Pourquoi Erdogan a présenté ses excuses à Poutine

Le président russe Vladimir Poutine (à g) et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se serrent la main après une conférence de presse conjointe au nouveau palais présidentiel à Ankara, en Turquie, le 1er décembre 2014.

Le président russe Vladimir Poutine (à g) et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se serrent la main après une conférence de presse conjointe au nouveau palais présidentiel à Ankara, en Turquie, le 1er décembre 2014.

AP
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a présenté ses excuses au président russe Vladimir Poutine pour la destruction du bombardier Su-24 dans le ciel syrien, a déclaré le secrétaire de presse du président russe DmitriPeskov. Pour les experts, la décision d’Erdogan s’explique par la détérioration des relations entre l’Egypte et l’Union européenne au sujet des réfugiés et par les conséquences économiques de la rupture des relations avec Moscou.

Dans son courrier adressé à Poutine et publié par le Kremlin le 27 juin, Erdogan présente ses excuses pour la destruction du bombardier Su-24 en Syrie fin novembre 2015.

« Après l’incident du Su-24, la Turquie a cherché des « alliés » sur cette question dans sa politique extérieure en misant sur les divergences entre l’Union européenne et la Russie », a expliqué à RBTH Alexeï Arbatov, directeur du Centre de sécurité internationale appartenant à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie russe des sciences.

Il précise que la situation économique et politique à l’intérieur du pays a contraint Ankara à changer sa position : la crise financière et la rupture des relations avec Moscou ont eu un très fort impact sur le budget du pays.

« A cela s’ajoute la situation des réfugiés : le devoir de la Turquie de contenir le flux de migrants partant pour l’Europe, le problème de la compensation versée à Ankara [pour les réfugiés], la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, liée précisément à l’afflux des migrants et le refus d’accepter Ankara au sein de la famille européenne commune et, en conséquence, la détérioration des relations avec Bruxelles », précise l’expert.    

Crise intérieure turque

La reprise des relations avec la Russie permettra de renforcer la sécurité dans la région et de répondre à une série de problèmes aigus auxquels la Turquie est confrontée aujourd’hui, estime le politologue turc Hakan Aksai.

Ainsi, au cours de ces six derniers mois, la Turquie a vécu une série d’attentats commis par les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et a essuyé de nombreuses accusations de violation des droits de l’homme et des minorités sexuelles turques.

« Ainsi, Erdogan a décidé de régler la situation au moins sur l’un des fronts et a présenté ses excuses en espérant pouvoir rapidement reprendre les projets conjoints avec Moscou », souligne l’expert.

Pour Alexeï Arbatov, ces projets pourraient concerner la reprise du tourisme, la levée des sanctions sur les produits agricoles, la poursuite de la constructiond’une centrale électrique dans le sud de la Turquie pour un montant de plus de 20 milliards de dollars, ainsi que sur le projet de gazoduc Turkish Stream. « La Russie marquera un temps de pause – elle ne se jettera pas dans les bras de la Turquie. Puis, elle lancera un assouplissement progressif de la confrontation avec la Turquie », indique l’expert.

Victoire politique de Moscou

La lettre d’excuses du dirigeant turc à Vladimir Poutine est une victoire politique pour Moscou et les pays qui souhaitent coopérer avec la Russie, estime le doyen de la faculté de la politique mondiale et de l’économie de l’École des hautes études en sciences économiques Sergueï Karaganov.

« La rivalité entre les deux pays était nocive pour le Proche-Orient et le processus de reconstruction de la région. La décision de se réconcilier avec Moscou murissait et était débattue depuis longtemps au sein de l’appareil turc. La confrontation sur une question dans laquelle la Turquie était d’évidence en tort n’était bénéfique pour personne », souligne Karaganov.

Israël a joué un rôle important dans la normalisation des relations entre les deux pays, estime Hassan Oktai, directeur du Centre d’études stratégiques du Caucase.

« La visite du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu peut être considérée comme un point de départ dans la normalisation des relations entre les deux pays. Désormais, Ankara doit lancer des négociations avec la Russie sur les compensations destinées aux familles des victimes, de la même manière que la Turquie l’a faitavec Israël. La normalisation des relations tant avec la Russie qu’avec Israël est indispensable pour la paix et la stabilité de la région », précise l’analyste turc. 

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