Cinq raisons de lire l'Idiot, chef-d'œuvre de Dostoïevski qui fête ses 150 ans

Sputnik
2018 marque un siècle et demi depuis la publication du roman emblématique narrant les péripéties d'un personnage rappelant le Christ. L'expérience de l'auteur sur la mort imminente est aussi décrite dans cet ouvrage.

1. L'histoire d'un homme parfait dans un monde cruel

Certaines personnes peuvent se demander si elles sont bonnes ou mauvaises, surtout quand elles ont la gueule de bois ou après avoir fait une queue de poisson à quelqu'un en voiture. « Pourquoi ne puis-je pas être parfait, un être humain bon et aimant qui aide tout le monde de manière désintéressée ? », pourrait-on se demander en ces moments de doute. Détendez-vous. Comme Fiodor Dostoïevski le démontre dans l'Idiot, être parfait n'est pas toujours une bonne chose.

Le protagoniste du roman, le prince Lev Mychkine, est un homme idéal. « L'idée de Dostoïevski était de représenter un homme parfait, plein de compassion pour tout le monde et capable de comprendre tout un chacun au milieu du mal et des gens pleins de saleté », explique le site Polka. Dostoïevski se réfère à Mychkine en tant que « Prince Christ », car il est en effet semblable au Christ, plein d'amour et de pardon, sans aucune pointe de colère.

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Les gens autour de lui, cependant, prennent Mychkine pour un imbécile - un idiot (il a en effet passé plusieurs années en hôpital psychiatrique). Sa bonne volonté semble rarement porter ses fruits et, pour éviter de dévoiler la fin, disons juste qu'elle n'est pas vraiment heureuse.

2. De nombreux personnages inoubliables

Tous les personnages du roman (et il y en a beaucoup), à l'exception du prince Mychkine, sont, dans une certaine mesure, obsédés par quelque chose - que ce soit l'amour de Mychkine, Nastassia Filippovna, une femme maltraitée dans son enfance considérée comme vile et sans vertu, ou Hippolyte, 18 ans, qui meurt de phtisie et tente de se suicider pour tenter rester maître de son destin.

Comme d'habitude, l'auteur fait ressortir le côté le plus profond et mystique de ses personnages. « Tous les visages sont brillants et colorés, illuminés par une lumière électrique qui les fait ressortir de façon surnaturelle et vous incite à les regarder plus profondément », a écrit Apollon Maïkov, un écrivain russe du XIXe siècle, à propos de l'Idiot.

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3. Une expérience courageuse et rare

Tout en travaillant sur l'Idiot, Dostoïevski a dû modifier l'intrigue. Au début, le projet était d'écrire un livre sur un voyou finissant par trouver Dieu, mais en cours de route l'auteur a changé d'avis et a consacré son roman à se demander si l'idéal chrétien - incarné par Mychkine - est même souhaitable dans le monde moderne.

L'auteur devait être aussi proche de la réalité que possible - il écrivait donc sans fin déterminée, proposant simplement des situations et décrivant comment les héros réagiraient en fonction de leur nature. Un projet littéraire très ambitieux et risqué.

« Ma tête était en pleine ébullition. C'est une merveille dont je ne parvenais pas à me débarrasser », a expliqué Dostoïevski dans une lettre à un ami. Et la fin - encore une fois, pas de spoilers - aurait a dû être très dure pour l'auteur lui-même.

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4. Une fenêtre sur la Russie du XIXe siècle

Dans une certaine mesure, la vie dictait à Dostoïevski ce qu'il fallait écrire : ses personnages lisaient les mêmes articles dans les mêmes journaux que ses contemporains. De plus, il a emprunté pour l'intrigue de l'Idiot un meurtre très important à la réalité elle-même.

« Dostoïevski écrivait l'Idiot alors qu'il vivait à l'étranger, lit-on dans un article consacré aux secrets de l'auteur sur le site Internet Arzamas. Ainsi, il avait peur de perdre le contact avec la mère patrie, il voulait que le livre ait un lien avec l'actualité pour susciter l'intérêt. Il lisait tous les journaux russes, en accordant une attention particulière à la section dernières nouvelles ». Ainsi, au cas où vous voudriez connaître la Russie du XIXe siècle, l'Idiot est une bonne référence.

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5. L'auteur a décrit sa propre expérience de mort imminente

Dans l'un des premiers chapitres, le prince Mychkine raconte l'histoire d'un homme condamné à mort. « Ses trois descriptions des derniers instants d'un condamné comptent parmi les plus passionnantes de la littérature, d'autant plus que nous savons qu'elles n'étaient pas inventées », écrivait Gary Saul Morson, professeur d'Arts et Humanités à l'Université de Northwestern, au sujet de l'Idiot.

En effet, Dostoïevski avait lui-même été condamné à mort en 1849 pour appartenance à un cercle révolutionnaire. Quelques minutes avant l'exécution, on lui a dit que le tsar Nicolas Ier avait remplacé sa peine par plusieurs années de travaux forcés. Pendant des jours, le futur écrivain a attendu sa mort et cette expérience terrible l'a bouleversé pour toujours et profondément.

Les mots de Mychkine sur ce condamné sont particulièrement puissants, délivrés par un homme qui savait de quoi il parlait. Il serait dommage de rater une scène aussi poignante.

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