Une réplique d’un ouvrage unique du XVIe s. remise au Centre spirituel et culturel russe de Paris

Maria Tchobanov
À l’approche des fêtes de fin d’année, le Centre spirituel et culturel russe à Paris a reçu un cadeau exceptionnel pour sa bibliothèque – une magnifique édition fac-similé du Recueil illustré des chroniques du XVIe siècle, un ouvrage créé en un seul exemplaire sur l’ordre du tsar Ivan le Terrible à des fins éducatives pour ses enfants, et jamais réédité par la suite.

Comme l’a noté l’ambassadeur de Russie en France Alexeï Mechkov, le Recueil illustré des chroniques est un monument de la littérature, de l’histoire et de l’art d’une portée mondiale. Il constitue une démonstration éloquente de l’existence et du développement sur le territoire de l’ancienne Russie, et plus tard de la principauté de Moscou, d’une culture originale, y compris d’une riche tradition littéraire des biographies historiques qui n’a rien à envier à la culture européenne, et ce bien avant Pierre le Grand et sa « fenêtre sur l’Europe ». Le diplomate a également remarqué que le fait que le Recueil ait fait son apparition sur l’ordre d’Ivan le Terrible en vue de l’instruction de ses enfants change aussi le regard que l’on peut porter sur la personnalité de ce tsar, qui dans l’imaginaire occidental profane est souvent réduit à l’image simpliste d’un tyran oriental.

Lire aussi : À la découverte des tsars les plus emblématiques de la famille Romanov à Saint-Denis

La restauration de l’ouvrage a été réalisée avec le soutien de la compagnie Transneft et vise à élargir l'accès à ce monument littéraire, pour en faire une partie de la culture mondiale. Ce monument unique de la littérature russe ancienne, dont les différentes parties ont été éparpillées entre plusieurs établissements de Moscou et Saint-Pétersbourg, a été pour la première fois rassemblé, traduit en russe contemporain, réédité et rendu ainsi accessible non seulement aux spécialistes, mais aussi à un public plus large.

Soixante-dix exemplaires de l’ouvrage ont déjà été envoyés aux universités des États-Unis, de Belgique, de Grande-Bretagne, d'Allemagne, de Canada, de Chine, de Corée, des Pays-Bas, de République tchèque et du Japon, ainsi qu'aux bibliothèques nationales de nombreux pays.

Monseigneur Nestor et Mikhaïl Marguelov

« Nous utilisons souvent l’expression +La Sainte Russie+, mais nous avons très peu de moyens d’approcher cette époque lointaine, il y a très peu d’objets matériels et detémoignages écrits, puisque l’expression écrite ou littéraire n’était pas encore tellement répandue dans la culture orthodoxe, qui s’exprimait essentiellement à travers les icônes. Dans ce document, nous retrouvons l’expression écrite et picturale en même temps. C’est un excellent moyen d’approcher et de comprendre cette époque. Sans aucun doute, cette œuvre occupera une place centrale dans la bibliothèque du Centre spirituel et culturel russe », a confié Monseigneur Nestor, évêque de Chersonèse, en charge des communautés du patriarcat de Moscou de l'Eglise orthodoxe russe en France, Suisse, Espagne et Portugal, en remerciant le vice-président de la corporation Transneft Mikhaïl Marguelov, qui a remis le cadeau lors d’une cérémonie organisée le 14 décembre au quai Branly.

Lire aussi : Ivan le Terrible: sept faits intéressants sur le premier tsar de toutes les Russies

Un ouvrage unique

Le Recueil illustré des chroniques a été créée pendant la deuxième moitié du XVIe siècle sur ordre du tsar Yoanne IV Grozny (Ivan le Terrible) en un seul exemplaire pour ses enfants. Les meilleurs artisans et maîtres ont travaillé sur la création de ce document : environ 15 scribes et 10 artistes-dessinateurs. Le recueil comprend environ 10 000 feuilles et plus de 17 000 illustrations (les 2/3 du volume total). Les miniatures peintes (paysages, scènes historiques, de combats et de la vie quotidienne) n’illustrent pas uniquement le texte, mais servent aussi de complément d’information. Ainsi, certains événements ne sont pas décrits dans les chroniques, mais on les retrouve sur les images. Ces dessins nous permettent dedécouvrir en détails la mode vestimentaire, les armures, les armes, les outils, les vêtements liturgiques, et les objets de la vie courante de l’époque.

Dans l'histoire de l'écriture médiévale mondiale, il n'y a pas de monument semblable à ces chroniques, tant en termes de couverture des événements décrits que de volume. Il englobe l'histoire sacrée, hébraïque et grecque, le récit de la guerre de Troie, et d’Alexandre le Grand, des épisodes de l’histoire des empires byzantin et romain, ainsi qu'une chronique couvrant les événements importants de la Russie au cours de quatre siècles et demi : de 1114 à 1567. L’histoire de l'État russe est considérée dans les chroniques comme une partie intégrante de l'histoire mondiale.

Les chercheurs supposent que la première et la dernière parties de cette œuvre n'ont pas survécu, concernant notamment une grande partie de l'histoire du règne d'Ivan le Terrible, ainsi que d'autres fragments.

Lire aussi : Des expositions aux jumelages: bilan de l'Année franco-russe du tourisme culturel

Actuellement, les différentes parties de ces chroniques sont conservées à Moscou au Musée de l’histoire d’État et à Saint-Pétersbourg, à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l'Académie des sciences.

L'édition en fac-similé de l’ouvrage comprend à la fois le texte original, conservé dans sa version manuscrite, et une traduction en russe moderne.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.
À ne pas manquer