Instaweek: une nonagénaire épouse le temps des réseaux sociaux

Photo from Instagram

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Raïssa Gladskikh a 90 ans. Elle a deux enfants, trois petites-filles et cinq arrière-petits-enfants. Et ce n’est pas tout: elle est une star d’Instragram et compte quelque 12 000 abonnés, tout en étant passionnée de selfies. Elle nous résume sa vie.

Raïssa Gladskikh est née en 1926. « Impossible de dire quelque chose de plus précis. Les registres des naissances étant en papier, le premier incendie détruisait toutes les informations. Je crois que je suis née en septembre, mais la tradition familiale veut que je fête mon anniversaire le 9 mai ».

 

Le père de Raïssa était agriculteur. Sa mère avait été adoptée dans son enfance par la famille d’un prêtre. « C’était une fiancée instruite avec une belle dot. La famille a pendant très longtemps refusé de donner son accord au mariage avec mon père. Je me souviens des robes à crinoline que portait ma mère ». 

 

Laissons Raïssa raconter.

« Nous étions quatre enfants. Quand j’avais 11 ans, nous avons perdu nos parents. La sœur aînée avait 15 ans, mon frère en avait 8. Difficile de dire pourquoi nous n’avons pas été placés dans un orphelinat. On avait faim et on avait froid. C’est ce qui a sans doute trempé notre caractère. L’aînée est morte à 88 ans. Les garçons étaient plus faibles. Les femmes sont en règle générale plus résistantes   ».

« Mes premiers souvenirs d’enfance remontent à l’âge de 2 ans ou même plus tôt. Et je suis toujours très étonnée quand les gens disent ne pas se rappeler ce qu’ils ont fait la veille ou ce qu’ils avaient prévu de faire le jour même  ».

 

« C’était en 1944, la guerre faisait rage. Un petit village de Bachkirie (à environ 1 500 kilomètres à l’est de Moscou), loin de la civilisation, sans électricité ni eau courante. Sur mes papiers j’ai 18 ans, mais je n’en fais pas plus de 15. Je devais enseigner dans les quatre classes de l’école primaire. Les enfants étaient absolument illettrés. Les uns avaient classe du matin à l’après-midi, les autres de l’après-midi au soir   ». 

 

 

« Une photo de 1953. C’est mon mari Stepan. Un homme d’un grand talent. À 15 ans, ressentant une soif irrésistible de voyages, il glissa dans son sac un pain et prit le premier train venu. En l’espace de deux ans, il visita la moitié du pays. Il se rendit en Géorgie, en Tchétchénie et en Asie centrale. Sans le sou. Il fut arrêté par la police puis remis à la famille. Mais trois jours plus tard, il était déjà à bord d’un autre train. Ses aventures le menèrent jusqu’à une mine où il travailla pendant un an. Les conséquences de cette activité l’ont tué alors qu’il n’avait que 36 ans. Toute la ville est venue aux obsèques ».

 

 

« J’ai toujours été très débrouillarde. Il ne fallait jamais m’expliquer quelque chose deux fois. Un appareil photo, d’accord. Un micro-onde, ok. Il faut avouer toutefois que votre Internet m’a donné du fil à retordre  ».

 

 

 

 

 

« Pourquoi ne suis-je toujours pas une gâteuse à cheveux blancs avec un vieux foulard délavé sur les épaules ? Parce que j’ai toujours écouté les critiques. À 65 ans, j’ai changé la couleur de mes cheveux. ‘Tu ressembles à un feu de carrefour’, m’a déclaré un jour ma petite-fille. Toute ma réserve colorants capillaires a aussitôt fini à la poubelle. C’est à cet âge que j’ai apprécié le charme des chapeaux. Chaque chose en son temps. Pour ce qui est des foulards noués sous le menton, c’est pour les petites filles ou les petites vieilles. À tout autre âge, ils ajoutent une cinquantaine d’années à n’importe quelle femme et en font une créature rabougrie ».

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