Romanov russes, Qing chinois: les similitudes de deux empires disparus

Le Musée du Palais/Wang Jin ; Vladimir Borovikovski/Musée Russe
Étonnamment, deux États de grande taille et très différents se sont développés selon des scénarios très proches, presqu’au même moment. Et ils sont également morts ensemble - durant le premier quart du XXe siècle.

Le 15 mars, les Musées du Kremlin de Moscou inaugurent l'exposition « Trésors du palais impérial de la Cité interdite. L'ère de la prospérité de la Chine au XVIIIe siècle ». Les Moscovites verront pour la première fois les trésors de la dynastie Qing : des robes de cérémonie et des portraits d’empereurs chinois, les symboles de leur pouvoir et leurs effets personnels, allant des bijoux à la vaisselle.

Cependant, les objets venus de Chine pourraient ne pas intéresser uniquement les amoureux du cérémonial confucéen. Le destin de la Chine sous la dynastie Qing (XVIIe-XXe siècles) a beaucoup de traits communs avec le destin de l'empire russe. Un coup d'œil sur le voisin oriental aidera à comprendre notre propre histoire. Qu'est-ce qui a rapproché ces deux empires ?

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États nés sur les ruines

La première similitude qui frappe est la proximité du moment où les Romanov et les monarques de la dynastie Qing ont gouverné la Russie et la Chine, respectivement. Le premier souverain de la dynastie des Romanov, Mikhaïl Fedorovitch, a accédé au trône de Russie en 1613. Quelques décennies plus tard, en 1644, après avoir vaincu les forces de la précédente dynastie, les Ming, le jeune empereur Shunzhi, premier dirigeant des Qing, est arrivé sur le trône. Le règne des Romanov et des Qing a pris fin presque au même moment (en 1917 et 1912, respectivement) - les deux dynasties ont été balayées par des révolutions.

Cependant, il y a des différences. Les monarques Qing en Chine étaient étrangers : natifs de la Mandchourie, ils avaient en réalité conquis la Chine, profitant de la faiblesse et de l'impopularité de la dynastie Ming et obtenant le soutien de la majorité de la population. Les Romanov, au contraire, durant le temps des troubles, se sont opposés aux envahisseurs étrangers - les Suédois et les Polonais. Néanmoins, les deux dynasties ont construit leurs États sur des fragments du passé : le royaume russe de Riourik et la dynastie Ming. Et beaucoup de choses ont dû être refaites.

Réformateurs et conquérants

En Russie, Pierre le Grand a été l’homme du changement (il a régné de 1682 à 1725). C'est lui qui a proclamé la création d'un empire (alors que la Chine proclamait fièrement ce statut depuis 221 av. J.-C.), et a procédé à des réformes radicales. À la suite de la guerre du Nord (1700-1721) contre la Suède, il a transformé la Russie en une puissance européenne à part entière.

En Chine, les premiers empereurs de la dynastie Qing ont également cherché, dans la mesure du possible, à moderniser le pays : ainsi, l'empereur Kangxi (qui a régné de 1661 à 1722) a introduit une réforme qui libérait les paysans de l'oppression fiscale, ce qui a entraîné croissance économique et explosion démographique. Les Chinois, comme les Russes, ont dû se battre contre les pays européens : à la fin du XVIIe siècle, ils ont vaincu les Hollandais qui occupaient Taiwan.

Les conquêtes de la dynastie Qing ne se limitaient pas à Taiwan. Les monarques Qing ont étendu au maximum le territoire de l'empire chinois, conquérant la Mongolie, le Xinjiang et le Tibet. Les Romanov ont rattaché à leur tour de plus en plus de terres à l'empire russe : aux XVIIIe et XIXe siècles, des territoires géants allant de la Pologne aux îles Kouriles et à l'Alaska sont passés sous son contrôle.

Ainsi, les Romanov russes et les Qing chinois, aux XVIIe et XVIIIe siècles, sont devenus de sérieux centres de pouvoir : la volonté des empereurs russes et chinois influait sur le sort de millions de personnes et de vastes territoires. Il n’est pas étonnant qu’à cette époque, les intérêts des deux gigantesques États se soient croisés - et cela ne s’est pas déroulé sans heurts.

Affrontements en Sibérie

La pierre d'achoppement pour la Russie et la Chine à la fin du XVIIe siècle a été constituée par les terres du bassin de l’Amour, au nord des terres chinoises, où les immigrants russes pénétraient activement, colonisant des zones inhabitées et construisant les premières fortifications. L'empire Qing se méfiait d'une telle expansion - les empereurs chinois considéraient ces terres comme les leurs, malgré le fait qu'il n'y ait presque pas de population chinoise.

Après une brève guerre dans les années 1680, la Russie et la Chine ont signé en 1689 la paix de Nertchinsk, qui était avantageuse pour la Chine. Les Russes ont temporairement abandonné les projets de développement de la région de l'Amour et de l'Extrême-Orient.

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Apogée

Au XVIIIe siècle, la dynastie Qing est parvenue à consolider son pouvoir et à entamer une reprise économique : la Chine s’est dotée indépendamment de tout le nécessaire pour devenir un important exportateur de tissus et de porcelaine. Les empereurs se préoccupaient de la culture, restauraient les monuments littéraires d'époques antérieures, et créaient des dictionnaires et des encyclopédies.

D'autre part, la Chine est restée un pays agraire, coupé du monde extérieur, et peu familiarisé avec les inventions et les systèmes économiques modernes.

La Russie du XVIIIe siècle, où les coups de palais ont succédé à « l’absolutisme éclairé » de Catherine II, était bien entendu un État plus ouvert et européen, mais le pouvoir absolu du monarque et la dépendance envers l’économie agraire y demeuraient. Les contradictions entre la vitrine éclatante et des problèmes internes profonds persistaient dans les deux pays, ce qui a eu des conséquences désastreuses. La Chine des Qing, cependant, les a rencontrés plus tôt - et en a davantage souffert.

La chute

Au milieu du XIXe siècle, Saint-Pétersbourg et Pékin se sont battus indépendamment contre les puissances occidentales et ont perdu ces guerres. La Russie a perdu lors de la guerre de Crimée de 1853-1856 face à l’alliance de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Empire ottoman, tandis que la Chine des Qing s’est inclinée face à la Grande-Bretagne et à la France dans les guerres de l’opium (années 1840-1850). Après cela, les Européens ont imposé à la Chine une série de traités transformant de facto le pays en une colonie occidentale. Profitant de cette situation, la Russie a convaincu la Chine de signer les accords de Pékin, en vertu desquels elle obtenait des droits sur la région de l’Amour et du Primorié.

L'empire russe, malgré sa défaite à l’issue de la guerre de Crimée, perdura de façon relativement prospère pendant soixante années. La Chine, malgré les tentatives de réforme et d'amélioration de l'économie, a été touchée par des cataclysmes - des soulèvements populaires ayant duré des décennies - et le pouvoir des derniers empereurs est devenu plus symbolique, tandis que des étrangers dirigeaient en réalité le pays.

Dans les années 1910, les deux empires ont disparu à la suite de révolutions : celle de Xinhai en 1912 en Chine, et celle de février en 1917 en Russie. La dynastie des Romanov et la maison Qing sont tombées et des personnes complètement différentes ont émergé du chaos dans lequel la Russie et la Chine avaient plongé.

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