Quand les écrivains occidentaux parlent des leaders russes et soviétiques

Tout comme les États-Unis et l'Europe désarçonnaient les écrivains russes, les auteurs occidentaux ne pouvaient résister à la tentation de visiter ce pays «barbare» et exotique et de documenter tout ce qu'ils voyaient.

Mark Twain

En 1866, un navire transportant un groupe de touristes américains qui comprenait un jeune écrivain promis à un avenir brillant, Mark Twain, a fait escale dans les ports russes de la mer Noire de Sébastopol, Odessa et Yalta. Les membres du groupe ont été accueillis par le tsar Alexandre II et sa famille. Dans ses mémoires, Innocents à l'étranger, Twain écrit que l’objectif était de montrer que « l'amitié de la Russie pour l'Amérique était si authentique qu'elle accordait même à ses citoyens privés des attentions délicates ».

Twain était impatient de voir l'empereur et fut étonné de voir comment cet homme « discutait ici, sous les arbres, comme l'individu le plus ordinaire de la terre ». Avec ironie, il a écrit que rien que rien qu’en ouvrant ses lèvres, le tsar pourrait faire « voguer les navires sur les vagues », et qu’« une innombrable multitude de personnes se lèverait pour exaucer ses désirs ».

Herbert George Wells

Durant sa première visite, qui a eu lieu en 1914, l’écrivain a passé deux semaines à Saint-Pétersbourg. La deuxième visite a eu lieu en 1920, après la Révolution et pendant la guerre civile. Ainsi, il a pu comparer l’évolution du pays après que les bolcheviks furent arrivés au pouvoir, l'Occident n'étant pas bien informé de la situation.

Wells a rencontré Lénine en personne et a discuté avec lui de l'avenir de la Russie (Wells lui a demandé quel type de pays il comptait créer) et de la possibilité d’une révolution en Angleterre.

Après cette visite, Wells a publié sa Russie dans les Ombres où il qualifiait Lénine de « Rêveur au Kremlin ». Malgré une telle description, le chef révolutionnaire a provoqué une bonne impression sur l'écrivain. « J'étais venu en m’attendant à être aux prises avec un marxiste doctrinaire. Je n'ai rien trouvé de tel. Avec lui, je me suis rendu compte que le communisme pouvait, après tout, malgré Marx, être extrêmement créatif », a-t-il écrit.

En 1934, dix ans après la mort de Lénine, Wells est revenu en Russie soviétique et a constaté une amélioration des conditions de vie sous le règne de Staline. Il a eu une longue entrevue avec le leader, durant laquelle ils ont discuté de l'économie, du socialisme, de la lutte des classes et de nombreux autres sujets. Wells est arrivé à la réunion avec des soupçons et des préjugés, s’attendant à voir un fanatique. Il a toutefois admis par la suite qu'il n'avait jamais rencontré un homme plus honnête que Staline et n'avait rien vu de mal en lui.

Romain Rolland

Il est intéressant de noter que certains des écrivains que nous avons mentionnés avaient déjà des contacts avec l'auteur soviétique célébrissime Maxime Gorki : Twain l'avait rencontré à New York, alors que Wells avait séjourné chez lui lors d'une visite à Moscou avant de vivre avec l'ex-maîtresse de Gorki. L'écrivain français Romain Rolland a été invité à Moscou par Gorki en 1935 et a séjourné un mois dans sa résidence, qui accueillait de fréquentes réceptions comprenant des écrivains, des politiciens et des athlètes soviétiques.

Staline avait un talent pour charmer ses visiteurs, et quand Rolland et sa femme furent invités à rencontrer le dirigeant soviétique, ils furent complètement fascinés par ce dernier. Durant leur conversation d’environ deux heures, et Rolland a déclaré à Staline qu'il pensait que l'Union soviétique devrait mieux expliquer les motifs de ses actions et de ses lois, car les autres pays avaient une autre vision du monde et une autre idéologie. L'écrivain a également posé des questions sur les procédures judiciaires lancées contre les anciens révolutionnaires et a demandé pourquoi ces procédures visant les « terroristes » n’étaient pas publiques. Staline répondit calmement et sembla convaincre Rolland par ses réponses.

George Bernard Shaw

George Bernard Shaw a été l'un des rares en Occident à saluer la Révolution russe de 1917. C'est pourquoi, lorsqu'il a visité la Russie soviétique lors d’une croisière autour du monde en 1931, il a été invité par Staline dans son bureau au Kremlin. Ils ont bavardé environ trois heures et Shaw se souvint que Staline avait accueilli les invités comme s'ils étaient de vieux amis.

Les détails de leurs discussions n'ont pas été divulgués, mais suite à leur réunion, Shaw a déclaré : « Je m'attendais à voir un travailleur russe et j'ai trouvé un gentleman géorgien ». L'écrivain a été tellement impressionné par son voyage qu'avant de quitter l'URSS, il a indiqué : « Demain je quitte cette terre d'espoir et retourne dans nos pays occidentaux – dans les pays du désespoir ».

La visite de Shaw en Union soviétique a profondément marqué l'auteur. De retour en Europe, il a d'abord été interviewé à Berlin où il a affirmé que Staline était un « géant », tandis que les autres politiciens étaient des « pygmées ». Quelques jours plus tard, à Londres, l'écrivain a fait un long discours consacré à son voyage. Pour dissiper le mythe de la famine qui régnait en Union soviétique, il a déclaré que lors de sa visite, il « avait mangé le dîner le plus délicat de sa vie ».

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