Vladimir Poutine se livre face à Oliver Stone: troisième partie

16 juin 2017 Oleg Egorov
Dans le troisième épisode d’une série qui en compte quatre, le président russe évoque avec le réalisateur américain les conflits dans lesquels la Russie est impliquée, directement ou indirectement, notamment le rattachement de la Crimée, le conflit armé dans les régions orientales de l’Ukraine et la guerre civile en Syrie

Crédit : The Putin Interviews / SHOWTIME/YouTubeCrédit : The Putin Interviews / SHOWTIME/YouTubeLe troisième épisode du film de quatre heures The Putin Interviews a été diffusé par la chaîne américaine Showtime le 14 juin. Vladimir Poutine évoque avec le réalisateur oscarisé les grands dossiers internationaux où la Russie s’est retrouvée impliquée, notamment la crise en Ukraine et la guerre civile en Syrie.

Les États-Unis ont enfourché le cheval du mécontentent ukrainien

La conversation sur la crise du pouvoir en Ukraine, dont la phase aiguë de fin 2013 à début 2014 a débouché sur le renversement du président Viktor Ianoukovitch, le rattachement de la Crimée à la Russie et la guerre civile dans les régions orientales de l’Ukraine, commence par un constat de Vladimir Poutine : les Ukrainiens aspirent sincèrement à faire partie de l’Union européenne. Il fait remarquer que l’ampleur de la corruption et des inégalités après l’accession de l’Ukraine à l’indépendance était encore plus importante qu’en Russie dans les années 1990. « Les Ukrainiens croyaient que les normes de l’UE les libèreraient de la situation humiliante dans laquelle ils se trouvaient depuis les années 1990 », acquiesce le président.

Toutefois, l’association de l’Ukraine à l’UE que Viktor Ianoukovitch avait négociée en 2013 n’était pas très honnête envers Moscou, parce qu’elle ouvrait le marché de la Russie – qui avait un droit de douane à taux nul avec l’Ukraine – aux articles européens, ce qui aurait frappé de plein fouet les producteurs russes.

Lorsqu’après avoir discuté du problème avec Vladimir Poutine, Viktor Ianoukovitch a reporté la signature de l’accord d’association, Kiev a vu s’embraser les troubles de Maïdan qui ont été soutenus par l’Occident. « Nos partenaires d’Europe et des États-Unis ont enfourché le cheval du mécontentent de la population et, au lieu de chercher à savoir ce qui se passait réellement, ont soutenu le coup d’État », résume Vladimir Poutine.

Selon lui, c’est rien d’autre qu’un coup d’État militaire avec la participation des forces de la droite radicale qui a été perpétré en Ukraine en 2014. Les erreurs de la nouvelle direction ukrainienne, notamment la tentative d’exercer une pression sur les russophones des régions orientales, ont précipité le pays dans le chaos et, de fait, dans une guerre civile. Partiellement, la faute en incombe à l’Occident qui a occupé une position unilatérale.

Ce n’est pas nous qui avons décidé de rattacher la Crimée

« En revenant en arrière, estimez-vous avoir commis une erreur en annexant la Crimée (en 2014) ? », demande Oliver Stone. Et d’énumérer les conséquences négatives pour la Russie, allant des sanctions occidentales à la montée des tensions internationales. Vladimir Poutine répond tout sourire : ce n’est pas la Russie qui a rattaché la Crimée, c’est le parlement criméen élu encore sous la juridiction ukrainienne qui a décidé d’organiser un référendum sur l’intégration de la péninsule à la Russie. Tout le monde connaît le résultat : plus de 96% des habitants venus aux urnes ont voté « pour ».

En ce qui concerne les soldats russes aux uniformes sans signes distinctifs qui ont fait leur apparition en Crimée à la veille du référendum, Vladimir Poutine note que leur unique mission était de garantir la sécurité de la population qui pouvait être menacée par les nationalistes ukrainiens. « Les habitants devaient se sentir en sécurité », indique-t-il.
Après le rattachement de la Crimée à la Russie, les relations entre Moscou et Kiev se sont brusquement dégradées. Toutefois, le président reste optimiste et estime que tôt ou tard, elles se redresseront. « Des milliers de fils nous relient à l’Ukraine. Les peuples ukrainien et russe, ce n’est pas simplement une famille, c’est presque la même chose », affirme-t-il.

En Syrie, empêcher les terroristes de devenir plus forts

À un moment donné du film, Vladimir Poutine et Oliver Stone se retrouvent dans le centre de direction où le président établit la communication avec l’état-major de l’armée en Syrie et où il peut recevoir les dernières informations sur l’opération militaire de Moscou dans ce pays. Interrogé sur les raisons de l’implication de la Russie dans la crise syrienne, Vladimir Poutine souligne que l’objectif numéro un est d’empêcher la répétition des scénarios irakien et libyen, lorsqu’après avoir renversé un régime autoritaire, le pays s’enlise dans le chaos.

« Nous avons également des objectifs pratiques », fait-il observer, en rappelant que des milliers de Russes et de ressortissants des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale combattent dans les rangs de Daech et d’autres groupes terroristes en Syrie. Il convient de les empêcher de retourner en Russie, indique Vladimir Poutine.

Le président russe est formel : la Russie est l’unique pays à être présent en Syrie légalement, sur invitation de la direction légitime du pays (du gouvernement du président en exercice Bachar el-Assad). Dans le même temps, il admet : « Nous réalisons que la direction de la Syrie a commis certaines erreurs dans l’édification des relations à l’intérieur de son propre pays ». Le président souligne que la Russie coopère en Syrie avec les États-Unis et les pays de la région en lutte contre le terrorisme et que vaincre ce dernier reste l’objectif numéro un.

En France, le documentaire Conversations avec Poutin sera diffusé sur France 3 fin juin.

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