Le tournant russe de la guerre civile syrienne

Un bombardier russe Su-34 sur la piste de la base aérienne de Hmeimim en Syrie.

Un bombardier russe Su-34 sur la piste de la base aérienne de Hmeimim en Syrie.

Valery Сharifouline / TASS
Le président russe Vladimir Poutine a donné mardi 15 mars l’ordre d’entamer le retrait de la majeure partie du contingent militaire en Syrie. Selon les experts russes, ce retrait concernera les forces terrestres et aérospatiales, tandis que la flotte, les systèmes de DCA et le renseignement seront maintenus dans la région.

L’homme fort du Kremlin Vladimir Poutine a donné l’ordre à son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, d’entamer le 15 mars le retrait du gros des forces russes déployées en Syrie. « J’estime que les objectifs fixés au ministère de la Défense sont globalement atteints. De ce fait, j’ordonne d’entamer à partir de demain le retrait des principales forces de notre contingent militaire depuis la Syrie », a indiqué le président.

Il a souligné qu’avant de quitter ses positions, l’armée russe devrait organiser une protection fiable des lieux de stationnement de ses forces dans le port de Tartous et dans la base aérienne de Hmeimim, qui resteront sur place.

« Des unités de notre formation militaire stationnaient traditionnellement depuis de nombreuses années en Syrie et devront aujourd’hui assumer un rôle très important : contrôler la cessation des hostilités et créer des conditions propices au processus de paix », a fait remarquer Vladimir Poutine.

Partir pour mieux rester

D’après le rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, Fiodor Loukianov, la Russie a exécuté sa principale mission en Syrie en empêchant le pays de suivre la voie de la Libye et de se transformer en un foyer incontrôlable d’instabilité dans la région.  

« L’objectif numéro un de l’opération des forces aérospatiales russes était non seulement de lutter contre les terroristes de Daech, mais également d’amorcer un tournant dans la guerre civile. Grâce aux frappes aériennes russes, l’armée gouvernementale a réussi à déloger une partie de l’opposition radicale et les terroristes des grandes villes du pays », a-t-il constaté.

Toujours selon M. Loukianov, la Russie suivra l’exemple des Etats-Unis en Afghanistan : elle retirera la plus grande partie de ses troupes en maintenant un contingent politiquement important et efficace. Ainsi, des unités des forces armées russes stationneront en Syrie dans le port de Tartous et dans la base aérienne de Hmeimim.

Vladimir Ievseïev, chef du département de l’intégration eurasienne et du développement de l’OCS de l’Institut des pays de la CEI, indique que le retrait ne concernera que les forces  terrestres et aérospatiales. « Le détachement de bâtiments en Méditerranée, ainsi que les systèmes de DCA, de guerre électronique et de renseignement seront maintenus dans la région. La Russie souhaite lancer un processus de paix et est prête dans ce contexte à retirer les unités de « combat » de ses forces », a-t-il déclaré.

Si la situation connaît une évolution défavorable, notamment dans le cas où la Turquie et l’Arabie saoudite profiteraient de la réduction de la présence militaire russe, Moscou redéploiera ses forces aérospatiales, a fait remarquer Vladimir Ievseïev.

« Il n’y a pour le moment aucune victoire au sol. La Russie œuvre en faveur d’un tournant afin de réduire le nombre d’acteurs étrangers impliqués dans les affaires syriennes. Pour obtenir le succès à la cadence militaire actuelle, il faudra au moins huit mois de combats et de frappes aériennes, ce qui conduira à la destruction des infrastructures et à la mort de civils. Personne ne le veut », a-t-il ajouté.

Selon lui, la Russie a mené des consultations à huis clos avec les Etats-Unis et entame la compression de ses effectifs en échange de promesses de réduction de l’implication turque dans les affaires syriennes. « La crise pourra être résolue plus rapidement dans ce cas-là. Des engagements semblables pourraient être pris également par les partenaires de l’Arabie saoudite », a-t-il souligné.

Contexte

Un accord sur la cessation des hostilités est en vigueur en Syrie depuis le 27 février sur l’initiative de la Russie et des Etats-Unis. Il ne concerne pas les groupes terroristes Daech et Front al-Nosra.

L’opération militaire des forces aérospatiales de Russie contre Daech a été lancée en Syrie le 30 septembre 2015.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a déclaré au cours de sa rencontre avec Vladimir Poutine que les troupes syriennes avaient libéré plus de 400 localités et réalisé plus de 9 000 vols en tuant plus de 2 000 extrémistes de Daech originaires de Russie. Selon lui, les troupes aérospatiales russes ont détruit plus de 200 sites d’extraction de pétrole appartenant à Daech et ont réussi à endiguer le ravitaillement des terroristes en ressources.

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