Le tourisme rural en Russie, un potentiel à exploiter

À l’horizon 2030, le secteur pourrait enregistrer un chiffre d’affaire record.

À l’horizon 2030, le secteur pourrait enregistrer un chiffre d’affaire record.

Alexei Danichev / RIA Novosti
Le marché du tourisme à la campagne enregistrera en Russie plus de 780 millions d’euros de recettes par an d’ici 2030, estime Elena Skrynnik, auteur d’un concept de développement de ce secteur.

Le nombre de touristes étrangers en visite en Russie augmente de 5% à 10% par an, selon les données de l’Association nationale des voyagistes (ATOR). Le gouvernement considère le tourisme rural comme l’un des secteurs les plus prometteurs, qu’il accorde ses services aux Russes ou aux étrangers.

« D’après nos calculs, les capacités du marché du tourisme rural dépasseront 780 millions d’euros par an d’ici 2030, a déclaré à RBTH Elena Skrynnik, ex-ministre de l’Agriculture et auteur du concept de développement de ce secteur. C’est un potentiel important qui s’ouvre devant nos fermiers, car dans les dix à quinze prochaines années, les recettes issues du tourisme à la campagne atteindront 10% du revenu total des fermiers ».

Selon les données du ministère russe de l’Agriculture, le tourisme rural est développé actuellement par onze régions du pays, mais il n’occupe que 2% de l’industrie touristique.

L’exemple des pays européens

Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le tourisme rural constitue l’un des cinq axes stratégiques de développement du tourisme dans le monde jusqu’en 2020. Dans les pays européens, la campagne est la deuxième destination touristique, derrière la mer. À l’heure actuelle, ce tourisme assure en Europe entre 20% et 30% des recettes totales de l’industrie touristique. Le nombre de touristes « verts » est très élevé sur les marchés intérieurs. Par exemple, en France, seuls 7% des voyageurs passent la nuit en ville, les autres préférant un hôtel de campagne ou un camping.n

L’idylle bucolique, c’est combien ?

Crédit : Vladimir Vyatkine / RIA NovostiCrédit : Vladimir Vyatkine / RIA Novosti

En Russie, le tourisme rural est notamment développé dans la région d’Irkoutsk (Sibérie orientale), celle de Kalouga (à 150 kilomètres au sud-ouest de Moscou) et dans le territoire de l’Altaï (Sibérie occidentale), indique le ministère de l’Agriculture. Toutefois, les touristes étrangers n’ont souvent pas le courage de voyager jusqu’au lac Baïkal ou l’Altaï et préfèrent faire du tourisme rural non loin du principal nœud de transports du pays, Moscou.

Les touristes étrangers choisissent traditionnellement pour leurs voyages Saint-Pétersbourg, Moscou et les villes de l’Anneau d’or, anciennes cités princières situées dans un rayon de 400 kilomètres autour de la capitale. Ainsi, les étrangers qui font le tour de l’Anneau d’or achètent souvent des séjours en immersion totale avec plusieurs jours passés dans un village.

« Les maisons d’hôtes rurales en Russie, initialement destinées aux touristes étrangers désireux de se faire une idée du quotidien à la campagne, sont comprises dans les séjours les plus populaires, par exemple sur l’Anneau d’or », a dit Alexandre Iline, patron de l’agence de voyage russe Fly2Fly.

Les prix d’une chambre dans un hôtel de campagne varient entre 30 et 400 euros par nuit. Les repas, les visites guidées et le travail « dans les champs » sont compris. En moyenne, une semaine dans un village russe typique sous l’œil vigilant des propriétaires revient à 300–470 euros.

Dans le sud de la Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe, les agences de tourisme rural accueillent essentiellement des clients chinois. « Les Chinois sont très curieux. Il suffit de leur proposer quelques jours de la vie d’un colon russe des XVIIIe et XIXe siècles et ils sont partants ! », raconte Nikolaï Kim, représentant d’une agence de voyage extrême-orientale.

Problèmes du secteur

Crédit : Alexeï Kudenko / RIA NovostiCrédit : Alexeï Kudenko / RIA Novosti

La demande étant en hausse, les initiatives liées au tourisme rural ne peuvent pas échouer, affirment les entrepreneurs interrogés par RBTH. Si la ferme se trouve dans un rayon de 200 kilomètres autour d’une grande ville, même une campagne publicitaire modeste lui garantira un nombre suffisant de clients.

Le problème numéro un du fermier russe – qu’il produise de la viande ou qu’il aménage une maison d’hôtes rurale – est l’absence de crédits accessibles.

« Les obstacles se présentent partout, mais en Russie la demande de la part des clients existe, alors que les entrepreneurs n’ont pas la possibilité de déployer une activité en raison du manque de ressources, a expliqué le fermier britannique John Kopiski, fondateur et propriétaire de la ferme Noël dans la région de Vladimir (à 180 km au nord-est de Moscou). Nous avons réussi à organiser notre ferme de vacances après avoir transformé un village agonisant de la région en localité où les gens veulent vivre et travailler ».

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