La vie souterraine d’un petit village sibérien

Malaïa Siya.

Malaïa Siya.

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Le petit village de Malaïa Siya, en Khakassie (république du sud de la Sibérie centrale), se blottit dans les montagnes de Kouznetski Alataou, au bord de la rivière Bely Iyous. A première vue entièrement inanimée, cette localité sibérienne donne une impression de tristesse avec ses maisons de bois vides aux fenêtres creuses et noires. Cette erreur est commise par tous ceux qui croient que la vie se trouve obligatoirement à la surface et que la maison, c’est nécessairement un lit douillet.

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L’homme des cavernes

Selon le dernier recensement de la population, le village de Malaïa Siya compte 32 habitants. D’après les autochtones, il y en a 15 tout au plus. Pour acheter des produits, ils vont au village voisin d’où une camionnette amène tous les jours du pain chaud ainsi que le courrier.

Le village mène une vie intense, mais… sous terre. Plus de quarante cavernes sont situées dans ce coin de Khakassie. Il y a des grottes inoffensives, comme celle qui a été baptisée Archéologique, aménagées pour la visite d’écoliers venus en vacances et tout heureux de faire un tour sous terre pour suivre les sentiers sinueux, sous l’œil vigilant d’un guide, et ressortir couverts d’argile orange de la tête aux pieds.

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Il y a en d’autres, comme celle de Kachkoulakskaïa, appelée par les autochtones Grotte du diable noir et Boîte de Pandore, où s’aventurent uniquement des spéléologues ou des touristes expérimentés qui font des provisions non seulement de nourriture, mais également de dizaines de mètres de corde solide, de matériel professionnel, voire de sacs de couchage pour passer la nuit à l’intérieur.

Les cavernes de Malaïa Siya ne sont devenues célèbres parmi les spéléologues qu’au XXe siècle. Avant elles n’avaient servi qu’au culte : depuis l'Âge de Pierre, seuls les chamans, les chasseurs et les habitants de la taïga et des montagnes y venaient pour accomplir leurs rites et faire des sacrifices d’animauxMême aujourd’hui on y pratique encore la sorcellerie, mais pour de l’argent. 

Elena, une habitante du village, indique en ironisant : « Souvent les chamans qui veulent produire une impression sur leurs clients estiment de leur devoir de prendre dans la grotte une botte de thym ou des herbes aromatiques indiennes pour les brûler et réaliser un « rite d’épuration » ou pour communiquer ainsi avec les esprits. Or, cela fait beaucoup de mal tant à l’écologie de la grotte qu’aux chauves-souris dont le nombre a grandement diminué au cours de ces dernières années. Souvent, ces soi-disant rites ne sont qu’une activité commerciale ».

Errant dans le noir

Elena, médiateur entre surface et souterrains. Crédit : Anna GrouzdevaElena, médiateur entre surface et souterrains. Crédit : Anna Grouzdeva

Elena est médiateur entre surface et souterrains, une lumière qui attire, tels des moustiques, des gens de tous les coins de la Sibérie. Sa maison est la seule de la localité qui semble habitée. Sur le toit, la poupée d’un spéléologue en chiffons vêtu d’un vieil anorak et d’un casque rouge. Sur le seuil, des chaussures et des vêtements oubliés par des touristes, que chacun peut prendre en cas de besoin. Dans la cour, une rangée soigneusement alignée de bûches. Et dans la maison, des rayons de livres, un poêle, un chat et le bien-être.

Cette femme charmante et intelligente devrait travailler à la chaire d’une grande université et non vivre dans ce coin perdu. Toutefois, Elena, tout sourire, répond qu’elle se plaît au village, car elle peut y « définir son propre rythme de vie sans avoir à se bousculer dans un bus ». Sa maison, ce sont les grottes. Elena est zoologiste de formation, mais habite Malaïa Siya depuis les années 1990.

« Il y a toujours eu ici un « happening » spéléologique. Archéologues, géologues, auteurs-compositeurs et autre public peu ordinaire y venaient en grand nombre. Il était très intéressant de communiquer avec eux  », raconte Elena quand nous sommes réunis autour d’un tasse de thé.

Aujourd’hui, elle et son mari louent des chambres aux touristes et conservent des pièces, peu nombreuses, mais rares, dans le musée. Nous pénétrons dans une pièce du musée qui ressemble plus à un grenier d’antiquités ou à une grotte éclairée par une ampoule. Elle me montre des objets que les touristes lui rapportent des cavernes ou qu’elle trouve elle-même.

Anna Grouzdeva
Anna Grouzdeva
Anna Grouzdeva
 
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« C’est une dent d’un lion des cavernes, - Elena saisit sur une étagère un os brillant. - Une vraie trouvaille pour la Sibérie qui a permis de prouver que les lions des cavernes habitaient non seulement en Europe, comme on le pensait jusque-là, mais également en Russie  »

Une dent de hyène des cavernes, le crâne d’un jeune ours tué par des braconniers locaux, des stalactites et des stalagmites splendides, des spécimens de chauves-souris mortes dans les grottes et conservées dans des bocaux remplis d’alcool . En tant que zoologiste, Elena ne s’ennuie pas à Malaïa Siya. 

Elle observe les chauves-souris dans la caverne archéologique pour l’Université de Tomsk et pour des chercheurs particuliers. Elle bague les mammifères volants et apprend les règles de conduite aux touristes, car ce sont eux qui par la lumière de leurs torches, les flashs de leurs appareils-photos et le bruit dérangent les chauves-souris en hibernation.

C’est à Malaïa Siya que se trouve la deuxième grotte de Sibérie en termes de longueur : la Boîte de Pandore. Elle fait plus de 11 kilomètres pour une profondeur de plus de 180 mètres. Elle recèle environ 400 lacs avec une eau très pure entourés d’un labyrinthe de tunnels et de puits et abrite un grand nombre de chauves-souris. La température moyenne dans cette grotte oscille entre 0 et 10 degrés et les touristes sont toujours chaudement vêtus. C’est le meilleur endroit d’hibernation pour les chauves-souris, qui y restent de la mi-septembre à la mi-juin. La Boîte à Pandore est une caverne très complexe qui intimide même les spéléologues les plus expérimentés.n

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