Les artistes russes face à la Première Guerre mondiale

"Sur la ligne de front", Kouzma Petrov-Vodkine. Crédit photo : RIA Novosti

"Sur la ligne de front", Kouzma Petrov-Vodkine. Crédit photo : RIA Novosti

L’année 1914 en Europe est celle d’un renouveau patriotique général, qui voit pour la première fois la scission d’une classe cosmopolite et cultivée se considérant jusqu’alors comme européenne et unie. À l’origine de cette fracture, ceux qui se feront appeler plus tard les « maîtres de la culture ». La rhétorique patriotique apparaît à l’époque dans les journaux intimes et les lettres des écrivains et artistes les plus respectés du pays, émanant des intentions les plus sincères. La vie de nombreuses personnalités issues de la culture russe, écrivains, poètes ou compositeurs, a été affectée par la guerre. Certains d'entre eux ont partagé leurs expériences dans des lettres à leurs proches, d'autres les ont exprimées sous forme de nouvelles ou romans, et d'autres encore les ont transformées en musique.

Vladimir Maïakovski


Source : Service de presse

Poète

Âge en 1914 : 21

Juste après la déclaration de guerre, il prend part à un rassemblement patriotique où il lit pour la première fois son poème La guerre est déclarée. Il tente de se faire enrôler comme volontaire dans l’armée, mais ne reçoit pas le certificat de loyalisme politique.

Il écrit plusieurs articles sur le rôle des écrivains dans la guerre, dessine des affiches de guerre et des cartes postales.

Mais dès 1915, il écrit son célèbre pamphlet pacifiste À vous !, dont la lecture au café Le chien errant se terminera par un scandale général. Le café échappe de justesse à la fermeture.

Source : Service de presse

Le 8 octobre de la même année, il est appelé à servir l’armée et grâce à l’intervention de Maxime Gorki, il est envoyé à l’École de Construction automobile de Saint-Pétersbourg.

Durant les années 1915 et 1916, il écrit des vers contre la guerre, dont son poème Guerre et paix. Durant l’été 1916, à la suite d’une nouvelle intervention de Gorki, il est déclaré inapte au service militaire.

Boris Pasternak


Source : Service de presse

Écrivain, poète

Âge en 1914 : 24

Juste avant la guerre, on lui remet un livret militaire blanc [document relatif à un service dans des unités de base arrière, ndlr]. À l’automne 1914, il souhaite s’inscrire comme volontaire, mais renonce. Il n’écrira pas de vers patriotiques.  

« Non mais, dites-moi, papa, quels salauds ! La duplicité avec laquelle ils ont mené la diplomatie par le bout du nez, le discours de Guillaume, leur comportement vis-à-vis de la France ! Le Luxembourg et la Belgique ! ".

 Extrait d’une lettre à ses parents, le 20 juillet 1914

Alexandre Benois


Source : Service de presse

Poète

Âge en 1914 : 34

Dès les premiers mois de guerre, Alexandre Benois devient un pacifiste convaincu, fustige les patriotes. Il affirme que la guerre détruit tous les arts, y compris l’art russe.

« Nous luttons pour défendre l’intégrité complète de notre âme russe, et donc de notre 
 art ».

Extrait de l’article L’art et la guerre, 1914

Alexandre Blok


Source : Service de presse

Poète

ÂGE en 1914 : 34

En juillet 1916, Alexandre Blok est appelé à l’âge de 35 ans à travailler en tant que chronométreur dans une troupe d’ingénierie et de construction. Jusqu’en mars 1917, il sert dans la construction de routes et de fortifications.

« Je sens la guerre et je sens qu’elle est de tout son poids sur les épaules de la Russie. Quant aux autres, tant pis… "

Extrait d’une lettre, 6 octobre 1914

Alexandre Kouprine


Source : Service de presse

Écrivain

Âge en 1914 : 44

À l’automne 1914, il s’enrôle comme volontaire dans le régiment de réserve et est envoyé en Finlande pour entraîner les soldats. En janvier 1915, malade, il est démobilisé. Dans sa maison à Gatchina, il crée une infirmerie pour les blessés au combat.

« Qu’ont fait de mal la Russie et les Russes à l’Allemagne ? Pourquoi cette haine contre nous règne-t-elle sur le Rhin ? Serait-ce parce que la Russie les a nourri de son pain, parce que ces centaines de milliers d’Allemands ont reçu le plus chaleureux des accueils ? "

Sur la guerre, 1914

Igor Stravinski


Source : Service de presse

Compositeur

Âge en 1914 : 32

Depuis le début des années 1910, il partage sa vie entre Saint-Pétersbourg et Paris, où sont joués L’Oiseau de feu, Pétrouchka et Le Sacre du printemps.

Début 1914, il dit « tomber par chance » avec sa famille en Suisse, qu’il ne quittera pas pour rentrer en Russie, pour cause de guerre.

« Ma haine pour les Allemands ne grandit pas de jour en jour, mais d’heure en heure, et je brûle de plus en plus de jalousie lorsque je vois que nos amis, Ravel, Delage et Schmitt, sont tous au combat. Tous ! "

Extrait de sa lettre à Lev Bakst, le 20 septembre 1914

Kouzma Petrov-Vodkine

 Source : Service de presse

Peintre

Âge en 1914 : 36

Le peintre est enthousiaste au début de la guerre. Mais comme l’affirmait Benois, dès l’été 1916, appelé comme réserviste dans le régiment Izmaïlovski, il ne peut « cacher l’horreur d’être envoyé au front ».

Cette même année, il peint son tableau Sur la ligne de front, ou la mort d’un jeune officier mène ses soldats à l’attaque.

 

Article original publié sur le site de Kommersant

 

 


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