Conflit dans l’est de l’Ukraine : aggravation en vue ?

Des observateurs de l'OSCE dans la République autoproclamée de Donetsk.

Des observateurs de l'OSCE dans la République autoproclamée de Donetsk.

Reuters
L’accalmie qui s’est instaurée dans l’est de l’Ukraine ces derniers mois pourrait prendre fin prochainement, estiment les experts russes. Une aggravation de la situation mettrait en péril les accords de Minsk-2 dont l’application est garantie non seulement par la Russie, mais aussi par la France et l’Allemagne.

Les accords de Minsk-2, la « feuille de route » d’un règlement négocié du conflit dans les régions orientales de l’Ukraine, devaient être intégralement mis en œuvre avant la fin de cette année. De fait, leur application complète a été reportée à l’année prochaine mais en 2016, le sort ne leur sera sans doute guère plus favorable qu’en 2015.

« Une situation tendue et imprévisible »

Après un regain d’intérêt pour la situation dans le Donbass, en raison de la décision des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk de renoncer à des élections locales non concertées avec Kiev en octobre et novembre derniers, les informations en provenance de l’Est ukrainien ne nous parviennent qu’avec parcimonie. D’abord, parce que la Syrie s’est imposée sur la scène internationale. Et ensuite parce que la situation dans le Donbass s’est améliorée depuis la fin de l’été. Les tirs de masse ont cessé.

Certes, des accrochages sont constatés presque tous les jours, mais ils n’impliquent « que » des armes légères et non plus lourdes. Dans le même temps, l’OSCE constate que la situation reste « tendue et imprévisible », tout en relevant la propagation des violences.

L’arrêt presque total du processus politique ne donne pas de raisons d’être optimiste. Le Kremlin en rejette la responsabilité sur les autorités de Kiev. Lors de sa grande conférence de presse annuelle du 17 décembre, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que Kiev se livrait à des manipulations au lieu d’appliquer les accords de Minsk. L’homme fort du Kremlin a plus d’une fois souligné que Kiev et les républiques autoproclamées ne discutaient pas des modalités d’octroi d’un statut spécial pour le Donbass, que leur autonomie ne revêtait qu’un caractère provisoire et qu’elle n’était toujours pas matérialisée. Ce qui n’est pas conforme aux accords de Minsk.

Pour le moment, rien ne laisse supposer un retournement de situation. La première grande épreuve pour les deux parties, sur le chemin de la mise en application des accords de Minsk, sera la tenue d’élections locales dans le Donbass en 2016, estime le politologue Sergueï Markedonov. Après la pression exercée sur elles par les pays membres du format « Normandie » (Russie, France, Allemagne et Ukraine), les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) ont reporté au mois de février prochain les élections qui auraient dû se dérouler à l’automne 2015. Mais on ne sait toujours pas si les parties réussiront se mettre d’accord, tant leurs positions actuelles sont radicalement opposées. Kiev répète que les élections doivent se dérouler conformément à la législation ukrainienne. Le Donbass, lui, se réfère aux accords de Minsk et relève la nécessité d’adopter une nouvelle loi électorale qui tienne compte de l’opinion des républiques autoproclamées.

Vers un gel du conflit ?

Si aucune solution qui satisfasse les deux parties n’est trouvée, le conflit pourrait monter d’un cran, jusqu’à la reprise des hostilités, estime Sergueï Markedonov. Toutefois, poursuit-il, ce ne sera pas une guerre à grande échelle comme celle de 2014, les parties ne disposant pas des ressources appropriées. Dans ces conditions, il serait plutôt question « de tester différentes positions », soit de mener des hostilités limitées. « A l’heure actuelle, l’évolution la plus probable est celle d’un certain gel du conflit », affirme-t-il.

Pour Andreï Souzdaltsev, politologue de la Haute école d'économie à Moscou, la reprise des hostilités pourrait profiter à Kiev qui détournerait l’attention des Ukrainiens de la situation économique compliquée du pays et qui trouverait un prétexte pour prolonger les sanctions contre la Russie.

Or, la Russie, soulignent les experts, est sincèrement intéressée à la réalisation des accords de Minsk. Toujours d’après Sergueï Markedonov, « Moscou souhaite cesser le conflit avec l’Occident » qui a éclaté à cause de l’Ukraine et qui a débouché sur l’introduction de sanctions contre la Russie. Mais aujourd’hui, Moscou ne veut pas pour autant « rompre radicalement [ses relations] » avec Kiev, explique-t-il. « La conférence de presse donnée par Vladimir Poutine [le 17 décembre] a même laissé percer, autant que possible, des déclarations positives à l’encontre [du président ukrainien] Petro Porochenko », a-t-il fait remarquer. Dans ce contexte, la Russie espère que « l’Occident, et surtout l’UE, exercera une certaine pression sur Kiev pour l’inciter à déterminer le statut [du Donbass] et à établir législativement un espace unique ».

Moscou ne peut pas non plus renoncer à soutenir le Donbass. Si « demain Moscou décide de larguer la RPD et la RPL, cela signifie-t-il que ces deux Républiques deviendront plus loyales envers Kiev ? », se demande même Sergueï Markedonov. Les dernières élections dans les régions orientales du pays ont consacré la victoire du Bloc d’opposition, une réincarnation du Parti des régions de l’ex-président Viktor Ianoukovitch, dans plusieurs districts. Dans ces conditions, il est peu probable que l’intégration des régions orientales d’Ukraine, même privées du soutien de Moscou, soit pacifique.

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