Électronucléaire : moderniser ou construire du neuf ?

Kirill Kukhmar/TASS
L’industrie nucléaire russe a acquis une solide expérience dans la modernisa-tion des centrales atomiques. Son expertise en la matière pourrait intéresser la France, selon les experts.

Outre la construction de nouvelles capacités de production, les pays du club nucléaire s’intéressent beaucoup à la modernisation et au prolongement de la durée de vie des centrales déjà existantes. Les experts évaluent ce marché à 135 milliards d’euros d’ici 2025.

Une série de centrales nucléaires construites entre 1960 et 1980 ont déjà vécu plusieurs étapes de modernisation qui ont permis de prolonger leur exploitabilité de 40, voire 60 ans. « C’est l’accident de 2011 au Japon qui a grandement impulsé la modernisation des centrales, constate Semion Dragalski, chef de l’Union de l’efficacité énergétique de Russie. Ainsi, la France a adopté il y a deux ans le programme dit post-Fukushima pour renforcer la sécurité d’exploitation de ses installations. Il repose sur les données accumulées suite à l’accident de la centrale nippone ».

Parallèlement, la France met en œuvre le programme industriel de « grand carénage » qui prévoit de prolonger la durée d’exploitation des 58 réacteurs nucléaires d’EDF et de les mettre aux normes post-Fukushima. « La nécessité de recourir à l’expertise et aux solutions techniques des leaders industriels comme Areva, EDF et Rosatom est évidente », estime Grégory Rolina, consultant international et chargé de recherche à l’école d’ingénieurs MINES ParisTech.

L’Agence russe de l’énergie nucléaire Rosatom possède en effet une riche expérience dans le domaine de l’allongement de la durée de vie des centrales. Elle perfectionne notamment les systèmes de la centrale de Metsamor en Arménie, modernise les réacteurs de la centrale bulgare de Kozlodouy et assure la remise en état ainsi que la maintenance de celle de Bouchehr en Iran.

Les projets réalisés dans l’électronucléaire exigent d’importants capitaux, même s’il ne s’agit que de prolonger la durée de vie d’une centrale. Les experts sont cependant certains que la modernisation se trouvera amortie plus rapidement que la construction d’une nouvelle unité, d’autant plus que Rosatom a élaboré plusieurs innovations de « longévité ».

« Les innovations sont nombreuses. Prenons, par exemple, la technologie du recuit de la cuve du réacteur en cas de fragilisation de celle-ci. D’une part, cette technique ne date pas d’hier et était appliquée déjà aux réacteurs VVER-440. Mais aujourd’hui, Rosatom et l’Institut Kourtchatov collaborent sur le recuit des cuves de réacteurs d’un million de KW, explique Evgueni Salkov, directeur général de la société Rousatom Service. Nous avons déjà évoqué le sujet avec nos collègues français qui s’y sont vivement intéressés parce que le rétablissement des propriétés du métal de la cuve est primordial pour prolonger la durée de vie d’une centrale ».
 

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