Alexandre Chtcherbakov, l’homme en qui Staline avait une confiance infinie

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Conquérir et préserver la confiance du dirigeant méfiant de l'Union soviétique était une tâche incroyablement ardue. Alexandre Chtcherbakov fut l'un des rares à y être parvenu.

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Aujourd'hui en Russie, peu de gens se souviennent du nom de cette personne. Mais à l'époque de Staline, le chef de la propagande soviétique, Alexandre Chtcherbakov, était l'une des personnes les plus influentes de l'URSS. Il avait toutes les chances de devenir un jour chef de l'État. Cependant, ces ambitions n’étaient pas destinées à se réaliser.

Carrière fulgurante

Après la victoire lors de la guerre civile, les dirigeants du pays ont été confrontés à une grave pénurie de cadres. Ils avaient certes à leur disposition de nombreux commandants militaires illustres, mais les spécialistes compétents dans le domaine civil faisaient cruellement défaut. Leader né et organisateur de renom, ayant reçu plusieurs formations supérieures, Alexandre Chtcherbakov valait son pesant d'or dans ces conditions.

Alexandre Chtcherbakov à droite

Dès l'âge de quinze ans, Chtcherbakov a organisé et dirigé plusieurs organisations révolutionnaires de jeunesse et, à trente-trois ans, il a accédé au poste de secrétaire exécutif de l'Union des écrivains de l'URSS. C'est lui qui a fait en sorte que soient publiées dans le pays des œuvres littéraires chantant « la lutte héroïque du prolétariat international, la beauté de la victoire du socialisme, et reflétant la grande sagesse et l'héroïsme du Parti communiste ». Alexandre Chtcherbakov décidait souvent quelles œuvres seraient publiées et lesquelles ne le seraient pas.

Mais même après avoir quitté son poste dans l'Union des écrivains en 1936, Chtcherbakov a continué à suivre de près le développement de la littérature soviétique. « Sur le plan culturel »,écrivait le célèbre poète Korneï Tchoukovski dans son journal en 1962, « c’était le concierge en chef. Quand j'ai écrit Barmaleï et que l'artiste Vassiliev m'a dénoncé en affirmant si j'avais sous-entendu qu'il dépeignait à tort Staline au côté de Lénine, j'ai été convoqué au Kremlin, et Chtcherbakov, tapant du pied, m'a tancé à grands renforts de jurons. Cela m'a choqué. Je ne savais pas que, quel que soit le système politique, le premier salopard illettré venu avait le droit de hurler sur un écrivain aux cheveux gris. À cette époque, j'avais deux fils sur le front, alors que le fils de Chtcherbakov (je le savais de source sûre) était terré quelque part à l'arrière ». 

Au premier plan : Molotov, Staline Vorochilov. Sur le fond : Malenkov, Beria, Chtcherbakov

Après avoir travaillé à l'Union des écrivains, Chtcherbakov a occupé un certain nombre de postes de direction dans tout le pays : à Leningrad (Saint-Pétersbourg), Stalino (Donetsk) et Irkoutsk. Finalement, en 1938, Staline l’appelle à Moscou, où Alexandre Chtcherbakov dirige l'organisation du parti de Moscou. « Actuellement, au Politburo (l'organe directeur du Parti communiste de l'URSS), il y a beaucoup de vieillards », a déclaré Staline lors du plénum du Comité central : « Ces gens sont sur le départ, mais il faut que quelqu'un de plus jeune soit choisi, pour qu'ils se forment et, au cas où, soient prêts à prendre leur place ».

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Alexandre Chtcherbakov avec les dirigeants soviétiques

Sous le patronage de Staline, Chtcherbakov est devenu candidat à l'adhésion au Politburo, atteignant ainsi presque le sommet du pouvoir.

Monsieur propagande

Deux jours après l'invasion de l'URSS par les troupes de l'Allemagne nazie, un Bureau d'information soviétique a été créé, avec l’objectif de couvrir les hostilités pour la population 24 heures sur 24. Alexandre Chtcherbakov a pris la tête de la nouvelle organisation. En 1942, en plus de cela, il a été nommé chef de la Direction politique principale de l'Armée rouge, responsable de l'éducation idéologique correcte des soldats et des marins.

Alexandre Chtcherbakov lors de la parade de 1941

Le point le plus frappant et le plus complexe de la biographie d'Alexandre Chtcherbakov a eu lieu octobre 1941, lorsque les armées allemandes se sont approchées de Moscou. Du 15 au 17, la ville s’est enfoncée dans la panique avec un exode massif des habitants, des pillages, des violences et des vols. Chtcherbakov a déployé d’intenses efforts pour que la situation revienne à la normale. Il a fait en sorte que les directeurs des entreprises de la capitale qui avaient fui soient traduits en justice et que les employés du parti qui avaient succombé à la peur soient expulsés de ses rangs. Sur les instructions de Staline, Alexandre Chtcherbakov a pris la parole à la radio, apaisant les citadins avec ces mots : « Nous nous battrons pour Moscou avec obstination, farouchement, jusqu'à la dernière goutte de sang ».

Grâce aux efforts de Chtcherbakov, le travail de propagande dans l'Armée rouge prenait rapidement de l'ampleur. Il estimait que la tâche de la Direction politique principale était « d'informer plus largement le personnel sur les atrocités des envahisseurs fascistes allemands, sur leurs objectifs consistant à exterminer le peuple soviétique et à transformer les survivants en esclaves. Il faut instiller à partir de là une haine brûlante et impitoyable de l'ennemi ».

Alexandre Chtcherbakov a augmenté le nombre de travailleurs politiques, les envoyant dans les secteurs les plus difficiles du front germano-soviétique. Ils ont commencé à mener un travail de propagande parmi les hommes de l'Armée rouge des différentes républiques, dont beaucoup ne parlaient pas du tout russe. Des journaux ont été publiés dans les langues locales.

Des dizaines de théâtres de première ligne et des centaines de brigades de concerts ont été mis en place, et des films de propagande ont été régulièrement tournés (l'un d'eux, Les troupes allemandes écrasées près de Moscou, a reçu un Oscar en 1943). L'aviation à longue portée a reçu l'ordre de déverser des dépliants sur les zones occupées. Les forces des plus grands écrivains du pays et même de l'Église orthodoxe russe ont été impliquées dans le travail de propagande.

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Départ inattendu

Ouverture d'une nouvelle station de métro

Ceux qui ont travaillé avec Chtcherbakov lui attribuaient les caractéristiques suivantes : « Possédant une grande capacité de travail et une mémoire exceptionnelle, il pouvait rapidement analyser la situation et prendre des décisions. Il savait écouter attentivement un camarade et, avec beaucoup de tact, corriger et suggérer la bonne décision si nécessaire ».

En préparation d'opérations militaires majeures, le chef du pays a souvent demandé conseil à son protégé. « I.V. Staline faisait confiance à A.S. Chtcherbakov », a écrit le maréchal Alexandre Vassilievski dans ses mémoiresLe travail d'une vie : « Il signait sans délai les matériaux examinés avec Alexandre Sergueïevitch ou approuvés par lui ».

Jeune, ambitieux, dur (et parfois cruel), profondément fidèle à Staline, Alexander Chtcherbakov avait de bonnes chances de rejoindre la lutte pour le pouvoir après la mort du chef suprême. Cependant, une mauvaise santé et une dépendance effrénée à l'alcool l'ont empêché de vivre jusqu'à ce jour. Il mourut d'une crise cardiaque le lendemain des célébrations du Jour de la Victoire, le 10 mai 1945, à l'âge de quarante-trois ans.

Dans cet autre article, nous nous intéressons à la vie deVassili Blokhine, bourreau en chef de Staline.

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