Ses exploits ont valu au basejumpeur Valery Rozov le surnom de «batman russe»

29 novembre 2016 Indira Chestakova
Est-il effrayant de tomber dans le gouffre ? Le saut laisse-t-il le temps d’admirer le paysage offert par les montagnes ? Le basejumper russe Valery Rozov, qui a réalisé le plus grand saut de basejump de l’histoire, nous raconte son sport périlleux.

Valery Rozov dans l'Himalaya en 2016. Crédit : Nika Lebanidze / Red BullValery Rozov dans l'Himalaya en 2016. Crédit : Nika Lebanidze / Red Bull

Il est l’auteur du plus grand saut de basejump de l’histoire, étant donné qu’il s’est élancé depuis 7 700 mètres d’altitude. Détenteur de plusieurs autres records du monde, il est en outre le premier à avoir sauté dans le cratère d’un volcan en activité. La presse l’a baptisé le « Batman russe » ou « l’homme ailé », mais Valery Rozov, 51 ans, est indifférent aux sobriquets. Pour lui, le risque est un mode de vie et il ne compte pas en changer.

En basejump, on décide toujours tout seul

Avant de se lancer dans le basejump, Valery Rozov était alpiniste. S’il se souvient très bien de son premier saut, ce n’est pas celui qu’il considère comme le plus impressionnant. « Chacun a son propre degré d’appréhension. Pour certains, ce sont des émotions très fortes, mais j’étais déjà un alpiniste expérimenté et ce sport nécessite également une très bonne préparation psychologique, donc je me contrôlais bien. Je ne doutais pas de ma capacité de sauter », précise l’intéressé.

Valery Rozov dans l'Himalaya. Crédit : Nika Lebanidze / Red Bull

Valery Rozov dans l'Himalaya.

Valery Rozov en Inde. Crédit : Denis Klero / Red Bull

Valery Rozov en Inde.

 
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En plus de l’alpinisme, Valery Rozov a également pu bénéficier de l’expérience qu’il a acquise dans le saut en parachute dans ses activités de basejumping. Toutefois, en dans cette dernière discipline, tout est beaucoup plus compliqué, assure le sportif.

« Le moment le plus important est celui de la prise de la décision de sauter. Dans le parachutisme, elle est prise par le pilote ou les services terrestres. En basejump, on décide tout seul. Je n’ai pas de parachute de secours, ni de dispositif de sécurité. Un parachutiste normal a le sentiment de contrôler pleinement sa chute. En franchisant la porte de l’avion, on est immédiatement dans le flux d’air. Quand on saute d’une falaise, il faut donner l’impulsion correctement et attendre plusieurs secondes avant de trouver ce flux et pouvoir contrôler [la chute, ndlr]. Par ailleurs, on vole dangereusement près du site », explique Valery Rozov.

Valery Rozov dans l'Himalaya en 2016. Crédit : Nika Lebanidze / Red BullValery Rozov dans l'Himalaya en 2016. Crédit : Nika Lebanidze / Red Bull

Le risque zéro n’existe pas

Le basejumpeur russe compte à son actif des centaines de sauts, sur tous les continents. Pourtant, même le professionnel le plus expérimenté ne peut prévoir tous les risques : les sauts de basejump sont trop imprévisibles. Souvent, les sportifs approchent de la limite. « J’ai eu des problèmes à l’atterrissage, frôlant littéralement la catastrophe. Par exemple, quand je me suis posé dans l’eau dans une rivière de montagne  », se souvient Valery Rozov.

Une fois, avec son partenaire, ils ont sauté dans le cratère d’un volcan du Kamtchatka. Avec la fumée, ils n’ont pas pu évaluer correctement la situation et se sont retrouvés près du sol. Valery est parvenu à atterrir, mais son partenaire n’a pas eu le temps d’ouvrir son parachute. Il s’est écrasé et a été victime d’une fracture compressive de la colonne vertébrale. 

Valery Rozov au Caucase en 2012. Crédit : Thomas Senf / Red BullValery Rozov au Caucase en 2012. Crédit : Thomas Senf / Red Bull

« Nous avons sauté à la fin de la journée, c’était notre quatrième saut, il faisait assez froid et nous étions simplement fatigués. Mais le réalisateur pensait qu’il fallait faire encore quelques beaux plans », se rappelle le sportif. Parfois, des décisions simples permettent de se sortir des situations inhabituelles. « Généralement, on a le temps de corriger son erreur. Parfois, le corps fait des choses tout seul, alors que la tête n’a pas encore eu le temps de réagir », souligne le sportif.

« On ne peut pas se laisser pousser le ventre et le traîner dans la montagne »

Pour pratiquer le basejump, aucun régime spécial n’est nécessaire, mais il faut rester en forme. Valery Rozov y parvient parfaitement malgré ses 51 ans. « La forme physique et cardiaque est importante pour tous les alpinistes. On ne peut pas se laisser pousser le ventre et le traîner dans la montagne », explique-t-il, avant d’ajouter : « Il n’y a aucune exigence alimentaire particulière pour le jour du saut, mais si on a trop mangé, c’est désagréable [de sauter, ndlr] ».

La famille s’inquiète, mais comprend

Une certaine nervosité règne toujours dans la famille de ceux qui pratiquent les sports extrêmes et c’est normal, affirme Valery Rozov. Cela n’empêche pas de profiter de la vie, d’autant que sa femme, qu’il a rencontrée en faisant de l’alpinisme, et ses trois fils partagent les centres d’intérêt du chef de famille.

« Ma femme a une attitude appropriée vis-à-vis de mon activité, sinon nous ne pourrions pas vivre ensemble. Elle a fait deux ans de parachutisme et sait ce que c’est. Le plus gros problème, c’est quand la femme ou le mari prend ses distances en disant : +Ce que tu fais ne m’intéresse pas. Je ne peux t’en empêcher, alors fais ce que tu veux, j’ai mes propres centres d’intérêt+. Nous voyageons beaucoup ensemble. Parfois, le matin je saute et le soir on se détend tous ensemble ».

Valery Rozov en Tanzanie. Crédit : Thomas Senf / Red BullValery Rozov en Tanzanie. Crédit : Thomas Senf / Red Bull

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