Où en sont les relations économiques franco-russes en ce début 2019?

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En Russie, la France conserve sa place de partenaire économique de premier rang et tend même à renforcer ses positions, dans un contexte se montrant pourtant peu dynamique. Voici la conclusion que l’on peut tirer d’une récente conférence initiée à Moscou par la Chambre de commerce et d’industrie France Russie.

Organisée le vendredi 8 février par la Chambre de Commerce et d’Industrie France Russie, s’est tenue à Moscou une conférence intitulée Situation économique en Russie: tendances et prévisions, ayant permis à différents experts et universitaires de s’exprimer sur la conjoncture dans le pays, et notamment sur l’évolution récente et prévue des liens commerciaux entre le marché russe et l’Hexagone.

France - Russie: un binôme robuste

Malgré une attention grandissante de la Russie à l’égard de l’Asie, l’Union européenne reste encore aujourd’hui son principal partenaire économique, tandis que le pays figure en quatrième place de ceux de l’Europe. Aussi, souffrant d’un contexte politique et économique pourtant délicat, les relations économiques entre la France et la Russie s’inscrivent dans une dynamique encourageante.

Patrick Erbs, chef du service économique à l'ambassade française en Russie, a ainsi entamé son discours en insistant sur la solide position des acteurs économiques français sur ce marché. En effet, l’Hexagone s’impose aujourd’hui comme le sixième pays de provenance des importations russes, le troisième investisseur en Russie en stocks et le deuxième en flux, ainsi que le premier employeur étranger du marché, légèrement devant l’Allemagne.

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Il est par ailleurs à noter que, malgré la crise survenue en 2014 suite à la mise en place des sanctions occidentales et de l’embargo russe ainsi qu’à la chute du cours du pétrole, aucune entreprise française n’a abandonné le marché russe, contrairement aux allemandes, qui, bien que plus nombreuses (6 000 contre 1 200 françaises en 2014), ont été 1 300 à quitter le pays.

« En ce qui concerne les échanges commerciaux, il y a eu un tassement réel entre 2012 et 2016, mais nous observons une reprise assez rapide depuis 2017, puisque nos échanges ont progressé de plus de 26% cette année-là pour repasser la barre des 13 milliards d’euros. Et cette tendance s’est poursuivie en 2018 où nous devrions dépasser les 15 milliards d’euros », note ainsi Erbs, ajoutant que cette tendance devrait se poursuivre sur l’année à venir.

Il convient toutefois de nuancer ce tableau en soulignant que ce sont surtout les importations françaises en provenance de Russie qui ont significativement crû, principalement en matière d’hydrocarbures. De leur côté, les exportations de la France vers ce marché apparaissent cependant plus diversifiées, avec en tête, en 2018, les produits cosmétiques, de parfumerie et pharmaceutiques, suivis par le matériel de transport, puis les biens d’équipement, secteur stimulé par un important besoin des entreprises russes de renouveler leurs outils de production.

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Ces résultats encourageants sont ainsi dus à l’activité des 35 entreprises du CAC40 implantées en Russie, mais également aux PME, qui, bien que plus prudentes ces dernières années, continuent à s’intéresser à ce vaste marché. En outre, les banques françaises ne représentent quant à elle pas moins de 25% des crédits accordés en Russie par des établissements étrangers, soit une part de marché plus ou moins équivalente à 2015, malgré une baisse de moitié du nombre de ces crédits.

En termes de perspectives, il est à rappeler qu’à la mi-décembre, les ministres russe et français de l’Économie se sont engagés à développer trente projets prioritaires et concrets sur l’année 2019 dans différents domaines, et principalement le changement climatique, mais aussi les nouvelles mobilités et villes du futur, l’innovation, ainsi que la productivité du travail.

Au cours de l’année sont par conséquent prévues diverses rencontres bilatérales, et notamment un forum sur le changement climatique et un autre consacré aux PME.

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Où en est l’économie russe?

Si les relations franco-russes apparaissent ainsi au beau fixe, qu’en est-il de la situation générale de l’économie de Russie ? Le contexte politique international pouvant être source de fluctuations majeures, les spécialistes se sont ici voulus prudents, mais ont néanmoins pu dresser le bilan des années passées et émettre de probables perspectives à court terme.

Ainsi, dans le pays, le principal moteur économique n’est aujourd’hui autre que la consommation des ménages. Or, cette dernière avait très fortement chuté en 2015-2016 en raison d’une baisse des revenus réels de la population, qui affichent finalement une hausse modeste mais positive depuis 2017. Par conséquent, suivant cette courbe, le taux de croissance de l’économie russe s’est depuis redressé mais l’on a rapidement assisté à un tassement de sa dynamique.

« Les perspectives macroéconomiques de différents instituts internationaux ont tendance à se contracter, pour le monde dans son ensemble, mais aussi pour les grands clients et partenaires de la Russie, comme l’Union européenne, la Chine et même la Turquie », a déclaré Julien Vercueil, maître de conférences à l’INALCO, décrivant cet environnement global peu porteur pour l’économie russe, auquel se rajoute l’absence de progrès au niveau des sanctions économiques et diplomatiques de l’Occident à l’égard de la Russie.

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Il en résulte donc que les diverses organisations internationales d’appréciation économique, telles que l’OCDE, la Banque centrale de Russie, le ministère russe de l’Économie et des Finances, la Banque mondiale, la Commission européenne et le FMI, tablent sur un taux de 1,5-1,6% de croissance pour 2019 et se montrent un peu plus optimistes pour 2020, avec un indicateur de 2,1%. Néanmoins, cette amélioration de l’appréciation internationale de la situation structurelle de l’économie russe s’accompagne d’un déclin de son poids dans le monde, puisque le taux de croissance national apparait deux fois plus faible que la moyenne globale.

Un résultat d’autant plus en demi-teinte car bien en deçà des ambitions du gouvernement russe, qui pourrait alors actionner différents leviers afin d’atteindre, à moyen terme, un objectif plus élevé, de l’ordre de 3%. Parmi les idées mentionnées figurent ainsi la réforme des pensions, l’immigration, et une hausse des investissements.

Autre évolution intéressante enfin, si avant la crise, la valeur du rouble était intimement liée à celle du baril, elle semble s’en être émancipée et suivre une logique indépendante vis-à-vis du cours du pétrole.

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