Les explorations russes d’Erwann: le Baskountchak, petite sœur russe de la mer Morte

Erwann Pensec
Un lac blanc dominé par une montagne rouge, telle est l’étonnante vision s’offrant au visiteur sur les rives du Baskountchak, dont le précieux sel transitait autrefois le long de la route de la soie. Découverte de ce lieu déroutant, dont les résidents, ironie du sort, souffrent du manque d’eau.

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S’élancer dans un voyage sur les rails de Russie est immanquablement synonyme de spectacle imminent. En prenant la direction de la région d’Astrakhan, vers le Sud depuis Moscou, la steppe nue fait office de scène, les saïgas de danseurs et les somptueux couchers de soleil de tomber de rideau.
Après 24h de trajet, me voici en gare de Verkhny Baskountchak. Sitôt descendu du wagon, mon prénom retentit aux abords du quai. Svetlana, native du coin, me fait signe de la main. Contactée par le biais d'une annonce de logement, c'est à elle que mon séjour doit son salut.
Le village de Nijni Baskountchak (à 10 minutes de Verkhny) est ma destination finale et sent bon les vacances: une terre sableuse léchée par le Soleil, des vendeurs de pastèques sur la place centrale se cachant à l’ombre de leur camionnette, et des touristes au pas insouciant.

Au milieu de ces étendues arides, l’infrastructure fait toutefois défaut et les biens loués par des particuliers restent l’unique option d’hébergement. Cette offre ténue s’avère cependant insuffisante et ce n'est que grâce aux relations de Svetlana qu'ai-je pu échapper à une nuit à la belle étoile.
Cette bourgade de 2 500 âmes, perdue à 15 kilomètres de la frontière kazakhe, attire en effet de nombreux visiteurs, et ce, par sa principale curiosité: le lac Baskountchak. D’une superficie de 106km², y sont extraits près de 80% du sel produit en Russie, soit jusqu’à 5 millions de tonnes par an.
Le Baskountchak est une véritable étrangeté de la nature, s’agissant en réalité d’une concavité au sommet d’une montagne de sel s’enfonçant à plusieurs kilomètres sous terre et recouverte de roches sédimentaires.
L’exploitation de cet or blanc aurait ici débuté au VIIIe siècle pour être acheminé le long de la légendaire route de la soie. Bien plus tard, durant l’ère soviétique, un chemin de fer sera construit à la surface du lac afin d’en faciliter le transport.
Dans les années 1960, à même la couche de sel durcie durant les mois les plus secs, fut également en son centre aménagée une piste automobile pour l’établissement de records de vitesse, à l’instar du célèbre lac Bonneville américain. Le record absolu d'URSS y sera enregistré à 311,4 km/h.
Les visiteurs affluent cependant ici pour une tout autre raison. Grâce à la composition spécifique du Baskountchak, la strate superficielle du sol contient une saumure noire aux vertus curatives et dont locaux et voyageurs s'enduisent notamment les articulations.
«Les autres viennent chez nous pour améliorer leur santé, et nous on doit aller ailleurs pour la même raison», me confie toutefois Svetlana, soulignant l’impact néfaste d’une exposition continue à la forte salinité environnante.

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Nombreux sont néanmoins ceux venant simplement s’immerger dans ces eaux à la salinité plus élevée que celle de la mer Morte (30% contre 27,5%). Y flotter procure un surprenant aperçu de ce que peut être l’apesanteur, une impression renforcée par le lunaire paysage alentour.
Tandis que des riverains proposent, pour 100 roubles (1,10 euro) la journée, des chaises longues, d'autres, dans leur jardin, mettent à la disposition des baigneurs, moyennant également rémunération, des douches, une épaisse et désagréable couche de sel se formant sur la peau après immersion.
Aux airs de paradis, ce lieu cache néanmoins un revers inattendu. Le village se heurte à de fréquentes pénuries d’eau. «Ça arrive surtout en été, quand les cultivateurs arrosent abondamment leurs plants de pastèque. Il n’y a pas de contrôle et il ne reste plus d’eau pour nous», confie Svetlana.
Des conditions extrêmes compliquant la vie des locaux. «J’aimerais partir, mais pour aller où? Personne ne nous attend nulle-part», ajoute cette fille d'une Kazakhe et d'un Russe, symbole du métissage local. Ici, la population est à 50% kazakhe, à 42% russe. Une terre promise pour certains.
«Quand je vais au Kazakhstan, mon pays natal, on me voit comme une personne russifiée. Quand je vais dans la région de Krasnodar, on me prend pour un étranger. Mais ici, tout est normal, tout le monde se mélange, il n’y a pas de question d’ethnies», me confiera plus tard un taxiste de la région.
Le territoire du Baskountchak était pourtant autrefois occupé par un autre peuple, les Kalmouks, qui vivent aujourd’hui principalement dans la république voisine de Kalmoukie. L’un des lieux sacrés de ces bouddhistes domine toutefois toujours le lac – l’impassible montagne du Grand Bogdo.
Désormais centre d’une réserve naturelle, elle n’est accessible aux étrangers que sur autorisation du FSB. Malgré ses modestes 150 mètres, elle apparait comme le point culminant de l’ensemble de la dépression caspienne, soit d’un territoire vaste de 200 000km².
Sur la route y menant, les «falaises chantantes» se dressent face à la steppe infinie, comme veillant sur cette plaine rejoignant l’horizon, tapie de tulipes au printemps. S’engouffrant dans ces myriades de cavités rocheuses, le vent se fait musicien.
Régulièrement, des rituels mêlant chamanisme et bouddhisme sont ici menés par les Kalmouks, perpétuant ainsi les traditions de leurs ancêtres, qui parcouraient encore il y a peu, en nomades, cette chauve région.
Surprenante de rouge, cette montagne aux cimes arrondies s’accorde à merveille avec le visage des visiteurs, étouffant par une chaleur de plus de 40° en cette fin de mois d’août.
Au loin, une inespérée oasis. Un mirage peut-être? Aucunement. Il s'agit du «Jardin vert», une expérience initiée en 1925, lorsque des chercheurs ont planté en ces terres quasi désertiques diverses essences. Abricotiers, frênes, chênes et autres tamarix y ont depuis miraculeusement survécu.
Alors que je fais route inverse vers la gare, l’astre solaire, tirant majestueusement sa révérence, met fin à ce premier acte d’une pièce, dont l’intrigue me mènera au cœur des steppes de la Russie méridionale. Un prélude haut en couleur, entre rouge et blanc.

Dans cet autre article, suivez-moi pour l’étape suivante, à la découverte de la Kalmoukie, ses déserts, antilopes et temples bouddhistes.  

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