Un tiers de la population russe menacé de pauvreté

Une femme sans-abri dans un passage souterrain de Saint-Pétersbourg.

Une femme sans-abri dans un passage souterrain de Saint-Pétersbourg.

Reuters
L’actuelle crise économique en Russie, la quatrième au cours du dernier quart de siècle, est marquée par la plus brusque dégringolade des revenus des ménages de ces quinze dernières années, et par une importante augmentation de la pauvreté. Le tout en l’absence de marge de manœuvre financière et institutionnelle pour permettre à l’État et à la société de s’adapter. Les prévisions ne sont pas rassurantes : les analystes s’attendent à une baisse marquée de la qualité et du niveau de vie de la population. D’après le nombre de pauvres, la Russie pourrait se retrouver dans la situation de 2005, perdant tous ses acquis de la dernière décennie.

En 2012 et 2013, personne ne pouvait prévoir la guerre des sanctions et seuls certains osaient pronostiquer la baisse du prix du pétrole jusqu’aux indicateurs actuels. Toutefois, nombreux étaient les économistes à prévoir l’éclatement de la bulle de la consommation qui s’était formée grâce à un pétrole cher et au soutien généreux de l’État. À partir de 2006, la part des salaires dans le PIB russe est allée en augmentant, alors que dans le monde, le chiffre a reculé dès 2007, ce qui a eu un impact négatif sur la productivité et la compétitivité de l’économie. En 2014, l’indice est arrivé au niveau mondial (52%) et a dépassé de 11 points de pourcentage le chiffre moyen enregistré dans les pays émergents (41%).

L’année 2015 a été marquée par une brusque chute des revenus réels, des salaires et des retraites et par une augmentation du travail à temps partiel. La tendance perdurera cette année. Les analystes russes et ceux de la Banque mondiale (BM) estiment que le chiffre officiel du niveau de pauvreté augmentera en 2016 pour atteindre 16%. La rente pétrolière ne sera plus suffisante pour maintenir les ménages à flot.

L’État, les sociétés, et la plupart des ménages n’ont plus de ressources pour maintenir le modèle de croissance basé sur la consommation, tandis que les instruments de redistribution des richesses ou d’adaptation sociale sont toujours absents. « Le pays redescend vers un niveau normal de salaires et de consommation. Les habitants en font les frais, mais telle est la réalité », explique Leonid Grigoriev, conseiller du chef du Centre analytique auprès du gouvernement de Russie.

Et malgré un accroissement impétueux des revenus, le niveau des inégalités dans la société est resté inchangé en raison d’une concentration élevée des richesses nationales au sein de certains groupes sociaux et régions : en 2014, 20% des habitants n’avaient que 7 000 roubles par mois (environ 140 euros) et de janvier à septembre 2015, ils ne disposaient que de 5,6% de tous les revenus. Cependant, les écarts de revenus sont bien plus importants que ne le croit la société russe. Lors d’un sondage réalisé en octobre dernier par Ipsos Public Affairs, les Russes estimaient que 1% des couches les plus aisées disposaient de 53% de tous les revenus, alors qu’en réalité, le chiffre est de 70%.

Selon les analystes russes, l’armée des pauvres pourrait être rejointe dans un avenir prévisible par 30% à 50% de la population, avant tout les enfants, les retraités et leurs familles et ceux qui travaillent à mi-temps. Et s’ils ne le savent pas encore, ils s’en rendront compte dès cette année.

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