EN IMAGES Régiment immortel, le souvenir des héros dans les rues de Paris

Maria Tchobanov
C’est avec le cœur plein de tristesse, de fierté et d’espoir que des centaines de représentants de la communauté russophone de Paris se sont ressemblés le 8 mai place Gambetta pour défiler dans les rues de la capitale française en mémoire de ceux qui ont contribué à la cause commune de la victoire sur le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale.

La Seconde Guerre mondiale a fait couler le sang dans presque chaque famille soviétique. Le Jour de la Victoire, célébré le 9 mai en Russie, n’est pas un simple jour férié. Le souvenir de la guerre est toujours vivant. Certains rendent hommage à leurs héros, tandis que d’autres pleurent les morts et les disparus, mais personne n’est indifférent. « Nous avons tous des grands-parents et des parents pour qui la guerre n'était pas le passage d'un manuel d'histoire, mais l'horreur et la douleur qu’ils ont vécus. Il faut plusieurs générations pour que cette plaie cesse de saigner. Mais nous sommes là aujourd’hui pour porter le message de la paix et pour rendre hommage à nos compatriotes et à toutes les nations qui ont sauvé le monde d’une tragédie au prix d’un énorme sacrifice », a précisé le représentant du comité des organisateurs du défilé parisien du « Régiment immortel ».

Bien que ce Régiment ne soit constitué que de portraits en noir et blanc, portés par les proches et les descendants, chacun d’eux a sa propre histoire, sa propre guerre.

Elena

Elena a rejoint le rassemblement avec son fils de 7 ans et sa fille de 4 ans et des amies. Elle portait le portrait de son grand-père, Pavel Prokoudine, qui a combattu dans le Deuxième front ukrainien et a chassé les Allemands jusqu’à Varsovie. « Cette fête est très importante pour moi, je voudrais que mes enfants connaissent la vérité sur cette guerre, qu'ils ne répètent pas les erreurs du passé, qu’ils se souviennent de leur arrière-grand-père et qu’ils honorent la mémoire de leurs ancêtres. Ce fut mon rêve de longue date de participer au Régiment immortel avec les enfants et il se réalise aujourd’hui, malgré la pluie, malgré le mauvais temps », a dit Elena, émue.

Artiom

Artiom est venu place Gambetta avec le portrait de son grand-père Ivan Gorine, qu’il connaissait à peine, car il a quitté l’Union soviétique à l’âge de 7 ans. Ivan avait 36 ans quand la guerre a commencé. Il fut mobilisé, comme la plupart des hommes de son âge, et a eu la chance de survivre à cette guerre qui a emporté des dizaines de millions de vies. « On ne peut pas échapper à son histoire, c’est pour cela que je suis là », a remarqué Artiom. Son épouse ukrainienne brandissait le portrait de son grand-père Danil Viounik, soldat qui a combattu sur le front en Ukraine. Il fut blessé, mais revint vivant de la guerre, la poitrine couverte de médailles.

Jean-François

Jean-François tenait deux portraits féminins : celui d’une chirurgienne de la 51e armée, Nadejda Eriomtchenko, originaire du village de Novo-Markovka dans la région de Voronej, qu’il a connue à Moscou grâce à sa femme russe, et celui d’une infirmière de guerre, Antonina Netchaïeva, la tante de sa femme, originaire du Caucase, qui servait dans une division d’artillerie.

Le défilé du Régiment immortel le 8 mai 2019 à Paris

« Nadejda m’a raconté beaucoup de choses sur son service pendant la guerre, entre autres, les batailles de Stalingrad, de Riga, de Simféropol. J’ai enregistré ses récits, pleins de véhémence, de souvenirs intactes malgré son âge, de convictions, de foi de patriote. C’était une amie de ma femme », explique ce passionné de l’histoire.

Le défilé du Régiment immortel le 8 mai 2019 à Paris

Jean-François a également rencontré Antonina, qui lui a raconté « des histoires incroyables ». « Elle s'est échappée de plusieurs poches d’encerclement allemand, a traversé le Don à moitié gelé à la nage début mars 1943… La Guerre patriotique n’a rien avoir avec ce qu’on a pu connaître ici en 1940-44. C’était une guerre d’extermination, une guerre impitoyable. Je me suis rendu en Russie quinze fois et j’ai rencontré beaucoup de vétérans. Ces deux femmes ont partagé tellement de souvenirs avec moi, que je trouve ça normal de participer avec leurs portraits à ce défilé, d’autant plus que mes filles sont russes », précise Jean-François.

Youlia

Youlia brandit avec le sourire les portraits de ses grands-parents. Au début de la guerre, toute la famille de son grand-père, Viktor Goriounov, originaire de la région de Pskov, fut tuée. Orphelin à 14 ans, il a été recueilli par le capitaine d'un bateau militaire. Par la suite, il s’est retrouvé chez les partisans. Selon ses récits, ce fut la période la plus dure : il n’était jamais sûr de survivre jusqu’au soir. Après la guerre, il a rejoint la flotte de la Baltique. La grand-mère de Youlia, Maria Goriounova, a travaillé à l’âge de 15 ans dans une usine qui fabriquait des tanks. La pression était très forte, les besoins de l’armée devenaient de plus en plus importants, l’usine ne s’arrêtait pas, même la nuit. Les souvenirs de la guerre ont toujours été présents dans la famille de Youlia, mais son grand-père refusait catégoriquement de raconter les atrocités vécues pendant ces années.

Une participante au défilé du Régiment immortel

« Le 9 mai fut la plus grande fête dans notre famille et aujourd’hui je suis venu avec un sentiment de fierté et de reconnaissance pour ces personnes qui nous ont offert cette vie, sans souffrances et malheurs qu’ils ont traversés, eux », dit la jeune femme.

Irina

Vladimir et Irina sont venus avec leurs enfants assis dans une poussette. Ils ont amené les portraits des grands-parents de Vladimir. Tous les quatre ont servi dans l’Armée rouge pendant toute la durée de la guerre. Les deux grands-pères sont allés jusqu’à Berlin. Les parents de la mère de Vladimir étaient médecins : le père – chirurgien militaire au rang de colonel, la mère - infirmière de bloc opératoire. Ils ont opéré ensemble les blessés lors de la bataille de Stalingrad et d’autre grands épisodes sanglants. Quand l’armée allemande a commencé à se retirer en 1943, les jeunes gens se sont mariés dans un abri souterrain.

Paris, le 8 mai 2019

« J’ai grandi au côté de mes grands-parents et tous les 9 mai, je participais aux parades militaires, j’écoutais les interventions de mon grand-père. Aujourd’hui nous ressentons la joie et la responsabilité de devoir être digne de nos ancêtres et nous essayons de transmettre nos valeurs à nos enfants », souligne Vladimir.

Lidia

Lidia est venue seule place Gambetta. Toute sa famille est restée en Russie. Elle tient le portrait de son grand-père, Pavel Ispravnikov, qui est mort de faim lors du siège de Leningrad. Sur l’autre pancarte, le portrait de sa maman, Elena Alexandrova, qui a survécu au siège et a pu sauver la vie de Lidia, qui est née en août 1940. « Je ne marchais pas jusqu’à l’âge de cinq ans à cause d'une mauvaise alimentation et maman, très frêle, était obligée de me porter dans ses bras tout le temps. Elle était infirmière de nuit et après la guerre elle a continué de travailler comme infirmière », raconte Lidia. Elle tient également un portrait de Semion Alexandrov, son père, qui a disparu pendant la guerre. Il y a trois ans seulement, Lidia a appris qu’il avait péri sur le lac Ladoga. Elle participe tous les ans aux défilés du Régiment immortel, les larmes aux yeux, mais également le sourire sur les lèvres.

Lors de la cérémonie au cimetière du Père-Lachaise, devant le monument aux partisans soviétiques morts pour la France, l’ambassadeur russe Alexeï Mechkov a souligné que le rassemblement du 8 mai était un hommage à la génération des gagnants, à nos aïeux qui ont réussi à briser l'échine du nazisme et du fascisme. « Nous sommes aujourd'hui confrontés à une tâche tout aussi difficile - nous devons devenir une génération de créateurs, nous devons réaliser le rêve de ceux qui n’ont pas pu voir le jour de la victoire - créer une Europe libre, démocratique et prospère. Je suis convaincu que les pays de l'espace eurasien pourront apporter une contribution importante, sinon décisive, à ce processus », a déclaré le diplomate.

La Marche du Régiment immortel est une initiative citoyenne commémorative qui a été lancée à Tomsk, en Russie, en 2012 et qui a désormais lieu dans plus de 100 pays. Cette année, elle s’est déroulée le 8 mai dans 12 villes françaises, qui ont vu flotter dans les airs les drapeaux de la Russie, de l'Arménie, de la Biélorussie, de l'Ukraine, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de la Géorgie et d’autres pays. 

Accompagnés de mélodies des années de guerre et de chants de la Victoire, des gens de tous âges et aux convictions politiques différentes se sont rendus à ce rendez-vous commémoratif en brandissant les portraits de leurs proches, témoins et victimes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. 

Dans cette autre publication, découvrez cinq faits méconnus sur la bataille de Moscou.

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