Pourquoi les cosmonautes soviétiques partaient armés dans l'espace ?

Le TP-82 était fabriqué jusqu’à la fin des années 1980. Source : wikipedia

Le TP-82 était fabriqué jusqu’à la fin des années 1980. Source : wikipedia

Vous êtes-vous déjà demandé comment se défendraient les cosmonautes s’ils étaient attaqués par des extraterrestres agressifs dans l’espace ? Comment imaginez-vous leurs armes ? S’agirait-il de pistolets laser ? D’épées lumineuses ? En effet, les cosmonautes soviétiques partaient armés dans l’espace, mais toutes les armes mentionnées appartiennent, pour l’heure, au domaine de la fiction. En réalité, ils étaient armés de pistolets à trois canons qui s’apparentaient plutôt à un fusil de chasse. De plus, ces armes n’étaient pas destinées à combattre des monstres extra-terrestres, mais à les protéger à leur retour sur Terre.

En URSS, le sujet n’était pas abordé en public, mais depuis l’époque de Youri Gagarine, les cosmonautes soviétiques étaient armés lors de leurs voyages dans l’espace. Les membres des unités spatiales devaient porter un simple pistolet Makarov (PM), comme les policiers. L’arme devait servir en cas d’atterrissage imprévu « pour la protection contre les animaux sauvages et les éléments criminels ». Personne ne songeait à remplacer le PM « spatial » jusqu’en 1965, quand Alexeï Leonov et Pavel Beliaïev durent effectuer un atterrissage d’urgence dans la taïga.

L’ours n’est pas l’ami des cosmonautes

Les particularités du terrain empêchaient les sauveteurs de rejoindre rapidement les cosmonautes. Leonov et Beliaïev durent, ainsi, passer plusieurs jours dans la taïga.

« Les hélicoptères ne pouvaient que nous survoler et rapporter que l’un d’entre nous coupait du bois et l’autre le mettait dans le feu », se souvient Leonov.

Les cosmonautes bâtirent un abri, mais en ce mois de mars, la lumière attira les ours, affamés et agressifs, car à peine réveillés de l’hibernation. Tout ce que les cosmonautes pouvaient faire était tirer en l’air, ce qui ne faisait que renforcer la curiosité des animaux jamais confrontés à l’être humain auparavant.

« La seule chose que nous pouvions faire avec le Marakov était de nous tirer une balle dans la tête », se rappelle Leonov avec une amère ironie. C’est lui qui proposa de créer une arme spéciale permettant de survivre en cas d’atterrissage d’urgence.

Le rêve du berger et du braconnier

L’étude, dirigée par Vladimir Paramonov, chef constructeur de la manufacture d'armes Toulski Oroujeïny Zavod, fut réalisée autour de trois axes: revolver, fusil de chasse semi-automatique à canon lisse et pistolet à trois canons.

Ce dernier s’avéra le plus approprié pour les objectifs poursuivis : la protection contre les animaux dangereux et les éléments criminels, la chasse afin de se nourrir et l’envoi de signaux lumineux d’observation visuelle. Le pistolet fut équipé de deux canons lisses de 32 mm (calibre de chasse) ainsi que d’un canon rayé supérieur de 5,45mm. Les munitions comportaient des cartouches conçues spécialement à ces fins : balles de 5,45 mm, plombs de chasse de 32 mm et cartouches de signalisation de 32mm.

Les employés de l’usine baptisèrent le nouveau pistolet le « Rêve du braconnier », mais dans les documents officiels, celui-ci figure sous le nom de SONAZ (arme à feu portative de secours).

Officiellement, le SONAZ fut adopté en 1986. Cette même année, le TP-82 fit sa première sortie dans l’espace, équipant les cosmonautes soviétiques de l’équipage franco-russe.

Le TP-82 fut équipé d’une crosse-machette très inhabituelle. Séparément, il s’agissait d’une machette ordinaire permettant de couper du bois, mais protégée par un étui dur et reliée au pistolet, elle transformait ce dernier en fusil. Les canons lisses permettaient de chasser le lièvre et le petit gibier, le canon rayé servait pour les élans, les sangliers et d’autres gros animaux. Les munitions du SONAZ étaient composées de 11 balles, 10 plombs de chasse et 5 cartouches de signalisation.

C’était une arme d’une fiabilité tout à fait russe. « Nous avons rempli le pistolet de sable, d’eau, lui avons fait subir un tas de choses – il a résisté », raconte Nikolaï Filatov, directeur adjoint du département de la préparation des cosmonautes à la survie dans des conditions extrêmes au Centre d'entraînement des cosmonautes.

Dans ses souvenirs, quand les bergers kazakhs entendirent parler de ce pistolet, ils proposèrent immédiatement un troc aux cosmonautes. Pour un TP-82, ils proposaient un troupeau de moutons, un berger proposa même sa propre femme. Cette arme était enviée par les pilotes, les géologues, les voyageurs et les chasseurs. Un peu plus tard, un clone vit enfin le jour – il s’agissait des pistolets Vepr-1 et Vepr-2.

Le TP-82 était fabriqué jusqu’à la fin des années 1980. Selon la version officielle, la production fut interrompue car le marché était arrivé à saturation. Officieusement, les problèmes financiers de l’époque post-pérestroïka ne lassaient à l’usine ni le temps ni la possibilité de fabriquer une arme aussi exotique.

Vers la renaissance de la légende ?

Contexte

En 1983, la société Savage a sorti une arme équivalente au TP-82, appelée 24-VS, pour les cosmonautes de la NASA. La compagnie Randall made knives leur a fabriqué le couteau Astro 17 avec un kit de premiers soins intégré dans son manche. Toutefois, nous ne savons pas avec certitude si les Américains emmènent des armes dans l’espace.

Le destin post-soviétique du TP-82 est méconnu. En 2007, la presse a appris qu’avant sa sortie en orbite, le commandant de la seizième mission principale de la Station spatiale internationale et ingénieur de bord Iouri Malentchenko était armé d'un pistolet de Makarov, car les munitions du TP-82 étaient arrivées à expiration.

Nous ne savons pas avec certitude si le TP-82 ou son équivalent fait encore partie de l’arsenal spatial, mais en 2008, le célèbre expert spatial américain et ancien ingénieur de la NASA James Oberg a exigé que l’on retire les armes russes de la Station spatiale internationale. Oberg a déclaré qu’elles présentaient un danger, alléguant qu’un pistolet n’avait pas sa place en orbite, où l’on travaille dans des conditions de grand stress et de surmenage nerveux.

Toutefois, les experts russes ne partagent pas l’avis de l’ingénieur de la NASA. Iouri Guidzenko, directeur de l’agence de préparation spéciale des cosmonautes au Centre d'entraînement des cosmonautes,  explique que la nécessité d’avoir des armes à bord est avérée et prouvée par la pratique des vols. Ainsi, il est visiblement trop tôt pour rayer le TP-82 de l’arsenal et le reléguer dans l’histoire de l’exploration spatiale.

 

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