Pourquoi le musée d'histoire de la prostitution de Moscou a ouvert dans des toilettes?

Le musée de la prostitution, qui a ouvert en plein centre de Moscou sur la rue piétonne Arbat, a bouleversé de nombreuses personnes. Les croyants, les communistes, les partisans des relations homosexuelles et les adversaires de ces partisans, les députés et les anciens habitants de l'Arbat étaient prêts à démolir à l'avance une institution scandaleuse. Combien de personnes étaient finalement insatisfaites après l'ouverture? C’est ce qu’a cherché à savoir le correspondant de Russia Beyond.

Trouver un nouvel établissement culturel dans la rue piétonne la plus célèbre de Moscou n’a rien d’une partie de plaisir. Sur le chemin, nous étions distraits par les promoteurs en tout genre, les magasins de souvenirs, les petites boutiques d’antiquités et des restaurants pour tous les goûts. Au point où le navigateur nous menait se trouvait un vendeur de matriochkas, des chapkas, ainsi que des figurines grandeur nature de Lénine, Staline et, pour une raison quelconque, de Trump.

Puis un chevalier vêtu d’une armure d'argent, qui attrapait des touristes et se prenait en photos avec eux pour de l'argent, m’a barré la route. M’ayant taxé une cigarette, il a expliqué que le musée se situait au sous-sol, « là où il y a un homme barbu près de la porte vitrée ».

Vulgaire, génial, pas mal

Le créateur du musée, Valeri Pereverzev, avait effectivement de longs cheveux noirs et une barbe non moins longue et fournie. Il escortait juste les visiteurs réguliers, qui, évidemment, étaient très impressionnés. Du moins, alors que je descendais au sous-sol, derrière moi, j'ai entendu les mots « cool », « génial » et « pas mal » au moins dix fois. Le musée d'histoire de la prostitution est situé dans les toilettes d'un autre projet de Pereverzev, le musée d'histoire de la torture, inauguré par Valery il y a huit ans.

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Libérant gentiment la corde rouge du poteau doré, le responsable me laisse entrer. Entouré de contraceptifs prérévolutionnaires, de culottes et de soutien-gorge pour femmes, je lâchais un soupir de joie.

En cours de route, j'ai lu en diagonale les critiques publiées par des chroniqueurs de la capitale sur la « vulgarité » du projet et imaginé mentalement comment je marcherais entre les stands et les vitrines, soit avec un air malin, soit avec un regard indigné. Mais je n’ai même pas eu besoin de marcher. Le musée, dont le billet coûte 100 roubles (1,5 euro, ndlr), occupait un espace si exigu qu’il suffisait de faire une rotation de 360 ​​degrés pour voir l’ensemble de l’exposition.

Des photos de prostituées de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle sont accrochées aux murs, des livres et des poupées brisées gisent sur le sol. Des étagères bordées de flacons. Une ceinture de chasteté masculine suspendue au-dessus d'une cuvette de toilette rouge. En attendant que le propriétaire termine de discuter avec des amis d'une fête où s’est déroulée une bagarre avec des skinheads, j'ai réussi à regarder à trois reprises tous les objets exposés.

«Un art de toilettes»

« Oui, ce sont des toilettes. De l'art de toilettes... », a commencé Pereverzev pour expliquer le concept de l’établissement.

« Alors, c'est tout? », répondis-je, confus.

«… La personne qui vient ici doit être trompée. Comme avec votre "c'est tout ?". C'est le principe de base de la prostitution », a poursuivi Valeri. Il était tellement fasciné par son discours qu’il n’accordait pas beaucoup d’attention aux remarques. Selon lui, le musée doit provoquer un sentiment de saleté, de gêne et de honte.

« Les gens viennent et s’asseyent ici. À ce moment, Valeri m'a libéré un fauteuil et je me suis retrouvé entre des vêtements suspendus et un morceau de chair impossible à identifier dans un pot. Le visiteur ne comprend pas si un intello était assis ici avant lui, un maniaque ou un fou. Mais il était là, il vient juste de partir. Exactement comme avec une prostituée. Et cela vous met mal à l'aise... ».

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« Dans l’ensemble, le fauteuil est assez confortable et il fait plus chaud ici que sur l’Arbat », ai-je rétorqué.

Quand le prologue s'est terminé, j'ai demandé combien de temps avait duré la préparation de l'exposition. Au moins sa partie attribuée aux antiquités, et non la braderie d’objets qui semblent provenir d’un garage. Valeri répond de manière évasive qu'il était « commissaire-priseur et antiquaire et qu'il trouve tout rapidement ». Il me confie dans la foulée qu'il collectionne également les casquettes. Mais pas pour l'exposition.

Prostitution pour « l'homme russe intellectuel »

« Comment avez-vous eu l'idée de créer un musée de la prostitution ? », ai-je demandé en sortant du « fauteuil confortable ».

« Cette idée a muri pendant longtemps. J'ai toujours su qu’elle ferait sensation. Mais je ne savais pas à quoi cela devait ressembler. L'idée des toilettes m’est venue il y a environ trois semaines. Je me suis juste dit que ce serait dans des… chiottes. Je ne sais pas pourquoi. J'ai immédiatement soumis cette idée à la "division du bon sens commun" - ma femme. Elle a dit que ce serait cool », explique le créateur du musée.

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« Des militants orthodoxes ont menacé de vous faire fermer. Comment le problème a-t-il été résolu ? », poursuis-je alors qu’un autre visiteur apparaît à la porte pour formuler des remerciements.

« Les militants orthodoxes sont venus aujourd'hui. Je leur ai dit que le musée serait dans les toilettes. Ils ont été surpris car ils voulaient tout casser ici. À la fin, nous nous sommes serré la main et ils nous ont souhaité "prospérité". Donc tout va bien », a déclaré Valery avec optimisme.

« Et quel est le principal public cible du musée ? », « Malheureusement - les intellectuels russes. Je dis malheureusement parce que ce public est restreint », dit pensivement le créateur.

En partant, en tant qu'orthodoxe, je lui souhaite moi aussi prospérité. La question de savoir si je faisais partie de ce cercle d'intellectuels russes ne me laissait aucun repos. À la sortie, je tombe sur des gens que j’avais vus dans le musée. Il s'est avéré que c’étaient des touristes venus d'Amsterdam. Ils me disent dans un russe approximatif que, bien sûr, ce n'était pas comme chez eux, mais que c’était un bon début.

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