Quand l’Otan reprend une idée de Dmitri Medvedev

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, parle après la réunion du Conseil Russie-Otan au quartier général de l'Alliance à Bruxelles.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, parle après la réunion du Conseil Russie-Otan au quartier général de l'Alliance à Bruxelles.

Reuters
L’Otan a l’intention de revenir sur le Document de Vienne de l’OSCE, qui a servi de base au système de sécurité entre la Russie et l’Europe après la guerre froide. Mais en fait, l’Alliance ne fait reprendre l’initiative formulée en 2008 par Dmitri Medvedev, alors président de Russie.

« La Russie et l’Otan ne reviennent pas à la coopération qui a existé auparavant. Il reste entre les parties de sérieux différends que nous n’avons toujours pas surmontés », a déclaré le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, à une conférence de presse donnée le 20 avril.

Le Conseil Russie-Otan s’est retrouvé paralysé en 2014 après la modification du statut de la Crimée. Aujourd’hui encore, le dossier criméen envenime les relations entre Moscou et l’Alliance. Toutefois, les négociations bilatérales ont été relancées sur trois volets.

Le premier concerne la résorption du conflit dans les régions orientales de l’Ukraine. Les parties se sont prononcées à l’unanimité en faveur de l’application des accords de Minsk.

Le second prévoit de renforcer la coordination afin d’éviter les incidents, comme celui survenu la semaine dernière, lorsqu’un bombardier russe Soukhoï Su-24 a effectué une dangereuse manœuvre au-dessus du destroyer américain USS Donald Cook en mer Baltique. La Russie est pour sa part préoccupée par l’élargissement de la présence militaire de l’Otan à ses frontières.

Le troisième a trait à l’Afghanistan. L’Alliance y reste toujours militairement présente, tandis que la Russie s’inquiète de l’intensification des activités des groupes terroristes, y compris du mouvement radical des talibans.

L’ombre de Dmitri Medvedev

Jens Stoltenberg a souligné à deux reprises que l’Alliance avait l’intention de revenir sur le Document de Vienne qui constituait la base de la coopération entre la Russie et l’Otan dans le domaine de la sécurité dans les années 1990. Il n’a pas précisé les éventuels amendements, mais il est évident que l’Alliance a d’ores et déjà entamé la révision du Document, ce qui modifiera la structure de sécurité en Europe. Or, cette idée – en tout cas telle que formulée actuellement – reprend les propositions avancées en 2008 par Dmitri Medvedev, alors président de Russie, au lendemain du conflit militaire russo-géorgien en Ossétie du Sud.

« Dmitri Medvedev a indiqué que les autorités russes considéraient l’élargissement de l’Otan à l’est comme un danger pour la sécurité du pays, a déclaré à Gazeta.ru Dmitri Polikanov, membre du conseil de Centre d’études politiques de Russie. Et il a proposé de régler le problème en signant un nouvel accord rendant plus efficace le système de sécurité collective en Europe et précisant les notions floues ».

En 2009, le projet du nouvel accord a été soumis au secrétaire général de l’Otan de l’époque, Anders Fogh Rasmussen, mais les parties ne sont jamais allées plus loin.

Robert Pszczel, directeur par intérim du Bureau d’information de l’Otan à Moscou, affirme lui aussi que le système de sécurité européenne a besoin de transformations. Selon lui, l’Alliance est particulièrement inquiète face aux exercices réalisés par la Russie.

« Appliqué à la lettre, le Document de Vienne accorde à chaque pays le droit de ne pas annoncer la préparation d’exercices si ceux-ci ne sont pas planifiés. La Russie a souvent recours ces derniers temps à cette possibilité juridique et rassemble pour de tels exercices près de 100 000 hommes d’après nos données », a dit Robert Pszczel à Gazeta.ru.

Coopération sur une base bilatérale

Pourquoi l’Otan est-elle passée outre l’initiative de Dmitri Medvedev quand les relations ne s’étaient pas encore dégradées à ce point-là ? Robert Pszczel estime que le projet russe était trop ambitieux. « Certains points du document prévoyaient d’imposer des limites aux activités de l’Alliance. De plus, l’examen s’est essentiellement tenu dans le cadre de l’OSCE. C’est cette dernière et non l’Otan qui a rejeté la proposition russe », a-t-il assuré.

Alexandre Grouchko, chef de la délégation russe et ambassadeur de Russie auprès de l’Otan, relève pour sa part que le fait même de formuler cette proposition prouve l’échec du projet d’isolement de la Russie. « Nous avons évoqué les grands problèmes relatifs à la sécurité en Europe, a-t-il déclaré à la chaîne de télévision russe Rossia 1. Et c’est déjà très bien ».

Dans le même temps, il a fait remarquer que Moscou n’avait pas l’intention de se démener pour rétablir les relations avec l’Otan. Toujours selon Alexandre Grouchko, la Russie « ne se sent pas du tout dépaysée » par le fait que le Conseil Russie-Otan soit paralysé : à défaut d’un tel format, elle coopère dans le domaine de la sécurité avec les partenaires occidentaux sur une base bilatérale.

Selon une déclaration officielle du ministère russe des Affaires étrangères, Moscou espère que « l’Otan saura elle aussi faire preuve de volonté politique ».

Texte original publié sur le site de Gazeta.ru

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.