Europe, Russie: connais ton ami!

22 décembre 2016 Vladimir Mikheev
L'assassinat spectaculaire de l'ambassadeur russe en Turquie Andreï Karlov et l'attentat au camion commis contre un marché de Noël à Berlin, qui a fait 12 victimes et blessé 48 personnes, n'étaient séparés que de quelques heures. Ces deux attaques laissent présager que le terrorisme sera la « nouvelle anormalité » de 2017.
Opinion
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Vaincre le terrorisme? Un objectif accessible si l’Europe rompt avec son obsession antirusse et regarde les problèmes dans les yeux. Crédit : AP

Dans un document diffusé sur internet, le groupe terroriste Jaish Al-Fatah (coalition qui rassemble plusieurs factions terroristes, dont le Front al-Nosra), a revendiqué mercredi la responsabilité de l'assassinat de l'ambassadeur Andreï Karlov.

De son côté, l’État islamique a fait savoir que l'auteur de l'attentat au camion de Berlin avait agi au nom de l'organisation terroriste, et a publié une déclaration décrivant le conducteur comme « un soldat ».

Depuis que le Front al-Nosra réétiqueté et l’État islamique (ou Daech) mènent main dans la main le djihad contre les apostats, les chiites et les « héritiers des Croisés », la prévision de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations » se transforme peu à peu en prophétie autoréalisatrice.

Dans cette guerre hybride non-traditionnelle – menée notamment en envoyant des vagues de migrants illégaux depuis des pays non-chrétiens – l'Allemagne et la Russie sont confrontées au même ennemi.

Malheureusement, délaissant le combat commun contre le terrorisme international, si souvent mentionné dans les discours officiels, l'Europe ne fait pas front uni avec la Russie pour éliminer la menace mortelle que les fanatiques font peser sur les citoyens.

Croisée des chemins

Il y a peu d'espoirs que les choses changent. La double-attaque des militants radicaux originaires du Moyen-Orient pourrait être la goutte d'eau ayant fait déborder le vase, et convaincre les élites politiques européennes que le Vieux continent a atteint la croisée des chemins.

Choisir sa voie sur ce carrefour est un défi de taille sur le chemin de l'avenir. Les deux voies entre lesquelles l'Europe doit faire un choix sont aux antipodes l'une de l'autre. L'une serait de fermer les yeux sur la détérioration flagrante des États-voyous et en ruines dans la région du Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Cette attitude entraînerait une prolifération des combattants islamistes et un flux encore plus important de réfugiés cherchant l'asile en Europe.

Elle induit aussi une croyance naïve dans l'absorption miraculeuse des plus d'un million d'immigrés qui, jusqu'à présent, ne semblent pas vouloir accepter les standards de cohabitation qui s’imposent dans les sociétés multiethniques.

L'autre option, pour l'Europe, est de s'attaquer directement aux racines du chaos régional. Un chaos lié, qu'on le veuille ou non, à la poussée de l'islamisme fondamentaliste, au désenchantement de millions de jeunes Arabes, Afghans, Libyens ainsi que d'autres nationalités face à l'incapacité des élites dirigeantes à leur offrir des conditions de vie décentes, et à embrasser la modernité autrement qu’au moyen d’iPhones.

Si l'Europe, et l'Allemagne en particulier, s'en tient à sa tactique actuelle du laisser-faire, les nouveaux arrivants, rigides dans leurs croyances religieuses et leurs habitudes, sont assurés de détruire la cohésion sociale.

Une histoire a récemment circulé sur l'internet russe : une jeune adolescente qui voulait aller en Allemagne pour les vacances de Noël en a été dissuadée par ses parents au profit d'une destination en Chine, « pour sa sécurité ».

Cela fait écho à la déclaration de Frauke Petry, leader du parti Alternative pour l'Allemagne, qui délcarait récemment que le pays « n'était plus sûr ». De surcroît, cette dernière a qualifié l'attentat contre le marché de Noël à Berlin « non seulement d’atteinte à notre liberté et à notre mode de vie, mais aussi à la tradition chrétienne ».

L'Europe acceptera-t-elle les nouvelles réalités?

Pour l'Europe, choisir la seconde voie signifierait accepter la réalité du terrain. En particulier, les principaux leaders politiques devraient se faire à l'idée de maintenir, pour un temps au moins, le régime laïc de Bachar el-Assad en Syrie. L'alternative ? Ouvrir la voie aux égorgeurs et coupeurs de têtes restés à l'époque médiévale et rêvant de califat…

La politique de l'autruche ne résoudra rien. Une politique européenne véritablement proactive dans cette région troublée exigera une coopération avec les principales forces régionales. Et pas seulement avec le front sunnite que constituent les monarchies du Golfe, mais aussi avec la Turquie et l'Iran.

Un tel tournant imposerait également de tenir compte du rôle coordinateur de la diplomatie russe, appuyé par sa force militaire déployée en Syrie et dans l'Est de la Méditerranée.

Serait-ce trop demander à l'Union européenne, qui maintient sa pression via une « guerre des sanctions » contre Moscou ?

De la lâcheté au courage, il n'y a qu'un pas

Récemment, des représentants allemands du parti au pouvoir ont rejoint le chœur de critiques soutenant que Moscou avait ou aurait l'intention de pirater les élections législatives de septembre 2017.

Au-delà de la volonté de générer des soupçons pour effacer le fiasco d'Angela Merkel cet automne, cela rappelle un tour de passe-passe destiné à détourner le public des réels dangers.

Ne serait-il pas plus sage d'admettre que ce sont les islamistes qui ont mis leurs mains dans la politique allemande, et non de vagues « hackers russes » ?

N'y a-t-il pas assez de preuves que les fanatiques religieux qui ont infiltré l'Europe, comme ils l’avouent eux-mêmes, avec le flot des migrants, représentent un grave danger pour la paix, la stabilité ou au moins la tranquillité et la confiance en l'avenir de cette nation située au cœur du continent ?

Bien entendu, une telle acceptation exigerait de Berlin – et pas seulement – une sérieuse remise en question et l'abandon de la confrontation avec Moscou au profit d'un dialogue avec la Russie.

Dans tous les cas, la série d’attentats de Jabhat Fatah al-Sham, Daech et des groupes affiliés, peu importe sous quel étendard, perpétrés depuis les attentats de Paris en novembre 2015 qui avaient fait 130 victimes, semblent nous lancer un message : il est temps de connaître ton ennemi, mais aussi ton ami !

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