Un week-end enneigé à Khanty-Mansiïsk, élégante reine sibérienne du pétrole

Alors que les premiers flocons ont fait leur timide apparition dans les cieux moscovites, quoi de mieux pour se préparer au rude hiver s’annonçant que de s’envoler, pour quelques jours, en Sibérie ? Billets en poche, embarquons donc pour la sous-estimée Khanty-Mansiïsk qui, malgré un premier abord glacial, vous fera rapidement fondre.

Khanty-Mansiïsk, capitale administrative du district autonome du même nom malgré ses modestes 100 000 âmes, se dresse fièrement sur les rives de la rivière Irtych qui, non loin de là, se jette généreusement dans le fleuve Ob.

Je dois l’avouer, mon intention était initialement de la découvrir parée de couleurs automnales, nourrissant naïvement l’espoir qu’en ce début du mois de novembre, elle n’aurait pas encore revêtu son manteau d’hiver et que ses toits bigarrés se marieraient sous mes yeux avec les feuillages jaunes, rouges et orangés. Ambition rapidement oubliée.

C’est en effet tout de blanc emmitouflée que la ville m’accueille, après une nuit tout aussi blanche dans l’avion. Verglas, vent glacial, silence nocturne et ciel teinté de lueurs vertes et bleues m’étreignent à la sortie de l’aéroport, duquel un autobus rejoint le centre en une quinzaine de minutes.

Bien que fondée il y a plus de 500 ans, c’est au cours des années 2000 que Khanty-Mansiïsk a connu un essor fulgurant (en l’an 2000, la ville ne comptait que 37 000 habitants), encouragé par les abondantes réserves pétrolières de la région (plus de 50% de l’extraction nationale), mais aussi de gaz. Rien d’étonnant donc à ce que les petites maisons de bois y soient aujourd’hui dominées par de nombreux et modernes immeubles colorés et caractéristiques des régions au climat rigoureux.

Parti en mission de reconnaissance, s’apparentant à une véritable expédition polaire, le froid pétrifiant littéralement mes cheveux et des glaçons se formant dans ma barbe, j’arrive au pied de la colline boisée abritant le Musée ethnographique Toroum Maa.

Un ponton de bois arpentant la forêt de conifères à la cime enneigée me conduit alors au gré de constructions et installations typiques des Khantys et Mansis, peuples locaux dont les activités principales étaient autrefois la chasse, la pêche ainsi que l’élevage de rennes. S’y trouvent de cette façon des huttes, de petites mais chaleureuses habitations de bois, mais aussi des pièges à ours ou à hermine.

Ces ethnies étant de traditions ancestrales chamanes, un sanctuaire, renfermant idoles sculptées et rubans colorés, se dissimule également entre les pins.

La ville s’avérant coupée en deux par le parc naturel de Samarovski Tchougas, je décide ensuite de contourner celui-ci en longeant les rives de l’Irtych. Plissant les yeux pour défier le blizzard, c’est à un tableau monochrome et à un horizon évanoui dans ce brouillard blanc que je suis alors confronté.

Tel un squelette de béton et de métal enjambant les flots, apparait soudain celui que l’on surnomme le Dragon rouge. Considéré comme l’un des plus beaux ponts de Russie, ses courbes offrent un point de vue imprenable sur les environs. De la glace commençant néanmoins à se former sur mes joues en raison des vents violents, je décide rapidement d’en redescendre, le visage comme harcelé par des épines glacées brusquement projetées par les courants aériens.

Bravant les éléments, je reprends ainsi mon chemin au bord d’une voie express. La sensation de dépaysement est totale. Hier chaudement assis au bureau, aujourd’hui engagé dans un périple en milieu inhospitalier. Se défaire de son confort pour échapper à la routine.

Tout à coup, sans crier gare, d’imposantes silhouettes sombres se détachent de cette toile blanche faisant office de paysage. M’approchant courageusement, me voici alors face à l’une des plus emblématiques créatures de Sibérie : un mammouth. Et pas qu’un seul, tout un troupeau, grandeur nature.

L’Archéopark, filiale du Musée de la nature et de l’homme, rassemble en effet des statues (conçues par le sculpteur Andreï Kovaltchouk, auteur, entre autres, de la statue de Pierre Cardin sur les Champs-Élysées) de divers animaux ayant, il y a plusieurs millénaires, peuplé la région. Véritable symbole de la ville et attraction populaire, ces géants laineux recouverts de neige impressionnent par leur gabarit et me laissent admiratif des dizaines de minutes durant, malgré les températures extrêmes.

À proximité, ont par ailleurs été aménagés plusieurs sites sportifs au style des plus contemporains : la patinoire Arena-Iougra, l’aquaparc, mais également les pistes du centre de biathlon, qui a accueilli en 2003 et 2011 les Championnats du monde de cette discipline. Si, à en croire une affiche géante aperçue un peu plus tôt, Khanty-Mansiïsk revendique en réalité le titre de capitale sportive de Russie, la dimension et la modernité de ces infrastructures frappent véritablement d’étonnement pour une ville somme toute relativement petite.

Afin de rompre avec la blancheur omniprésente lors des longs mois d’hiver, des couleurs vives et pastelles égaient les façades des bâtiments semblant tout juste sortis de terre dans la partie sud de la cité, principalement résidentielle.

Après une journée de marche éprouvante, je regagne dans la pénombre mon auberge. À peine arrivé néanmoins, me voici reparti pour ce qui sera l’une des meilleures soirées de ma vie en Russie. Artiom, un tatoueur du coin rencontré la veille, m’a en effet convié, avec sa femme, Natalia, et un ami, Semion, à aller dans la forêt, en pleine nuit, faire de la luge. Ainsi, après d’innombrables glissades, roulades, chutes et fous rires, de passionnants échanges et quelques bières appréciées au chaud, dans son salon de tatouage, tous trois m’invitent à revenir les voir pour les fêtes de janvier, une promesse que je ne saurais leur refuser.

Pour mon dernier jour à Khanty-Mansiïsk, le temps se fait radieux, me permettant de poursuivre mon exploration sous un ciel d’un bleu éclatant. Parfaitement entretenu, le centre-ville n’a rien à envier à ses homologues européens et dispose de nombreux édifices futuristes, à l’image de l’Académie des échecs, cette capitale régionale ayant été à maintes reprises l'hôte de la Coupe du monde d'échecs. À noter que ce jeu de réflexion a même été intégré comme matière obligatoire à tous les programmes scolaires de la région.

Ici, un parc arboré, où règnent en maîtres les bouleaux, offre aux promeneurs une immersion enchanteresse dans ce que peut aussi être la beauté hivernale sibérienne.

Émergeant de ses allées, je découvre alors la place centrale, paraissant tout droit issue d’un conte de fées. Des enfants s’y amusent chevauchant leur traineau, tandis que des flâneurs, dont je suis, s’émerveillent du charme des lieux.

Les bâtiments alentours se présentent en parfaits reflets de la prospérité de Khanty-Mansiïsk, qui s’impose sans surprise comme l’une des villes les plus florissantes de Russie.

Surplombant les environs, la cathédrale de la Résurrection du Christ, érigée en 1999, figure d’ailleurs parmi les plus somptueuses qu’il m’a été donné de voir dans le pays, ses intérieurs aux tons bleus, rouges et or étant d’une magnificence rarement égalée.

Le complexe religieux se situant à l’embouchure de la route traversant la réserve naturelle, c’est par cet axe s’étirant entre deux collines que je décide de rejoindre à nouveau le sud de la ville. Son extrémité atteinte, se dresse face à moi une statue commémorant la conquête de la Sibérie. C’est en effet depuis les berges voisines que le légendaire Ermak et bien d’autres explorateurs se sont lancés à la découverte des terres orientales, il y a de cela plus de 400 ans.

À mon tour, je prends ensuite d’assaut une proche colline, de la voute forestière de laquelle dépasse l’aiguille d’une bien étrange construction.

Cet édifice pyramidal achevé en 2003 n’est autre qu’un monument aux premiers explorateurs de l’Ougra, nom historique de la région. Actuellement en travaux, il devrait à terme accueillir un restaurant, une plateforme d’observation, un musée et même un aquarium exotique.

De là, s’ouvre un époustouflant point de vue sur la ville et l’horizon sauvage. Balayé par les vents glacés, sous la lumière d’un astre solaire presque blanc, il serait aisé de s’imaginer aux confins de contrées arctiques.

Un peu plus tard, sur les quais de l’Irtych, la lumière du jour s’atténue bientôt, mettant un terme à ce fabuleux séjour, duquel je n’attendais initialement rien, mais qui m’aura finalement accordé beaucoup. À taille humaine, au décor à la fois déroutant et captivant, cette cité prisonnière des neiges et pourtant si chaleureuse n’a, il est vrai, rencontré que peu de résistance pour gagner mon cœur, qui se réjouit à l’avance d’y revenir, comme promis à mes nouveaux amis.

À l’image des explorateurs russes d’autrefois, Khanty-Mansiïsk, théâtre de ma première escapade au-delà de l’Oural, marque ainsi seulement, je l’espère, le début de mes épopées sibériennes à venir.

Dans cet autre article, découvrez la Sibérie au travers de sept clichés d'un photographe nantais.

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