Adoption en Russie: un chemin épineux vers le bonheur

Maria Tchobanov
Les 21 et 22 janvier, l’ambassade de la Russie en France a accueilli lors de sa fête annuelle les familles françaises ayant adopté leurs enfants en Russie. Cette rencontre a permis de soulever les problèmes rencontrés par les Français désireux d’adopter des enfants russes, qui se sont aggravés au cours de ces dernières années.

La fête annuelle organisée à l’ambassade russe à Paris. Crédit : Maria TchobanovLa fête annuelle organisée à l’ambassade russe à Paris. Crédit : Maria Tchobanov

« Nous avons depuis quelques années cette belle tradition consistant à réunir au mois de janvier les enfants qui ont été adoptés en Russie et leurs parents autour du sapin de Noël et d’un beau spectacle. Nous sommes toujours à votre écoute et à votre disposition pour vous aider dans toutes les démarches liées à vos enfants, qui sont aussi un peu nos enfants et un lien naturel entre la Russie et la France », a déclaré l’ambassadeur de Russie en France, Alexandre Orlov, aux familles arrivées de toute la France et même de plusieurs pays voisins pour assister à la fête.

Le nombre d’adoptions en chute libre

Or, cette réunion a été l’occasion de faire le point sur l’adoption en Russie par des parents français. Marie Garidou, présidente de l’Association des Parents Adoptant en Russie (APAER) a présenté les chiffres « cruels », selon elle : en 2016, il y aura probablement moins de trente adoptions réalisées par les Français en Russie, tandis qu’il y a seulement trois ans, le nombre d’adoptions en France variait entre 250 et 300 annuellement.

Marie Garidou et Alexandre Orlov. Crédit : Maria TchobanovMarie Garidou et Alexandre Orlov. Crédit : Maria Tchobanov

Elle a rappelé que depuis la signature d’une convention entre les deux pays en 2013, l’adoption individuelle n’était plus possible : les familles sont obligées de passer soit par l’Agence française de l’adoption (AFA), soit par d’autres organismes agréés à ces fins. Or, le relais ne s’est pas fait, alors que les demandes sont toujours aussi nombreuses et que les familles sont de mieux en mieux préparées pour accueillir les enfants.

« Cette volonté louable de structurer les choses doit être accompagnée par la mise en capacité des organismes agréés pour l’adoption et de l’AFA de gérer plus de dossiers. Il faut que la communication s’accélère entre nos deux pays et entre nos autorités en charge de l’adoption pour que plus de dossiers puissent être menés à leur terme », s’inquiète Marie Garidou.

Il existe toujours en France comme en Russie de nombreux enfants en attente d’une famille et d'un avenir plus heureux. « Les enfants ne sont pas responsables de cette situation et c’est à nous, adultes de trouver les solutions pour leur offrir un avenir », a souligné dans son discours la présidente de l’APAER.

Selon les spécialistes de l’AFA, la baisse sensible des adoptions en France s’explique par la décroissance générale du nombre d’adoptions internationales en Russie.

Elle se traduit par un ralentissement des propositions d’apparentement, un allongement des délais d’attente (qui s’explique par la nette volonté de favoriser le placement national) et une évolution du profil des enfants proposés en vue de l’adoption : les autorités russes, souhaitant répondre en priorité aux besoins des enfants, recherchent des familles ayant le projet d’adopter des enfants grands (plus de 6 ans) et/ou ayant des particularités de santé.

L’AFA a l’intention de faire émerger les projets ouverts à l’accueil de ces enfants, qui ont plus de chances d’aboutir et dans des délais plus courts. Dans ce contexte, l’agence se voit obligée de réajuster les critères d’acceptation des familles-candidates afin d’éviter une attente inutile pour les familles ayant des projets devenus irréalistes (enfants en bas âge en bonne santé).

Les différentes associations s’efforcent à leur niveau de faire avancer les choses. L’APAER essaie de fournir le maximum d’informations aux organismes français agrées qui ne sont pas encore présents en Russie mais qui souhaitent s’y rendre ; elle répond aux questions des familles et partage son expérience ; organise des conférences avec les psychologues pour aider les parents à faire face à leurs enfants qui sont parfois débordés par leurs émotions ; elle réfléchit à la mise en place d’un parrainage entre les familles ayant déjà adopté et les parents en cours d’adoption. Cette expérience permettra de faire avancer les dossiers des parents qui sont en cours de procédure.

Association « Pour Koungur », une initiative pour mieux se connaître

Une mission tout à fait différente mais pas moins importante est assurée par l’Association « Pour Koungour » présidée par Hélène Texier. Depuis sa création en 2012, cette association mène différentes actions pour établir et assurer la liaison entre les familles adoptives et les maisons d’enfants de la région de Perm (Oural), pendant le parcours d’adoption et après.

En commençant par l’échange de lettres et de photos en provenance de tous les pays où sont partis les enfants des établissements d’accueil russes, en passant par l’achat de matériel pour les sorties en ville et l’aménagement de la salle de motricité et de la cour de la maison de l’enfants de Koungour, l’association s’est lancée dans des projets culturels dans plusieurs villes de la région de Perm.

Hélène Texier. Crédit : Maria TchobanovHélène Texier. Crédit : Maria Tchobanov

Sa présidente Hélène Texier et ses assistants ont tissé un énorme réseau d’amitié sur place – dans les écoles, les bibliothèques, les salles de spectacles. Grâce aux actions organisées par l’association, l’enthousiasme créatif s’est transmis aux acteurs et personnalités locaux : d’autre associations caritatives ont vu le jour pour mener des actions d’aide aux enfants et adultes en difficultés.

Lors de la fête annuelle organisée à l’ambassade russe à Paris, l’association « Pour Koungour » a présenté une exposition de dessins sur la Russie faits par les enfants des orphelinats russes, accompagnés de photos d'une vingtaine de photographes de diverses régions russes.

« Aujourd’hui à la fête il y a des enfants de Perm, mais aussi de Moscou, Saint-Pétersbourg, Vladivostok, et ils peuvent tous découvrir des images de leur pays d’origine à travers ces dessins et photos. Nous aimons montrer une autre Russie que celle qu’on nous impose à travers des médias. L’objectif c’est qu’on apprenne tous à mieux  se connaître », avoue Hélène Texier.

Spectacle musical en français basé sur le conte de Korneï Tchoukovski Le Docteur Aïbobo. Crédit : Maria TchobanovSpectacle musical en français basé sur le conte de Korneï Tchoukovski Le Docteur Aïbobo. Crédit : Maria Tchobanov

Un des amis de l’association « Pour Koungour », le théâtre francophone de la ville de Perm « Vis-à-vis », a offert aux enfants et à leurs familles un magnifique spectacle musical en français basé sur le conte de Korneï Tchoukovski Le Docteur Aïbobo.

« La bonté n’a pas de patrie. Le bien ignore les distances … », furent les paroles finales de ce spectacle mais aussi le leitmotiv de toute cette fête, éclairée par une centaine de sourires d’enfants.

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