Rester jeune à jamais, comme les baleines

Développement de médicaments innovants.

Développement de médicaments innovants.

Sergei Konkov/TASS
Vladimir Skoulatchov étudie le fonctionnement des mécanismes cellulaires de l’organisme humain, des mitochondries, ces «centrales énergétiques» des cellules qui, suite à l’oxydation, s’usent.

« S’il devient possible de relancer ce mécanisme, les hommes pourront rester en bonne santé jusqu’à leur vieillesse, a indiqué le chercheur. Ce n’est pas l’immortalité : il s’agit seulement d’éviter à l’homme l’état humiliant de la lente dégradation des fonctions de l'organisme. La nature nous fournit des exemples : de nombreux crocodiles, certaines tortues et la baleine boréale ne vieillissent pas. L’hétérocéphale (également appelé rat-taupe nu) découvert en Afrique vit une trentaine d’années, soit dix fois plus qu’une souris ordinaire », explique le chercheur.

En 2004, Vladimir Skoulatchov a trouvé, grâce à l’aide de ses fils, le biologiste Maxime et le mathématicien Innokenti, la formule d’une nouvelle substance qu’ils ont baptisée SkQ. Cette dernière est capable de freiner le vieillissement. Cette substance transporte dans les membranes des cellules des antioxydants naturels. Son efficacité a été testée : « Nous avons coopéré avec un vétérinaire australien qui a soignéchez les animaux avec notre médicament les maladies du grand âge », a souligné Vladimir Skoulatchov.

Vladimir Skoulatchov. Crédit : PhotoXPressVladimir Skoulatchov. Crédit : PhotoXPress

Son fils aîné, Maxime, dirige le laboratoire Mitotech qui se penche sur la mise au point d’un médicament mis au point sur la base de SkQ. L’idée a intéressé des oligarques russes. En 2005, le propriétaire de la société Basic Element, Oleg Deripaska, a investi 14 millions d’euros dans ce projet mais en 2008, avec le début de la crise, il a cessé tout financement. Par la suite, la société Rusnano a pris le relai, avec des investisseurs privés.

Les gouttes de la jeunesse

Lors de ses recherches sur « le comprimé de l’immortalité », le laboratoire a mis au point le sérum rajeunissant Mitovitan et les gouttes ophtalmiques Visomitine contre le syndrome de l'œil sec. Elles sont vendues depuis plusieurs années dans les pharmacies russes. À l’heure actuelle, le médicament passe des essais cliniques aux États-Unis.

Pour achever ces tests aux États-Unis, Mitotech a encore besoin de 15 millions de dollars que la société russe préférerait voir venir d’une société pharmaceutique américaine capable de lui fournir son aide dans la commercialisation du médicament. « Si tout va bien, Visomitine sera mis en vente aux États-Unis en 2018 ou 2019 », a confié Maxime Skoulatchov à RBTH.

En outre, un nouveau médicament pour les yeux est prêt à faire son entrée sur le marché russe, Visomitine forte. « Nous avons décuplé la dose pour accroître l’efficacité. Nous ciblons la partie arrière de la rétine afin que l’homme puisse garder longtemps une bonne vue », a-t-il précisé.

Cette année, le laboratoire a fait un grand pas en avant vers l’élixir de jeunesse qu’il développe depuis onze ans. « Dans le courant de 2016, nous avons réalisé des essais cliniques et aujourd’hui, nous avons achevé la première étape, a poursuivi Maxime Skoulatchov.  Pour l’instant, nous avons prouvé seulement que le médicament était inoffensif : les essais ont été effectués sur des jeunes en bonne santé ». Dans quelques années, « nous achèverons tous les essais et la substance freinant la vieillesse sera mise en vente », a-t-il ajouté.

Étudier les mécanismes du vieillissement

L’État s’intéresse lui aussi aux techniques anti-âge. Au début de 2015, l’Institut de physique et de technique de Moscou (MFTI) a mis en place un Centre d’étude des mécanismes moléculaires du vieillissement.

Ce centre est dirigé par le biophysicien Valentin Gordely qui a travaillé à l’Institut de biologie structurale de Grenoble. Le chef du conseil de surveillance est le professeur Raymond Stevens, de l’Institut de recherche Scripps, connu pour son succès dans la commercialisation des découvertes scientifiques et de nouveaux médicaments.

Depuis 2009, près de 9 millions d’euros ont été investis dans ce centre qui compte actuellement six laboratoires. « L’un de nos objectifs est de définir la structure tridimensionnelle des protéines responsables du vieillissement, a déclaré le chef de la chaire de biophysique de MFTI, Vladimir Tchoupine. Nos études permettront de passer à la mise au point de médicaments sur la base de simulation sur ordinateur et de méthodes chimiques et biologiques ».

Les études du Centre sont principalement focalisées sur les protéines membranaires qui se manifestent dans les mécanismes de nombreuses maladies liées à l’âge. Selon Vladimir Tchoupine, le centre prévoit de créer un laboratoire d’étude de la maladie d’Alzheimer.

Arrêter de mourir et commencer à se reproduire

Le biophysicien Alexeï Karnaoukhov prévoit de vivre jusqu’à 150 ans. Selon lui, pour pouvoir vivre plus longtemps, les personnes du troisième âge doivent se faire implanter leurs propres cellules qui ne sont pas encore abîmées par les nuisances extérieures. Ceci serait, par exemple, suffisant pour sauver quelqu’un qui a reçu une dose mortelle de rayonnements ionisants. Les expériences sur les souris sont là pour le prouver.

« Pendant les expériences, la longévité moyenne des souris s’est accrue de 34%, a fait remarquer Alexeï Karnaoukhov. Nous avons vu augmenter l’âge de la reproduction. Selon l’équivalent en âge humain, les femelles donnaient encore naissance à l’âge de 60 ans. Les souris étaient plus actives et semblaient être plus jeunes : leur pelage devenait plus fourni et lustré ».

Toutefois, toute méthode de rajeunissement possède ses limites. Ainsi, l’homme ne peut recevoir que ses propres cellules et des cellules rajeunies artificiellement peuvent contenir des erreurs de génome. « Elles risquent de jouer un rôle négatif et de tuer leur porteur en déclenchant par exemple une tumeur, a-t-il expliqué. Mais nos propres cellules trouveront elles-mêmes leur place et « fabriqueront » la quantité nécessaire de cellules intégrales pour rétablir progressivement la santé d’une personne âgée  ».

Maxime Skoulatchov insiste lui aussi sur le fait que le vieillissement ne peut pas être retardé à n’importe quel moment. « Les expériences ont prouvé que la substance SkQ était inutile pour les rats très vieux, a-t-il noté. Le corps possède son point de non-retour ».

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