Russie, États-Unis: «détente» à l’horizon?

2 février 2017 Alexeï Timofeïtchev
Avec l’installation de Donald Trump à la Maison Blanche, la Russie évoque avec intérêt une possible «détente» dans les relations bilatérales avec les États-Unis. RBTH se penche sur cinq points de l’ordre du jour international sur lesquels les États-Unis et la Russie pourraient s’entendre. Les experts font pourtant remarquer que dans la majorité des cas, ce ne sera pas une mince affaire.

Premier entretien officiel entre Poutine et Trump. Crédit : ReutersPremier entretien officiel entre Poutine et Trump. Crédit : Reuters

1. La lutte contre les islamistes radicaux et la situation au Proche-Orient

Les experts estiment que Moscou et Washington feront prochainement front commun contre l’islamisme radical au Proche-Orient. D’autant plus que les fondations sont d’ores et déjà jetées, a indiqué à RBTH Iouri Rogouliov, directeur de la Fondation d’étude des États-Unis à l’Université Lomonossov de Moscou. Ainsi, des groupes de spécialistes russes et américains déploient leurs activités en Syrie en vue de réconcilier les parties en conflit, des lignes de liaisons bilatérales sont établies et des échanges de données sont en cours entre les militaires.

La vision de la crise syrienne de Donald Trump aura à elle seule un impact positif sur la coopération entre la Russie et les États-Unis, a affirmé Dmitri Souslov, politologue de la Haute école d’économie. À la différence de l’administration de Barack Obama, la nouvelle équipe présidentielle n’insistera probablement pas sur le départ du président syrien Bachar el-Assad en tant que condition préalable à tout règlement politique en Syrie, a-t-il dit. Ce qui permettra aux deux pays de coopérer plus étroitement et aidera « à entamer une coopération militaire pratique ».

Toutefois, estime Alexeï Fenenko, de l’Institut de sécurité internationale, même si Donald Trump adopte une attitude différente de celle de Barack Obama à l’égard de la crise syrienne, il tentera « sûrement d’imposer à la Russie un gouvernement sans Bachar el-Assad ». Ce qui est inacceptable pour Moscou, car l’opération de la Russie en Syrie « s’en trouvera dépréciée ».

2. Baisse de la tension dans la région de la Baltique et de la mer Noire

L’administration de Donald Trump pourrait stopper l’élargissement des infrastructures militaires américaines et otaniennes en Europe orientale, notamment en Pologne et dans les pays baltes, cherchant « à empêcher un conflit » éventuel avec la Russie, a indiqué Dmitri Souslov. Pour cela, Washington aura peut-être à calmer les ardeurs de ses alliés est-européens dans leur comportement provocateur vis-à-vis de Moscou.

La Russie évitera pour sa part à l’avenir de frôler l’espace aérien des pays de l’Otan, cessera ses vols à transpondeurs éteints et prendra d’autres mesures d’apaisement. « La situation dans le domaine de la sécurité européenne ne s’en trouvera pas entièrement réglée, mais elle vivra une désescalade, ce qui pourrait être présenté par Donald Trump comme une victoire de sa politique étrangère », a-t-il fait remarquer.

3. La crise ukrainienne

La Russie et les États-Unis pourraient également trouver une solution au conflit ukrainien. Donald Trump considère l’Ukraine comme un problème et n’assume aucune responsabilité politique pour les évènements de 2014 qui ont débouché sur le changement du pouvoir à Kiev, a poursuivi Dmitri Souslov. « L’administration Trump laisse clairement entendre qu’elle possède la volonté politique requise pour faire pression sur Kiev afin qu’il applique les accords de Minsk », a-t-il souligné.

Il est pourtant évident que la résolution du problème ukrainien n’est pas pour demain. Selon Alexeï Tchesnakov, directeur du Centre de la conjoncture politique, l’équipe responsable de la politique étrangère au sein de l’administration américaine n’en est qu’à ses balbutiements et aura besoin de temps pour s’informer de la situation. L’administration Trump n’a pas non plus de doctrine en matière de politique étrangère pour l’instant, a-t-il ajouté.

En outre, le règlement de la crise en Ukraine exige que Moscou et Washington aient une vision commune du régime dans le pays, a-t-il noté. La Russie souscrit à l’idée d’une fédéralisation, estimant que l’Ukraine doit devenir un État où les droits des régions seront clairement définis et dûment protégés. Les États-Unis soutiennent pour leur part les actuelles autorités de Kiev qui, tout en prônant la nécessité de décentraliser le pays, plaident en faveur d’un État unitaire.

4. Le contrôle des armements nucléaires

L’un des problèmes les plus épineux de l’ordre du jour bilatéral est le contrôle des armements nucléaires, a indiqué Alexeï Fénenko. Pour les États-Unis c’est un dossier bien plus important que pour la Russie, a affirmé Vassili Kachine, du Centre des études européennes et internationales de la Haute école d’économie. Washington doit moderniser sa triade nucléaire qui est restée pratiquement inchangée depuis la fin de la guerre froide, ce qui demandera des centaines de milliards de dollars. En outre, sur fond de montée en puissance de l’armée chinoise, les États-Unis souhaitent renforcer leur présence militaire dans le Pacifique, ce qui reviendra très cher.

Pour réaliser les deux projets, Donald Trump devra, d’une part, fermer des bases militaires américaines à l’étranger et, d’autre part, essayer de s’entendre avec Moscou sur la réduction des armements nucléaires, a-t-il expliqué.

Or Moscou ne voit aujourd’hui aucun avantage à réduire son arsenal nucléaire, le pays réalisant depuis plusieurs années un programme de modernisation de ses armes nucléaires. « Il est évident que pour nous (la Russie), un accord sur le contrôle des armements n’est pas nécessaire, alors que pour eux (les États-Unis), il est indispensable. Ce qui signifie qu’ils […] devront nous donner beaucoup en échange », a-t-il noté.

5. Les sanctions

Pour le moment, Donald Trump n’a proposé en échange de la réduction des arsenaux nucléaires russes que l’affaiblissement des sanctions économiques introduites contre Moscou dans le cadre de la crise ukrainienne. D’après les experts russes, un tel « deal » est disproportionné.

Dans ce contexte, bien que Donald Trump soit « d’humeur » à améliorer les relations économiques avec la Russie et à renoncer aux sanctions, il ne faut pas s’attendre à leur prochaine levée, a fait observer Iouri Rogouliov. Donald Trump continuera à brandir ce dossier lors des négociations avec la Russie pour tenter d’obtenir quelque chose en retour de la part de Moscou.

Selon certains experts, Washington n’est pas du tout prêt à mettre un terme aux sanctions. « Supprimer les sanctions signifie pour les États-Unis reconnaître leur échec. Cela donnerait l’image d’une débandade américaine complète », a expliqué Alexeï Fenenko à RBTH.

Lire aussi : 

Cinq dossiers sur lesquels Moscou et Washington pourraient s’entendre

Le phénomène Trump au crible des experts russes

Droits réservés
+
Suivez-nous sur Facebook