La Russie et les Russes dans les romans d'écrivains étrangers

Russia Beyond (Photo: Ivan Chichkine, Konstantin Savitski; domaine public)
Ce pays nordique lointain et ses rudes habitants ont attiré des écrivains du monde entier. Beaucoup ont voulu placer leurs personnages dans le décor de la Russie ou ajouter un peu de piment à leur roman sous la forme d'un personnage russe.

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Des dizaines de mémoires et de journaux intimes ont été rédigés sur la Russie. De nombreux classiques tels que John Steinbeck, John Reed, Herbert Wells, Gabriel García Márquez et d'autres ont laissé des récits vivants de leurs voyages dans cette contrée.

Les auteurs contemporains s'intéressent également à la Russie et écrivent des livres documentaires sur le ballet russe, la mafia, ou encore l'époque stalinienne et les horreurs de la guerre et du Goulag.

Mais qu'en est-il de la littérature de fiction ? Comment a-t-elle repensé la Russie ?

Daniel Defoe, Robinson Crusoé, 1719

La plupart des gens connaissent la première partie de l'incroyable histoire de Robinson Crusoé, qui a fait naufrage et s'est échoué sur une île déserte, pour finalement y passer 28 ans.

Cependant, il en existe une suite – un deuxième livre, moins connu, s'intitulant Les Nouvelles Aventures de Robinson Crusoé. Ici, le héros déjà célèbre part en voyage d'affaires en Asie, et revient chez lui en traversant la Sibérie ainsi que le nord de la Russie européenne pour naviguer d'Arkhangelsk jusqu'en Angleterre.

L'action se déroule en 1703, et il décrit la Sibérie comme un endroit sauvage et qualifie la Russie de « foule d'esclaves barbare, impuissante et mal gouvernée ». Robinson a passé huit mois à Tobolsk, l'une des principales villes sibériennes de l'époque, et cela l'a marqué. « Les gelées étaient si fortes qu'on ne pouvait sortir sans s'envelopper dans un manteau de fourrure et sans avoir couvert son visage d’un masque de fourrure, ou plutôt d’un bachlyk avec seulement trois ouvertures : pour les yeux et pour la respiration. Pendant trois mois, les jours mornes ne duraient que cinq ou six heures, mais le temps était clair, et la neige qui recouvrait toute la terre était si blanche que les nuits n'étaient jamais très sombres ».

En Sibérie, cependant, Crusoé a rencontré non seulement des barbares, mais aussi des gens tout à fait décents – des nobles exilés, des militaires, des princes et d'autres représentants de la noblesse.

Alexandre Dumas, Mémoires d'un maître d'armes, 1840

Le titre complet du roman s’avère être Mémoires d'un maître d'armes: ou dix-huit mois à St.-Pétersbourg. Selon l'histoire, l'auteur reçoit les notes d'un professeur d'escrime rédigées en Russie. Or, nombre de ses étudiants sont devenus plus tard des décembristes – des participants au soulèvement de 1825 à Saint-Pétersbourg. La révolte a été réprimée et les décembristes exilés en Sibérie.

Dumas soulève un aspect très romantique de ces événements et raconte l'histoire des « femmes de décembristes » – un concept devenu proverbe littéral en Russie. Ainsi, Louise, une Française, est envoyée en Sibérie pour suivre son fiancé, le comte russe Annenkov, et le professeur d'escrime s'est porté volontaire pour être son compagnon de route. Louise avait un prototype – la créatrice de mode Pauline Goeble, qui a fait appel au tsar personnellement pour qu'il la laisse partir en Sibérie et épouser un décembriste. C'est son histoire qui a inspiré le roman de Dumas.

Dans cette œuvre, l’écrivain fait preuve d'une incroyable connaissance de Saint-Pétersbourg, détaillant les rues et les réalités de la vie dans cette ville ainsi que la rébellion elle-même.

Soit dit en passant, le roman a été interdit par la censure tsariste en Russie précisément à cause de la description du soulèvement des décembristes, même si, bien entendu, beaucoup ont pu le lire. Il n'a été publié officiellement pour la première fois qu'à l'époque soviétique, en 1925.

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Jules Verne, Michel Strogoff, 1876

Vingt mille lieues sous les mers, Les enfants du capitaine Grant et L'île mystérieuse comptent parmi les romans d'aventure préférés des enfants russes, inscrits sur la liste des lectures estivales recommandées. Michel Strogoff n’y figure quant à lui pas. Il s’agit d’ailleurs de l'un des rares livres de Jules Verne à avoir été imprimé en Russie avec un retard, de 20 ans.

Et ce n'est pas étonnant. L'intrigue du roman, au bas mot, n'a aucune authenticité historique. Selon l’histoire présentée, une révolte éclate parmi les « nomades subordonnés à la Russie de la région du Turkestan » qui menacent d'engloutir toute la Sibérie. Le tsar russe fait partir son envoyé de confiance Michel Strogoff à Irkoutsk pour avertir son frère de l'imminence du danger. En chemin, Strogoff connaît toutes sortes d'aventures, il est même fait prisonnier par les rebelles, mais il rencontre de vrais amis et ensemble ils surmontent courageusement tous les obstacles.

Par ailleurs, afin de ne pas nuire aux relations diplomatiques déjà tendues entre la Russie et la France, l'éditeur de Verne a montré le manuscrit à l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, qui résidait dans l’Hexagone. Guidé par les commentaires de ce dernier, Verne a corrigé de nombreux détails.

Virginia Woolf, Orlando, 1928

Virginia Woolf adorait la littérature russe et a été très influencée par Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï et Ivan Tourgueniev, apprenant de chacun d'eux les techniques littéraires et le psychologisme dans la description des personnages. L’intrigue de son roman satirique Orlando se déroule en Angleterre mais comporte un fort thème russe dans lequel Woolf incorpore sa vision de la Russie, de l'âme russe, de l'art et de la littérature russes. Cependant, l'écrivain manie les réalités et les détails historiques assez librement.

En 1607, durant le Petit âge glaciaire, le protagoniste du roman, Orlando, rencontre sur la Tamise gelée la gracieuse patineuse Sasha, fille de l'ambassadeur russe. Woolf décrit comment l'héroïne était habillée d'une « tunique lâche » et de « pantalons russes » et a impressionné le héros avec son apparence exotique. Dans la vraie vie, les jeunes filles russes ne s'habillaient pas ainsi. Cette tenue rappelle en réalité le costume dans l'esprit des Saisons russes de Diaghilev, qui a popularisé le fabuleux « style russe ».

Woolf décrit également la délégation russe avec laquelle Sasha est arrivé à Londres pour le couronnement de Jacques Ier. Ce sont des hommes de peu de civilité et de mystère. « Avec leurs grandes barbes et leurs chapeaux fourrés, ils restaient assis sans mot dire ou presque, à boire d’on ne sait quel liquide noirâtre qu’ils crachaient de temps à autre sur la glace ».

Jonathan Littell, Les Bienveillantes, 2006

Best-seller mondial primé, le roman de Littell retrace les événements de la Seconde Guerre mondiale, à partir de l'entrée en scène de l'Union soviétique – de 1941 à 1945, jusqu'à la chute de Berlin.

Le protagoniste du récit est l'officier SS Maximilien Aue, qui arrive en URSS pour mener des opérations punitives. Il décrit les terribles événements dont il est témoin, de la fusillade de juifs à Kiev à la bataille de Stalingrad.

Littell reproduit avec une incroyable précision des individus typiquement russes : des kolkhoziennes, des joueurs d’accordéon. L’on trouve également plusieurs références à la littérature russe, et le héros lui-même peut être comparé à Petchorine, un personnage d’Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov. Même la scène du duel entre Aue et son collègue est une révérence à la littérature russe. La forme de l'œuvre elle-même rappelle beaucoup le roman russe classique.

Dans cet autre article, nous vous présentions cinq personnages russes marquants de la littérature occidentale.

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