La Russie, elle aussi, pleure Belmondo

imago stock&people/Global Look Press
À 88 ans, «Le magnifique» s’est éteint le 6 septembre 2021, laissant en deuil le cinéma français. Sa disparition a toutefois suscité l’émoi au-delà de l’industrie du grand écran, mais aussi des frontières hexagonales. En Russie, où il était l’une des rares icônes occidentales à avoir été tolérées par la censure durant l’époque soviétique, les expressions de chagrin n’ont pas tardé à pleuvoir.

« C’est avec le plus grand chagrin que nous avons appris la triste nouvelle du décès de Jean-Paul Belmondo. Ces jours de deuil, nous partageons votre douleur en vous adressant nos condoléances et les mots les plus sincères de notre soutien. Jean-Paul Belmondo était une personne de renommée internationale et légende du cinéma français, acteur très connu et aimé en Russie à travers les générations ». Tel est un extrait de la lettre signée de la main d’Alexeï Mechkov, ambassadeur de Russie en France, publiée sur la page Facebook de la mission diplomatique.

À l’annonce de la disparition du mythique comédien, d’innombrables publications, exprimant peine et nostalgie, sont apparues sur le segment russe d’Internet. Anton Doline, éminent critique du septième art, ne trouvant les mots, a ainsi succinctement publié sur Facebook : « Mon Bébel. Amertume infinie ».

Alors que la presse russe a abondamment dévoilé diverses sélections des meilleurs rôles et de multiples portraits de l’acteur, de nombreux internautes ont rappelé sa visite de 1989 au pays des Soviets, comme sur cette photo-hommage, réalisée à Leningrad, près du croiseur Aurore, ainsi que sa venue, dans cette même ville, déjà rebaptisée Saint-Pétersbourg, en 2013, quelques jours avant son 80e anniversaire.

Dans cette vidéo, l’on peut d’ailleurs assister à la conférence de presse donnée par Belmondo à Moscou lors de son voyage de l’autre côté du rideau de fer.

La popularité de Belmondo en Russie s’explique par l’autorisation dont jouissaient ses films d’être diffusés en URSS, un privilège réservé à une infime partie de la production cinématographique « capitaliste ». Ainsi, comme l’indique le journal Sobessednik, les projections de ses œuvres rassemblaient des foules de spectateurs à travers l’Union : près de 35 millions de Soviétiques se seraient rendus dans les salles obscures pour visionner Cartouche, tandis que L'Alpagueur en aurait attiré 33 millions. L'Animal aurait quant à lui fait l’objet de la vente de 41 millions de billets dans le pays, contre 28 millions pour Le Solitaire.

Sur la photo ci-dessous, Belmondo à l’aéroport moscovite de Cheremetievo, lors de sa visite de 1989.

« Belmondo a remplacé Hollywood pour les enfants tardifs de l’URSS. Hollywood n'était pas autorisé ici, mais la France était un ami parmi les ennemis et, de tous les alliés de la dernière guerre, une sorte d'"allié immuable". Dans les écoles françaises spéciales, comme la nôtre à Iaroslavl, l’on autorisait la venue de vrais enfants français capitalistes, et sur les écrans de l’Union – celle de Belmondo », se souvient sur sa page Facebook le journaliste Alexandre Baounov.

« Dans mon enfance il était considéré comme un modèle masculin : incroyablement charmant, fort, viril, courageux, et aucunement mignon. […] Et le sourire de Belmondo était désarmant et vous faisait aimer cet acteur en tant qu'être humain, même si son personnage malmenait les gens à l'écran sans aucun sentiment. C'était un grand artiste. Qu'il repose en paix », a décrit Sergueï Stillavine, animateur télé et radio.

« Il était l'un des meilleurs et des plus grands acteurs. Sa mort... Bien sûr, c'est normal, tout le monde meurt un jour. Mais c'est triste. Une grande époque s'en est allée – non seulement du cinéma français, mais aussi du cinéma mondial. Il était drôle, courageux, intéressant, charmant, beau, et c'est la raison pour laquelle le monde entier l'aimait. Pour moi, doubler Belmondo a été un honneur », a enfin déclaré à Gazeta.ru Alexandre Klioukvine, ayant à maintes fois assuré le doublage du légendaire comédien.

Sa mort n’a par ailleurs pas laissé indifférents d’innombrables internautes anonymes, à l’instar de Dmitri qui, sur YouTube, déclare :

« Il est l’un de ceux dont les images au cinéma ont été pour moi un exemple dans la vie… ».

Ou encore Ksenia Mailly, notant :

« Quelle perte pour notre génération… Une légende ».

Une multitude de courts messages d’adieux ont en réalité inondé les réseaux sociaux, beaucoup d’admirateurs évoquant l’acteur au travers de ses multiples surnoms, dont le plus populaire semble être ici « Le Professionnel », clin d’œil à son film de 1981, autre grand succès auprès du public soviétique.

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