Isaac Asimov, une icône américaine de la science-fiction aux racines russes

AP
Isaac Asimov a effectué son premier grand voyage à l'âge de trois ans. Né dans un empire russe finissant, le créateur des trois célèbres lois de la robotique a traversé l'Atlantique en raison de la révolution bolchevique. Il est devenu une icône américaine de la science-fiction, tout en conservant une âme agitée, et assez russe.

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L'année 2020 marque le 100e anniversaire de la naissance d'Isaac Asimov, l'un des plus grands écrivains de science-fiction. Les esprits épris de clarté demanderont une réponse à la question : était-il russe ? Techniquement, non, mais philosophiquement parlant, d'une certaine manière, oui. Après tout, la citoyenneté formelle et le lieu de vie d’un écrivain ne sont qu’une partie du tableau, et ne constituent pas l’aboutissement de son identité culturelle et de ses fondements moraux.

Asimov a été largement reconnu comme l'un des plus grands esprits du XXe siècle. Non seulement il a inventé le terme « robotique », mais il a également formulé ses trois lois : un robot ne peut pas blesser un être humain ou, par inaction, permettre à un être humain d’être blessé ; un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par les êtres humains, sauf lorsque de tels ordres entreraient en conflit avec la première loi ; et un robot doit protéger sa propre existence tant qu'une telle protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

La biographie d'Asimov ressemble plus à celle d'un pionnier, auteur de grandes percées dans les domaines de la science, de la robotique, des mathématiques, de l'astronomie et de la sociologie, façon de prouver que ses histoires imaginaires n’étaient pas aussi fantastiques et apocalyptiques qu’on aurait pu le penser. L'écrivain visionnaire d'origine soviétique était très en avance sur son temps lorsqu'il a atteint le sommet de la science-fiction.

Lieu de naissance

Asimov (1920-1992) est né dans une famille juive prospère du shtetl de Petrovitchi (une petite ville où les juifs constituaient la majorité de la population) près de Smolensk. À l'âge de trois ans, lui et sa famille sont partis pour les États-Unis à la suite de la révolution bolchevique.

Le père d'Asimov, dont la famille possédait un moulin à grain et vivait à Petrovitchi depuis le milieu du XVIIIe siècle, avait le sentiment intuitif que les conséquences morales et sociales de la révolution dirigée par Lénine affecteraient gravement la sécurité de sa famille, la mettant en danger. « Jusqu'en 1922, malgré les bouleversements de la guerre, de la révolution et des troubles, il se débrouillait assez bien en Russie, bien que, bien sûr, s'il y était resté, qui sait ce qui lui serait arrivé dans les jours encore plus sombres de la tyrannie de Staline, la Seconde Guerre mondiale et l'occupation nazie », a écrit Asimov dans ses mémoires.

Lors d’une réunion familiale, tous ont convenu que les États-Unis seraient un havre de paix pour Isaac et sa sœur nouveau-née Marcia. La mère d’Isaac ayant un demi-frère vivant à New York, l’idée de rejoindre la famille semblait assez bonne pour être tentée. Toute la famille a atterri à Ellis Island en 1923. « Mon père est venu aux États-Unis dans l'espoir d'une vie meilleure pour ses enfants, et c'est certainement ce qu'il a atteint », se souvenait Asimov.

Son père, Judah, a tout fait pour faciliter la vie d'Isaac après que la famille eut déménagé aux États-Unis, ce qui représentait beaucoup de travail et de sacrifices. Il a accepté n'importe quel travail, vendant des éponges, des aspirateurs, travaillant dans une usine de chandails. « En Russie, il faisait partie d'une famille de marchands raisonnablement prospères. Aux États-Unis, il s'est retrouvé sans le sou. En Russie, c’était un homme instruit, apprécié de son entourage pour son savoir. Aux États-Unis, il s'est retrouvé pratiquement illettré, car il ne savait ni lire ni même parler anglais. De plus, il n’avait pas d’éducation qui serait considérée comme telle par les Américains laïcs. Il était considéré comme un immigrant ignorant ».

L’énorme sacrifice personnel de son père a laissé une empreinte psychologique durable sur Asimov. Il n'a jamais cessé d'apprendre, même à la retraite, comme s'il voulait démontrer sa valeur intrinsèque.

« Il y a un culte de l'ignorance aux États-Unis, et il a toujours existé », remarquait amèrement Asimov dans un essai en 1980.

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Langue russe

Asimov a fièrement rappelé que son père, qui a finalement économisé assez d'argent pour ouvrir un petit magasin de bonbons à New York, savait « parler, lire et écrire le russe avec une grande aisance et connaissait bien la littérature russe ».

Sa mère, Anna Rachel, « ressemblait à une paysanne russe typique ». Elle était alphabétisée et savait lire et écrire en russe et en yiddish.

Isaac a avoué avoir de sérieux griefs contre ses parents. « Ils se parlaient russe lorsqu'ils voulaient discuter de quelque chose en privé que mes grandes oreilles ne devaient pas entendre. S'ils avaient sacrifié ce besoin insignifiant d'intimité et m'avaient parlé en russe, je l'aurais ramassé comme une éponge et aurait maîtrisé une deuxième langue mondiale », a déploré l'écrivain.

Néanmoins, Isaac a compensé le manque d’éducation de ses parents. Enfant doué, il apprit à lire tout seul à l'âge de 5 ans, a terminé le lycée à 15 ans et obtenu un diplôme de chimie de l'Université Columbia à seulement 19 ans. Dix ans plus tard, il devenait professeur de biochimie à l’École de médecine de l’Université de Boston.

Asimov a commencé à écrire des articles dans des magazines de science-fiction en 1939. Il a écrit et édité environ cinq cents livres, mêlant science et technologie, histoire et culture. Il écrivait sans cesse. « Si mon médecin me disait que je n'avais que six minutes à vivre, je ne ruminerais pas. Je taperais juste un peu plus vite », a plaisanté un jour Asimov. L'auteur du Cycle de FondationLes Robots et L’Homme bicentenaire a écrit des livres de science-fiction, ainsi que des guides présentant Shakespeare, Lord Byron, John Milton et même la Bible. Tel un coureur de fond, il écrit une dizaine de volumes par an pendant plus de trente ans. L'écrivain intarissable se levait à six heures du matin et restait collé à sa machine à écrire pendant 15 heures d'affilée.

« Le but de la littérature est de transformer le sang en encre », estimait le poète britannique né aux États-Unis T.S. Eliot. Pour Asimov, le défi était de transformer la science en fiction.

Religion

Bien qu'Asimov ait passé toute sa vie aux États-Unis, il a en quelque sorte gardé son lieu de naissance au fond de son esprit. L'écrivain a calculé la position géographique exacte de son shtetl natal, Petrovitchi, (53 ° 58 ′ N, 32 ° 10 ′ E) afin de faire une mention spéciale de sa terre natale dans son autobiographie.

Asimov, dont le père a reçu une éducation dans le cadre du judaïsme orthodoxe en Russie, pensait que chaque individu, quelle que soit son origine, son éducation et sa citoyenneté, avait droit à ses propres croyances et spiritualité.

« Ce que je récuse, c’est de tenter de plaquer le système de croyance d’une personne sur la nation ou le monde en général. Vous savez, nous récusons cela parce que nous disons constamment que l'Union soviétique essaie de dominer le monde, de communiser le monde. Eh bien, vous savez, les États-Unis, j'espère, essaient de démocratiser le monde. Mais je serais certainement très opposé à l’idée d’essayer de christianiser le monde, ou de l'islamiser, ou de le judaïser, ou quoi que ce soit de ce genre. Et mon objection au fondamentalisme n'est pas qu'ils sont fondamentalistes, mais qu'ils veulent essentiellement que je sois un fondamentaliste moi aussi », déclara-t-il prophétiquement dans une interview en 1988. 

Suspicions d'espionnage

Bien qu'Asimov ne parlât pas russe, il a évoqué avec émotion le dégel culturel des années Khrouchtchev et des réalisations scientifiques soviétiques en particulier. Au début des années 1960, il a compilé plusieurs anthologies de science-fiction soviétique.

Au début, ses opinions « douteuses » ne présentaient aucun intérêt pour les services de renseignement américains. Mais en 1960, un anonyme « bienveillant » a écrit une lettre à J. Edgar Hoover, le premier directeur du FBI, pour lui demander d’enquêter sur Asimov au sujet de ses prétendues sympathies communistes, mettant en doute la position de l'écrivain « quant à savoir si les Soviétiques avaient eu la première centrale nucléaire ».

Hoover, qui n'était pas né de la dernière pluie et est resté en fonction pendant près de cinq décennies, a écrit en marge de la lettre : « Nous ne nous intéressons pas particulièrement à ces observations ».

Les choses ont pris une tournure beaucoup plus sérieuse en 1965, lorsque le FBI a enquêté sur Asimov, soupçonné d’être un espion soviétique baptisé « Robprof ». L'agence a reçu une liste du Parti communiste américain ayant fuité sur laquelle figurait le nom d'Asimov. À l'époque, l'auteur du Code génétique travaillait à l'Université de Boston. Le FBI a passé en revue ses travaux universitaires pour savoir si l'écrivain américain d'origine soviétique acclamé était en fait un informateur de l’URSS. Le FBI a surveillé Asimov pendant deux ans, jusqu'à ce que l'agence rejette finalement les soupçons.

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Prédictions

Asimov était un bourreau de travail et un perfectionniste. Il a prédit l'essor de l'informatique et de la robotique, prévoyait que la technologie aurait un impact sur l'éducation et était sûr que les enfants n'auraient plus besoin d'enseignants.

« Les communications deviendront visuelles et vous verrez et entendrez la personne à qui vous téléphonez. L'écran pourra être utilisé non seulement pour voir les personnes que vous appelez, mais aussi pour étudier des documents et des photographies et lire des passages de livres. Les satellites synchrones, planant dans l'espace, vous permettront de contacter directement n'importe quel endroit sur Terre, y compris les stations météorologiques de l'Antarctique », écrivait-il dans un essai en 1964.

Quant à la télévision, « les écrans muraux auront remplacé les décors ordinaires ; mais des cubes transparents dans lesquels la visualisation en trois dimensions sera possible feront leur apparition ».

« Des unités de cuisine seront conçues pour préparer des auto-repas, chauffer l’eau et la convertir en café ; griller du pain ; faire frire, pocher ou brouiller des œufs, faire griller du bacon, etc. Les petits-déjeuners seront commandés la veille pour être prêts à une heure précise le lendemain matin. Les déjeuners et dîners complets, avec des aliments semi-préparés, seront conservés dans le congélateur jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être transformés », a-t-il écrit.

Comme beaucoup de génies peu orthodoxes, Asimov était guidé autant par ses aspirations que par ses phobies. L’auteur des Dieux eux-mêmes avait peur de voler en avion, optant pour les trains et les bateaux de croisière. Asimov était claustrophobe et n'a jamais appris à nager ou à faire du vélo. Il a longtemps souffert de graves problèmes cardiaques et a subi un triple pontage en 1983. Les transfusions sanguines qu'il a reçues pendant l'opération se sont avérées contaminées par le VIH. L'écrivain primé est décédé d'une insuffisance cardiaque et rénale en 1992.

Dans ses interviews, Asimov a souvent reconnu avec ironie qu'il écrivait pour la même raison qu'il respirait – « parce que si je ne le faisais pas, je mourrais », a dit un jour l'auteur prolifique. Au cours de sa carrière longue d’un demi-siècle, Asimov a laissé un riche héritage en tant qu'écrivain américain, dont les livres ont familiarisé des millions de personnes avec la science-fiction. Bien qu'il ait vécu aux États-Unis toute sa vie, Isaac Asimov a déclaré qu'il n'avait jamais tout à fait oublié l’endroit où il était né, l’ Union soviétique.

« C’est cette évidence qui est si difficile à voir la plupart du temps, écrit-il dans Les Robots. Les gens disent: "C'est évident comme le nez au milieu du visage." Mais comment voir votre nez sur votre visage si personne ne vous tend un miroir ? ».

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