Vladimir Poutine se livre face à Oliver Stone

Vladimir Poutine et Oliver Stone

Vladimir Poutine et Oliver Stone

SHOWTIME/YouTube
Dans le premier épisode d’une série qui en compte quatre, le président russe a évoqué devant le réalisateur américain comment il a grandi dans l’URSS d’après-guerre, à quoi il pensait en assurant la succession de Boris Eltsine et pourquoi la Russie et les États-Unis ont des relations difficiles.

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« Nous allons improviser. Pas de règles à respecter », déclare en souriant Oliver Stone dès les premières minutes du film The Putin Interviews, juste après le générique avec des matriochkas, une faucille et un marteau. Le film où le réalisateur oscarisé, auteur de plus de vingt-cinq documentaires et films de fiction, parle avec Vladimir Poutine de politique et de sa vie privée a été tourné pendant plus d’un an, de décembre 2015 à février 2017. Le temps pour les deux hommes d’évoquer un large éventail de sujets.

Le premier épisode de ce film de quatre heures a été diffusé par la chaîne américaine Showtime le 12 juin. Nous vous proposons ses points essentiels, et ce qu’il nous apprend sur le leader russe.

Judo et KGB

L’épisode débute par une question sur la jeunesse de Vladimir Poutine. Fils d’un mécanicien qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, Vladimir Poutine a été un enfant turbulent qui a grandi essentiellement dans la rue. Il affirme que les cours de judo l’ont grandement influencé et « ont changé sa vie en mieux ». Le judo lui a appris une règle d’or : savoir faire preuve de souplesse et accepter des concessions si c’est indispensable à la victoire.

Vladimir Poutine avoue à Oliver Stone qu’il voulait entrer au KGB (renseignement de l’URSS) dès son adolescence et qu’il s’est inscrit à la faculté de droit de l’Université de Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) pour pouvoir intégrer les services secrets.

La chute de l’URSS et les années 1990

Vladimir Poutine commente en détail sa célèbre phrase selon laquelle le démembrement de l’Union soviétique a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle. Il reconnaît que le système soviétique fonctionnait très mal et que des transformations étaient nécessaires, mais il indique que les erreurs commises lors des réformes ont engendré des conséquences désastreuses. « Le système de protection sociale a été démantelé, des secteurs économiques entiers ont été paralysés, le réseau d’établissements médicaux a été désorganisé », rappelle-t-il. En outre, du jour au lendemain, 25 millions de Russes se sont retrouvés hors des frontières de la nouvelle Russie et le pays a failli basculer dans la guerre civile, ajoute-t-il.

En 1996, Vladimir Poutine – qui était au début des années 1990 maire-adjoint de Saint-Pétersbourg – arrive à Moscou pour se placer quelques mois plus tard à la tête du Service de sécurité de Russie (FSB, successeur du KGB). En 1999, le premier président de Russie, Boris Eltsine, choisit Vladimir Poutine pour être son premier ministre et son successeur. « Je ne sais pas pourquoi Boris Eltsine m’a choisi moi », déclare l’actuel chef d’État, en rappelant qu’il n’avait pas accepté tout de suite le poste de chef de gouvernement. « Même après avoir accepté, je pensais encore que Boris Eltsine pourrait changer d’avis », note-t-il. À l’époque, il redoute surtout pour la sécurité de ses enfants et réfléchit aux moyens « de les cacher » si quelque chose ne se déroule pas comme prévu et si sa vie est mise en danger.

Vladimir Poutine a un grand respect pour Boris Eltsine, notamment parce que ce dernier ne refusait jamais ses responsabilités, ce qui était l’un de ses points forts. Quand Oliver Stone a rappelé que Boris Elstine avait connu des problèmes avec l’alcool, Vladimir Poutine n’a pas cherché à démentir : « Il faut dire que c’est vrai ».

Méfiance des États-Unis et de l’Otan

Lors d’une visite du président américain Bill Clinton en Russie, Vladimir Poutine, dont la présidence n’en était qu’à ses débuts, a dit en souriant que Moscou devrait sans doute intégrer l’Otan. « Bill Clinton m’a répondu qu’il n’était pas contre, mais tous les membres de la délégation américaine étaient sur les nerfs », se souvient-il. Selon le président russe, les États-Unis dictent leur volonté à l’Otan, ce qui rend impossible la présence d’une Russie ayant un point de vue indépendant au sein de l’Alliance.

Vladimir Poutine a répété dans son entretien avec Oliver Stone ce qu’il a déjà dit à plusieurs reprises : les différends entre la Russie et l’Occident sont dus, selon lui, à la réticence des États-Unis, le principal pays occidental, à développer le dialogue avec Moscou. Vladimir Poutine est certain que les États-Unis se considèrent comme l’unique grande puissance mondiale, ce qui engendre une mentalité impérialiste et une politique étrangère agressive. « Ce qui à son tour provoque des défaillances et des problèmes », constate-t-il.

Un exemple éclatant où Washington a agi, en dépit de sa propre rhétorique, contre la Russie est la guerre en Tchétchénie, souligne le président. Certains milieux américains accordaient alors leur soutien aux séparatistes tchétchènes non seulement politiquement, mais aussi financièrement : Vladimir Poutine dit en posséder des preuves qu’il a présentées au président George W. Bush.

En France, le documentaire Conversations avec Poutin sera diffusé sur France 3 fin juin.

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