Cinq danseuses qui ont donné ses lettres de noblesse au ballet russe

Des premières pointes à la scène du tsar en passant par les muses de la Révolution.

Advotia Istomina (1799-1848)

Istomina est cette « Terpsichore russe » à qui sont dédiées des lignes d’Eugene Onéguine d’Alexandre Pouchkine au sujet du « vol rempli d'âme ». Du même âge que le grand poète, elle était l'idole de sa génération. La légende la considère comme l'une des premières danseuses à s’être hissée sur les pointes.

Arrivée à l'École de théâtre de Pétersbourg, Istomina fut activement impliquée sur la scène professionnelle dès son plus jeune âge et à 17 ans, elle est sortie de l'école en tant que soliste de premier plan. Grâce à l'activité pédagogique du grand Français Charles Didelot sur la scène de Pétersbourg, une forte rivalité entre artistes régnait, mais cela ne l’a pas concernée.

Fille d'un Grand maître de police de police alcoolique, restée orpheline à l'âge de 6 ans, elle vivait désormais comme une aristocrate. Mais à 18 ans, Istomina fut la cause d’un « double duel » scandaleux au cours duquel son amant, le conte Vassili Cheremetiev, a trouvé mort.

Cela n’a pas eu de conséquences sur la carrière théâtrale d'Istomina: elle a encore dansé brillamment pendant de longues années. Mais ses jambes ont commencé à faiblir et elle a demandé un congé pour soigner la santé. L'empereur Nicolas Ier écrivit sur son décret : « Licencier complètement Istomina du service ».

Praskovia Lebedeva (1839-1917)

À l'âge de 8 ans, Praskovia était déjà étudiante à l'École de théâtre de Moscou, elle participa à des représentations du Théâtre Bolchoï de Moscou à 10 ans, et a réalisé son premier rôle principal à 16 ans.

Dans la troupe moscovite, Lebedeva, toujours écolière, était première ballerine. En 1857, ceci a été formalisé officiellement. Constamment invitée à danser à Saint-Pétersbourg, elle a fait ses débuts à l'Opéra de Paris et a été la première ballerine russe à imposer à la direction de ce théâtre ses propres conditions.

Lebedeva a bouleversé l’âme de ses contemporains avec les rôles tragiques de Giselle, Esmeralda, et Margarita dans Faust. Après le départ de la scène de Marfa Mouravieva, Lebedeva a été transférée de Moscou à Saint-Pétersbourg par décret.

La ballerine n'avait que 28 ans, quand pendant un spectacle, elle reçut une grave brûlure des yeux. Elle devint partiellement aveugle et dut dire adieu à la scène.

Matilda Kchessinskaia (1872-1971)

Personne ne se souvient comment l'empereur Alexandre III a salué la diplômée de l'École de théâtre de Saint-Pétersbourg. Mais dans la mémoire de Kchessinskaia, ses paroles furent : « Soyez un ornement et la fierté du ballet russe ». Ce jour d'avril 1890 fut crucial dans sa vie pour une autre raison - elle a rencontré l'héritier du trône, Nicolas Romanov, avec lequel elle aurait plus tard une liaison.

Kchessinskaia est restée dans l'histoire comme la ballerine idéale de Petipa, bien qu'aucune autre danseuse n’ait pu par son comportement causer de telles attaques de rage chez le maestro déjà âgé. La ballerine captivait le spectateur aussi bien dans les scènes dramatiques de la Filles du Pharaon que dans les situations comiques de la Fille mal gardée ou dans les scènes tragiques d’Esméralda.

En 1917, elle et son fils de 15 ans ont été forcés de fuir secrètement leur manoir de Saint-Pétersbourg et de quitter la Russie. En émigration, Kchessinskaia ouvrit un studio de ballet. La future légende du ballet anglais, Margot Fontaine, et la ballerine française culte Yvette Chauviré prirent des leçons auprès d’elle.

Anna Pavlova (1881-1931)

Dans le cadre de ses représentations, Anna Pavlova a plus d’une fois fait le tour du globe à une époque où il n'y avait pas encore d'avion. Il est difficile de trouver un point sur la Terre où elle n’ait pas dansé: Amérique, Inde, Australie, Japon, Argentine, Uruguay, Cuba.

Officiellement, les parents d'Anna étaient une laveuse de Saint-Pétersbourg et un soldat à la retraite, mais la légende la qualifie toujours de fille illégitime d'un banquier. Sa petite enfance se passa dans une extrême pauvreté. Par conséquent, une soirée au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg pour voir le ballet La Belle au bois dormant fut pour elle comme un tremblement de terre: jamais elle n’avait vu un tel royaume de lumière, d'élégance, de luxe et de beauté. La petite Pavlova impressionna sa mère en affirmant qu'elle voulait danser comme la princesse endormie. Pavlova a consacré toute sa vie à la réalisation de ce rêve.

Elle acheva l'école de Pétersbourg, et dans les rôles principaux de La Bayadère et Giselle elle atteignit l’olympe de la célébrité au théâtre Mariinsky. Grâce à l'affiche de Valentin Serov, elle est devenue l'emblème des premières Saisons russes de Diaghilev à Paris. Son image a été immortalisée par le chorégraphe Mikhaïl Fokine dans la miniature du Cygne et la septième Valse du ballet Les Sylphides, spécialement mis en scène pour elle. L'esprit agité de ses héroïnes étant né dans l'air de l’époque, il a donc été compris partout où le destin a conduit Pavlova.

Olga Spessivtseva (1895-1991)

Spessivtseva a reçu le titre de danseuse étoile après la Révolution d'Octobre, dans la ville de Saint-Pétersbourg renommée Petrograd, où elle était perçue comme un fragment de l’ancienne culture mourante. Spessivtseva a commencé sa carrière professionnelle au Théâtre Mariinsky en 1913 et a progressivement gravi les échelons de la hiérarchie du ballet. Les meilleurs rôles de Spessivtseva étaient ceux tragiques de Giselle, Esméralda, ou Odette Odile, dans lesquels les spectateurs virent la fatalité du Beau.

La belle ballerine a attiré l'attention de révolutionnaires de toutes sortes, et elle était sous la protection du commissaire rouge Boris Kaploun. Grâce à cela, Spessivtseva a réussi à émigrer en France en 1924, où elle a dansé à l'Opéra de Paris et dans les Ballets russes de Diaghilev, tout en réalisant des tournées à travers le monde, de l'Italie à l'Argentine et à l'Australie. À l’apogée du succès, la ballerine, qui avait vécu dans une atmosphère de peur pendant de nombreuses années, commença à voir des problèmes psychiques. Elle fut recueillie dans sa ferme américaine par Alexandra Tolstaïa, la fille de Léon Tolstoï. Le sort de Spessivtseva, qui a vécu près d'un siècle, surmontant tous les bouleversements de son époque, a constitué la base de nombreux livres, films et ballets.

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