Oymyakon : comment survivre dans l'endroit le plus froid de la terre

Les habitants du village d'Oymyakon sont habitués à de nombreuses contradictions qui façonnent leur vie. Il est difficile de croire que quelqu'un vit dans de pareilles conditions : encore moins y grandir, et pourtant, les habitants d'Oymyakon sont connus pour leur longévité.

C'est seulement une des contradictions de la vie à Oymyakon. Dans le village, l'eau du fleuve ne gèle pas. Mais ce n'est pas du à la magie. Le sol ici est gelé en permanence jusqu'à une profondeur de 5 000 pieds (environ 1600 mètres) ; sous la pression de la terre gelée, les eaux souterraines remontent à la surface.

Dans le dialecte du peuple local, les Tungus, « Oymyakon » signifie « fleuve non gelé » ou « l'endroit où les poissons passent l'hiver ». Il n'y a pas de vent ici, le temps est toujours ensoleillé, des chevaux trapus et poilus arpentent la toundra. En hiver, leurs poils épais poussent jusqu'à une longueur de quatre pouces (environ 12 cm) et la crinière ne couvre pas seulement leur encolure mais aussi leurs épaules.

A une température de -60° C, le visage découvert d'une personne subit la morsure du froid en quelques secondes. Le mercure des thermomètres gèle et de l'eau bouillante jetée en l'air forme instantanément un nuage de neige.

La plupart des voitures ne démarrent pas sous ces températures et les autres, comme l'Oural fabriqué en Russie ou les modèles UAZ peuvent être chauffés uniquement en utilisant des chalumeaux.

Tous les souvenirs en ville sont décorés du numéro -71,2 : la température enregistrée ici en 1926 par Sergei Obroutchev et considérée comme le minimum que la température puisse atteindre.

Mais dans des conditions qui paraissent si inhumaines, la population locale a trouvé un compromis avec la nature. Les habitants profitent de l'air pur et de l'eau limpide, d'un mode de vie actif et d'une nourriture saine. Leur régime est principalement composé de poisson, de viande de cheval et de produits laitiers. Ils compensent le manque de légume en cueillant des baies sauvages.

Andrei Danilov, qui a vécu ici toute sa vie comme éleveur de rennes, a 102 ans. Les maisons ne sont plus faites de peaux de rennes et Danilov vit donc dans une tente de toile dans la glace. Son père est mort à l'âge de 117 ans et sa mère en à 108. Les amis de Danilov, Aryan et Afrosinya, vivent dans une yourte.

Récemment, à l'âge de 90 ans, ils ont adopté une petite fille, alors qu'ils n'avaient jamais eu d'enfants. Aujourd'hui, ils élèvent tous deux du bétail. Selon eux, ils n'ont jamais, au cours de leur vie, été malades.

Le couple pense que la raison de leur santé réside dans deux produits laitiers locaux : le hayak et le kyortchekh. Le hayak a une couleur et un goût qui ressemblent à de l'huile épais. La recette du kyortchekh est semblable à celle de la glace : du lait de vache frais est battu avec des baies, partiellement gelé et transformé en gâteau.

Le plat le plus connu à Oymyakon est néanmoins le stroganina, une sorte de sashimi sibérien. La préparation commence au moment de la pêche. Il est préparé à base d'esturgeon, de cisco arctique et de colin pris au piège sous la glace.

Les pêcheurs Tungus tuent les poissons emprisonnés d'un seul coup adroit et bien placé et les congèlent tandis qu'ils redressent et ajustent le poisson; si on le laisse se congeler courbé, il sera difficile d'en couper des lamelles. Lorsque le poisson congelé est ramené de l'extérieur, on commence tout de suite à le couper en lamelles : le nom du plat vient du verbe « strogat' » qui veut dire raser.

Les lamelles doivent être séparées du poisson de façon à ce que chacune d'elles comporte une fine couche de graisse sous-cutanée; c'est cette couche qui contient des acides Omega-3, qui renforcent le cœur et ralentissent le vieillissement. 

Non seulement ces plats ne peuvent être préparés plus au Sud, mais ils ne peuvent non plus être exportés. Ils n'existent qu'en tant que spécificité de la vie nordique, tout comme le soleil aveuglant, les éleveurs de rennes centenaires et les chevaux qui ressemblent à des ours.

Cette histoire est basée sur les informations de la Communauté Géographique russe. 

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