Ma nouvelle vie en Crimée : Evgueni

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Ils ont plaqué les grandes villes russes pour la péninsule

Durant les 100 dernières années de son existence, la Crimée a fait partie de l’URSS, de l’Ukraine et de la Fédération de Russie. Mais indépendamment de son appartenance territoriale, la péninsule a toujours été l’un des lieux privilégiés de vacances pour les Russes. La mer, la montagne, un climat doux - la Crimée attire traditionnellement les amateurs d’escalade, de plongée, de pêche et de loisirs actifs. Pourtant, après le rattachement de la péninsule à la Russie en mars 2014, la Crimée s’est attirée une nouvelle catégorie de citoyens : les partisans de la « simplicité volontaire », des citadins qui renoncent à la vie en métropole et quittent le « continent ». Aujourd’hui, plutôt que choisir les destinations traditionnelles comme Goa ou la Thaïlande, ils s’installent en Crimée. Qu’attendent-ils de leur nouvelle vie sur la péninsule ?

Aujourd'hui, deux ans après le référendum qui s'est tenu en Crimée le 16 mars 2014, RBTH publie plusieurs histoires de ceux qui ont quitté les grandes villes et des postes prestigieux pour une nouvelle vie en Crimée.

La famille Tcherniakhovski. Photo de l'archive personnelle.

Evgueni Tcherniakhovski, 29 ans, directeur créatif chez Likee

En 2015, il a quitté Saint-Pétersbourg pour Sébastopol

Les changements

En 2013, ma femme et moi avons démissionné de nos emplois de bureau bien payés, avons pris notre fils de neuf mois et sommes partis pour un long voyage. Après avoir parcouru 15 pays, nous sommes revenus à Saint-Pétersbourg. Nous avons dû alors décider où vivre ensuite, que faire et quelle voie suivre. La Crimée nous a semblé l’endroit idéal pour utiliser nos compétences en matière de nouveaux medias et d’informatique et notre expérience de travail dans des territoires ayant d’autres traditions et mentalités. Nos amis étaient étonnés par notre choix, mais personne n’a cherché à nous dissuader. Nous avons envoyé des éclaireurs, analysé le marché, choisi les domaines prometteurs de travail et sommes partis.

Arrivé en Crimée en 2015, j’ai longtemps eu le sentiment fort d’être dans l’endroit le plus libre du monde. Les gens partageaient une sorte de jubilation quant au fait qu’on puisse exprimer son droit et le défendre. L’ancien mode de vie était en plein démantèlement au profit d’une vie nouvelle, accompagnée de changement des flux financiers et des dirigeants.

Source : archive personnellePhoto de l'archive personnelle

La réalité

La Crimée est une région unique, vierge pour l’industrie informatique. Nous nous sommes concentrés sur cinq domaines principaux : la navigation (nous avons développé un guide mobile pour la Crimée KRIMONLINE), la création de réseaux Wi-Fi publics (projet KRIMWIFI), un agrégateur de taxis BroTaxi, un réseau de publicité et de médias et la préparation des patrons pour la saison touristique dans le cadre du projet Krimonline.Business.

Nous sommes des entrepreneurs de la deuxième vague, c’était plus facile pour nous : après le rattachement à la Russie, les grands acteurs n’étaient pas encore arrivés ou sont partis à cause des sanctions, les petits ne tenaient pas ou partaient également à cause du rattachement territorial qui a entraîné une série de problèmes.

Ce n’est pas étonnant : Google ne fonctionnait pas normalement, Visa ne marchait pas du tout, les fournisseurs de données cartographiques répétaient constamment que nous étions en Ukraine, les institutions publiques nous prenaient pour des extraterrestres quand nous leur demandions des informations.

Puis on a coupé l’électricité (en novembre 2015, suite à une panne du réseau électrique ukrainien qui alimentait la Crimée en électricité, une grande partie de la péninsule s’est trouvée dans le noir. Les autorités locales ont déclaré l’état d’urgence, ndlr). Tout s’est arrêté. Nous avons eu de la chance – notre maison était sur la même ligne que le grand hôpital municipal, l’électricité et Internet n’ont pas été coupés, elle s’est donc transformée en espace de coworking. En journée, il y avait des iMac et des MacBook partout où l’on pouvait s’asseoir. Le soir on dînait et on jouait jusqu’à la nuit. Tout cela constitue une expérience de construction d’une entreprise informatique en situation de crise.

100 pays membres de l’Onu ne reconnaissent pas la légitimité du référendum de Crimée et considèrent qu’il viole la Constitution ukrainienne. Selon celle-ci, toute décision relative aux frontières de l’Ukraine ne peut être prise que par un référendum national. Ainsi, selon la loi ukrainienne, la Russie a annexé une partie du territoire d’un Etat voisin.

Je ne veux pas dire que la Crimée est la Terre promise. C’est une région qui a accumulé beaucoup de problèmes, mais ces problèmes sont résolus de manière assez efficace. Les problèmes d’électricité ont été réglés avec une efficacité irréelle. La 3G, et même la 4G, sont déjà présentes dans presque toutes les principales villes touristiques. On construit des routes, on investit dans l’infrastructure.

Nous n’avons pas d’illusions concernant la Russie, mais nous vivons dans un pays assez indépendant, assez libre où même les affiches publicitaires commerciales nous rappellent que la Russie est un pays d’opportunités.

Les systèmes de paiement Visa et Mastercard ne fonctionnent toujours pas dans la péninsule à cause des sanctions. On ne peut se servir de ces cartes en Crimée que si elles ont été émises par des banques russes. On peut retirer de l’argent sans commission dans les distributeurs de billets de la banque régionale RNKB.

L’avenir

Photo de l'archive personnelle

Les projets de l’équipe sont assez ambitieux : création d’une plateforme unique en Crimée pour l’interaction entre l’administration, les entreprises et les consommateurs ; l’aide à la création de cycles complets de voyages touristiques ; la promotion de la Crimée comme destination touristique pour les touristes russes et étrangers.

Mes propres projets sont assez simples : un jour, je serai vieux et me retirerai des affaires, ma femme fera de la poterie et moi, je vais peindre ses œuvres. À midi, nous boirons du vin et danserons la rue, habillés de blanc. Quelque chose comme ça.

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