Danser en fauteuil roulant ? Oui, c’est possible !

25 avril 2016 Anastassia Semenovitch
Pour les personnes à mobilité réduite, la danse peut être une forme de thérapie. Сertains handicapés vont encore plus loin : ils se qualifient pour des compétitions internationales jusqu’à remporter les championnats du monde présidés par le Comité international paralympique.
Danser en fauteuil roulant
Alexandra Berdnik et Sergueï Antonov présentent leur danse "La Famille Addams" lors d'une soirée de gala. Crédit : archive personnelle

A l’entrée du siège du Comité des sports, en plein centre-ville de Saint-Pétersbourg, j’aperçois, juste devant une marche de granit, une jeune fille en fauteuil roulant. Venue à un cours, elle demande d’appeler le gardien. Ce dernier aide la jeune fille à entrer, car le bâtiment ne dispose pas de rampe d’accès pour handicapés. Je la suis. Dans la salle, j’apprends que la jeune fille est une professionnelle de la danse en fauteuil roulant, membre de la sélection russe qui, au championnat du monde tenu fin 2015 en Espagne, a remporté le plus grand nombre de médailles : cinq médailles d’or, quatre d’argent et six de bronze.

Des enseignants de l’Académie Vaganova de la danse

Les champions du monde s’entraînent dans une toute petite salle. Ils se sont retrouvés cloués à leurs fauteuils pour différentes raisons, mais ils sont tous venus au club sur conseil de membres de leurs familles et d’amis.

Selon Elena Lozko, présidente de la Fédération de la danse en fauteuil roulant, cette activité est avant tout une forme de réhabilitation : la personne handicapée apprend à contrôler son corps, à maîtriser ses muscles et à respirer correctement. L’élément social de la danse est également très important, étant donné qu’en règle générale, les personnes handicapées portent un lourd fardeau de complexes. « Pour les premières représentations, les femmes évitent de mettre des jupes et essaient de trouver des costumes montants et fermés. Mais par la suite, elles deviennent très ouvertes et éclatantes sur la piste comme dans la vie », souligne Elena. La plupart de ceux qui s’entraînent dans le club ont des familles, travaillent ou font des études.

Championne par défi

Alexandra Berdnik, multiple championne de Russie et championne d’Europe et du monde, a participé aux cérémonies des Jeux paralympiques de Sotchi en 2014. Dans son enfance, elle a fait de la danse en fauteuil roulant, mais en 2007 a dû arrêter pour des raisons de santé. « Mais je voulais vraiment danser, raconte Alexandra. Alors Maxime, qui était dans notre ensemble et qui s’entraînait déjà au club, m’a conseillé de venir pour un cours. Et il a ajouté : T’es pas chiche ? ».

Alexandra a relevé le défi et est restée au club. Aujourd’hui, elle participe régulièrement à différentes compétitions dans le monde entier. Elle a appris l’anglais, a commencé à prendre des cours d’espagnol et est devenue très sociable.

« Danser dans un fauteuil roulant est très difficile : au début, en rentrant chez moi, je m’endormais sans même avoir enlevé mon manteau. Nombreux sont ceux qui ne résistent pas. Mais les danses sont indispensables pour ressentir de la joie sur la piste. Elles sont d’un grand soutien tant au niveau physique que psychologique », fait-elle remarquer.

Cette année, l’équipe russe se produit en championnats au Kazakhstan et en Finlande, à la Coupe du monde à Saint-Pétersbourg et aux championnats d’Europe, ce qui exige un entraînement intense.

« Nous avons de merveilleux enseignants. Il y a même des représentants de générations entières de l’Académie Vaganova de la danse, ce qui rend le niveau de formation très élevé », indique Elena Lozko.

« Nous n’irons pas à Rio »

« Qu’est-ce que c’est que ça ? tonne l’entraîneur du club Konstantin Vassiliev en s’adressant aux champions du monde. C’est un cha-cha-cha, ça ? La rumba, passe encore, mais pour le reste, il faut s’entraîner ! ».

Konstantin Vassiliev est membre du Comité international paralympique et entraîneur de l’équipe russe. Il a reçu le titre d’entraîneur émérite de Russie l’année dernière. « La danse en fauteuil roulant est considérée comme un sport paralympique, mais elle ne fait pas partie du programme des JO, a-t-il précisé. Par exemple, nous n’irons pas à Rio. Or, les budgets sont élaborés précisément en fonction du programme des Jeux ».

Konstantin Vassiliev. Photo de l'archive personnelle

Selon lui, la sélection russe est unique en son genre. C’est la Russie qui a lancé la danse en solo, discipline qui s’est rapidement propagée dans le monde entier, car en fauteuil roulant, il n’est pas facile de trouver un partenaire. « En outre, c’est nous qui avons inventé le combi-freestyle qui, à la différence du programme traditionnel, autorise des éléments acrobatiques. Ce style a été très bien accueilli en Amérique latine », a dit Konstantin Vassiliev.

La Russie ne figure pas sur la liste des pays exemplaires en termes d’accessibilité pour les handicapés. Toutefois, Elena Lozko constate certains progrès dans ce domaine. Elle se souvient de la fin des années 1990, lorsque pendant les premières grandes compétitions qu’elle organisait il n’y avait ni volontaires, ni infrastructures appropriées, et lorsque les sportifs n’étaient même pas accueillis à l’aéroport. Aujourd’hui, les fondations sont jetées et elles se développent, a-t-elle affirmé.

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