer ses farfelues mésaventures, il commencera certainement ainsi : « Je ne fais pas le guignol, je ne touche à personne, je répare mon réchaud » – exactement comme aimait le faire Béhémoth.

4. Le chat Matroskine

Crédit : Global Look PressCrédit : Global Look Press

« Vous aussi vous mangez votre tartine avec le saucisson en dessous parce qu'un chat vous a dit que c'était meilleur ? » Toute personne qui, dans son enfance, a visionné les dessins animés du village de Prostokvachino comprendra cette blague populaire sur internet.

C'est à partir d'une phrase portant sur la manière dont doit être dégustée une tartine (« met le saucisson sur ta langue, c'est bien meilleur comme ça ») que débuta l'amitié entre un chat de gouttière doué de parole et l'Oncle Fiodor, un petit garçon très indépendant.

C'est Matroskine, dont le caractère économe et rationnel prête à sourire, qui s'occupe de la maison. On a ainsi parfois l'impression qu'il est le chef de la famille. Il sait d'ailleurs broder, coudre à la machine et jouer de la guitare.

5. Léopold le chat

Crédit : RIA NovostiCrédit : RIA Novosti

Si dans le dessin animé Tom et Jerry, Tom pourchasse une petite souris, dans son équivalent soviétique, c'est tout le contraire. Léopold est un intellectuel on ne peut plus typique. Il porte un nœud-papillon, ne boit pas, ne fume pas, ne hausse jamais le ton. Il répète en permanence son credo de vie : « Allez les gars, vivons en harmonie ! ».

Mais deux souris-gangsters, obsédées par l'idée de venger leur espèce, ne le laissent jamais en paix et lui préparent constamment des pièges. Néanmoins, n'étant pas très futées, elles finissent toujours par tomber elles-mêmes dedans, et c'est ce fameux Léopold qui les en sort à chaque fois.

6. Le chaton nommé Gav

Crédit : Global Look PressCrédit : Global Look Press

– Ne va pas là, il n’y a que des ennuis qui t'y attendent.
– Mais comment ne pas y aller ? Ils attendent !

Cette citation, devenue un mème sur le net, décrit au mieux le caractère de ce chaton au nom inhabituel (« gav » est l'équivalent du « ouaf » français, onomatopée de l'aboiement du chien). Il est naïf, téméraire (même si, bien abrité au grenier avec un ami, il ne se refuse pas le plaisir d'être effrayé par l'orage), et a un talent inégalé pour trouver de nouvelles aventures. C'est certainement l'une des créatures les plus mignonnes des dessins animés soviétiques.

7. Les chats de Saint-Pétersbourg

Crédit : PhotoXpressCrédit : PhotoXpress

À Saint-Pétersbourg, il existe tout simplement un fétichisme du chat. Il s'y vend une quantité incroyable de souvenirs liés à ces boules de poils : des magnets, des cartes postales, des t-shirts, des parapluies. Dessus, ils sont représentés supportant le Zénith (l'équipe de football de la ville), jouant de la guitare, discutant avec Pouchkine, attrapant des anges volants avec une épuisette, et tout cela avec la ville en arrière plan.

Rien d'étonnant : Saint-Pétersbourg a une relation particulière avec les chats. Durant le Siège de Leningrad (1941–1944), lorsque plus de 600 000 personnes moururent de faim, il ne restait presque plus de chats et les rats envahirent alors la ville. Grâce à un décret spécial 5000 nouveaux félins furent amenés, et ils ne tardèrent pas à sauver la ville des rongeurs. Les plus grands amateurs de matous se rassemblent à la République des chats, un café-musée où vivent 25 chats, et dans lequel a même cours une monnaie inédite, le catcoin.

8. Les chats de l'Ermitage

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Chaque printemps, dans le principal musée de Saint-Pétersbourg, a lieu une fête des plus inhabituelles : la journée du chat de l'Ermitage. Les « ermiki », c'est ainsi que les employés du musée surnomment leurs collègues à quatre pattes. Ces derniers mènent non seulement une chasse impitoyable aux rats dans les caves du bâtiment, mais ils sont également considérés comme de véritables porte-bonheurs.

Selon Mikhaïl Piotrovski, directeur du musée, des reportages sont tournés à leur sujet aussi souvent que sur les tableaux de Rembrandt. Dans le budget de l'Ermitage il n'y a pas de poste dédié à leur entretien, mais il existe toutefois un compte bancaire sur lequel il est possible de faire un don. Inutile de dire que ce compte n’est jamais à court d’argent. Chaque chat est ainsi nourri, vacciné, stérilisé, possède son propre passeport, sa gamelle, son lit et sa litière.

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