Le Collège universitaire français de Moscou fête ses 25 ans

Marek Halter et l’ambassadeur russe Alexandre Orlov.

Marek Halter et l’ambassadeur russe Alexandre Orlov.

Maria Tchobanov
Une réception à l’occasion du 25e anniversaire de la fondation du Collège universitaire français de Moscou s’est tenue le 20 février à Paris à la résidence de l’ambassadeur de Russie en France.

Cet événement a ressemblé à l’hôtel d'Estrées de nombreuses personnalités politiques et académiques françaises et russes, des étudiants et d’anciens étudiants des Collèges universitaires français de Moscou et de Saint-Pétersbourg. 

« Il y a 25 ans, Marek Halter et un autre homme illustre, Andreï Sakharov, ont eu cette idée géniale de fonder le premier Collège universitaire français au sein de l’Université d’État de Moscou Lomonossov. C’était en 1991, tout semblait s’écrouler autour, c’était la fin de l’Union soviétique, les gens ne savaient pas comment ils allaient vivre les jours qui viennent. C’est alors que Marek a décidé de ne pas baisser les bras et d’investir dans l’avenir, dans la jeunesse, dans l’éducation », a déclaré l’ambassadeur Alexandre Orlov devant ses invités.  

Cette idée a été soutenue par les deux présidents de l’époque – François Mitterrand et Mikhaïl Gorbatchev. Un accord entre les deux pays a été signé et le premier Collège universitaire français  a vu le jour à Moscou.

Un an plus tard, un Collège a été créé à Saint-Pétersbourg avec le soutien du maire de la ville de l’époque et grande figure de la démocratie russe, Anatoli Sobtchak, et le maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac. « 25 ans après, ces deux Collèges ont formé 30 000 étudiants, qui ont reçu les plus prestigieux diplômes français et russes et qui servent aujourd’hui de pont entre nos deux grands pays », s’est félicité Alexandre Orlov.

Le président russe Vladimir Poutine a adressé une lettre de félicitations aux professeurs, enseignants, étudiants et diplômés du En 25 ans, plus de 30 000 étudiants y ont été formés. « Au fil des ans, le Collège a formé des milliers de spécialistes de très haut niveau et peut aujourd’hui être reconnu à juste titre comme un des projets internationaux en sciences humaines les plus brillants et les plus fructueux », indique la lettre.

Histoire tourmentée

Le fondateur et Président des Collège universitaire français, l'écrivain et homme public français Marek Halter, a rappelé aux invités de la cérémonie d’anniversaire le contexte tourmenté dans lequel l’idée de la création du Collège était née. Un jour son ami, Mstislav Rostropovitch lui a téléphoné en criant : « Tragédie ! Tragédie ! On a arrêté Andreï Sakharov ! ».

Ensemble ils ont lancé une campagne internationale pour la libération de l’académicien. Durant les premiers jours de la Perestroïka, de retour à Moscou, Andreï Sakharov a téléphoné à Marek Halter pour le remercier et l’inviter à Moscou (ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant).

Selon l’écrivain, qui a quitté la Russie après la guerre alors qu'il avait dix ans, c’était une opportunité extraordinaire d’aller à Moscou à ce moment opportun. En venant de l’aéroport, il a aperçu des manifestants avec des drapeaux devant le Kremlin. Arrivé chez Sakharov, il a dit : « C’est formidable, j’ai vu les gens manifester, c’est la liberté ! ».

L’académicien a alors  répondu : « La liberté c’est comme une orange – celui, qui n’a jamais vu d’orange, ne demandera pas d’orange. D’abord nous devons faire savoir à la jeunesse russe que l’orange existe et quelles sont ses qualités. Un jour ils vont descendre dans la rue pour la demander. Tout dépend de l’éducation. Qui va raconter aux gens ce que c’est qu’une orange ? Moi, je ne le sais pas non plus. Créez une université française, la France est très aimée en Russie ».

Marek a répondu qu’il ne pouvait pas créer une Université car il n’avait jamais fréquenté l’école. « Peu importe, vous savez ce que c’est qu’une orange », a alors répondu Andreï Sakharov. Il a téléphoné au Kremlin pour prendre rendez-vous avec Mikhaïl Gorbatchev, qui a tout de suite adhéré à l’idée. Il a demandé à Marek Halter si le président français était au courant et l’écrivain a dû improviser en donnant une réponse positive.

Pour prévenir le désastre, il a fallu passer par le haut fonctionnaire Thierry de Beaucé, qui dut rejoindre François Mitterrand en Espagne pour le mettre au courant du projet quelques minutes avant sa rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev. Malgré des circonstances aussi confuses, François Mitterrand a beaucoup apprécié l’idée, et a évoqué la création du Collège tout de suite après avoir salué le président russe.

C’est Andreï Sakharov qui a proposé d’installer la nouvelle institution au sein de l’Université de Moscou de Lomonossov pour être au plus près de la jeunesse ambitieuse et brillante.

Pour s’ouvrir à d’autres horizons

Un autre intervenant de la cérémonie, le recteur de la région académique Île-de-France, recteur de Paris et chancelier des universités Gilles Pécout a noté qu’au début des années 1990, les recteurs des deux plus grandes universités russes avaient dû faire preuve de beaucoup d’audace pour accueillir des structures et des acteurs de formation avec des pratiques et des contenus français dans une logique voulant qu’ensuite, les étudiants qui auraient suivi avec succès ces formations aillent en France pour poursuivre leurs études.

Il a également souligné qu’il fallait partir de l’accord entre les deux pays pour dépasser cette relation binaire et considérer que l’espace universitaire, académique, scientifique français pouvait constituer une véritable porte d’entrée dans l'espace européen académique pour les jeunes talents russes. Selon lui, il faut faire en sorte qu’en venant travailler en France, on puisse s’ouvrir à d’autres horizons, découvrir d’autres territoires.

« Si la greffe a si bien pris en 25 ans, c’est aussi parce que l’enracinement profond, historique pouvait préexister. Nos deux pays entretiennent des relations de transfert culturel, des relations scientifiques et universitaires de longue date, depuis l’époque moderne jusqu’aux cohortes de ces étudiants, qui au XIXe siècle sont venus travailler à la Sorbonne dès avant la conclusion des accords franco-russes », a rappelé Gilles Pécout.

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