La Russie ne s’empresse pas de rétablir ses relations d’affaires avec la Turquie

L'hôtel Kremlin Palace à Antalya.

L'hôtel Kremlin Palace à Antalya.

Alexander Demianchuk / TASS
La Russie ne voit aucun avantage à rouvrir certains marchés aux sociétés turques, estiment les experts.

Les autorités russes ont annulé l’interdiction des vols charter à destination de la Turquie que le 28 août, soit presque un mois après la rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. De ce fait, les touristes russes n’étaient pas au rendez-vous sur les plages turques durant la haute saison. Cette annulation à la fin du mois d’août signifie que les premiers vols charter ne décolleront à destination de la Turquie qu’en septembre, quand les vacanciers russes rentrent déjà chez eux. « La saison touristique en Russie atteint son apogée en juillet et en août », a rappelé à RBTH Irina Tiourina, porte-parole de l’Union de l’industrie touristique de Russie. Selon les experts, les autorités russes le font sciemment, pour protéger le marché du tourisme interne.

Les relations d’affaires entre les deux pays ont été suspendues en novembre 2015 après que les forces aériennes turques eurent abattu un avion militaire russe. Outre la cessation des vols charter, Moscou a gelé la construction du gazoduc Turkish Stream passant par le fond de la mer Noire et a interdit l’importation de légumes turcs.

Bénéfices pour le marché national

La Russie prend sciemment ces mesures protectionnistes, affirment les acteurs de la filière touristique. « L’autorisation des vols charter à destination de la Turquie en fin de saison est une démarche ingénieuse du point de vue des intérêts de nos destinations de vacances en Crimée et dans le territoire de Krasnodar (sud) », a indiqué Denis Dzenis, le directeur des relations publiques du site de vente de billets d’avion Aviasales. Il ne reste plus qu’une quinzaine de jours avant la fin de la saison classique, ce qui ne permettra pas à la Turquie de « décoller résolument » en 2016, a-t-il dit.

Toujours d’après les données de l’Union de l’industrie touristique, les vols charter coûtent 30% moins cher que les vols réguliers. Jusqu’à l’interdiction des charters en décembre 2015, la Turquie était la destination privilégiée des touristes russes, indique l’Association des voyagistes de Russie (ATOR).

Une situation semblable a vu le jour sur le marché alimentaire. Avant l’introduction de l’embargo russe, 44% des tomates et 29% des concombres importés arrivaient de Turquie, note le groupe agroalimentaire Technologies de culture en serres.

« Il n’est pas question pour le moment de lever l’embargo alimentaire sur les produits turcs. Les producteurs russes ne voient aucun avantage à cette décision », a déclaré Iakov Lioubovedski, directeur exécutif de l’Union de l’agriculture biologique. En cas de levée de l’embargo, les légumes turcs pourraient reprendre leurs positions sur le marché russe, a-t-il expliqué. « Les consommateurs russes n’étant pas riches, la production turque vise en plein dans le mille », renchérit Ivan Roubanov, chef du groupe analytique du Comité agricole au sein du gouvernement russe.

Atermoiements concernant Turkish Stream

Lors de leur rencontre le 9 août à Saint-Pétersbourg, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont convenu de relancer la construction du gazoduc Turkish Stream qui doit être posé au fond de la mer Noire. Toutefois, la réalisation de l’entente a été stoppée à l’étape de la signature des accords gouvernementaux et de la prise de décision au sujet du nombre de tuyaux, car la Russie veut doubler les capacités. Quant à la société turque Botas, elle cherche à obtenir de la part de Gazprom une remise de 10,25% sur le prix du gaz, comme convenu par les parties avant la dégradation de leurs rapports.

Toutefois, la question du rabais ne se pose pas avec autant d’acuité qu’avant la dégringolade des prix du pétrole et du gaz, a affirmé Valéry Nesterov, analyste du secteur pétrogazier au sein de la société anonyme Sberbank CIB. « Il y a deux ans, la Turquie payait 400 dollars 1 000 mètres cubes de gaz russe et 600 dollars pour le gaz iranien. Aujourd’hui, Gazprom vend le gaz pour environ 160 dollars en Europe, a-t-il fait remarquer. Ainsi, Gapzprom peut proposer du gaz à des conditions bien plus compétitives ».

Selon lui, les intentions réelles des deux pays deviendront évidentes ces prochains mois. « Si des accords gouvernementaux sur tous les problèmes sont signés cette année, le projet commencera à être matérialisé l’année prochaine », a-t-il dit. 

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