Coup de froid dans les relations russo-turques

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Après que l’armée de l’air turque ait abattu un avion russe, la Russie a décidé de réduire les importations de biens turcs. L’impact des sanctions pourrait atteindre 18 milliards d’euros.

Tourisme

Après l’incident du 24 novembre, Moscou a recommandé aux citoyens russes de ne pas se rendre en Turquie, puis le gouvernement a introduit une interdiction totale des vols charters et la vente de voyages organisés. La Russie a suspendu l’accord de régime sans visa signé par les deux pays en 2011.

Les vols réguliers ne sont pas annulés, mais les liaisons aériennes avec la Turquie sont soumises à un contrôle de sécurité renforcé. En cas de maintien des sanctions durant la saison touristique 2016, cette interdiction occasionnera un considérable manque à gagner pour les stations balnéaires turques et les agences de voyage russes. La Turquie est l’une des principales destinations touristiques, l’an dernier 3,3 millions de Russes s’y sont rendus. Les hôteliers russes profiteront de l’interdiction, et s’attendent à une hausse de la demande des principales stations balnéaires locales, Sotchi et la Crimée.

Mais leur capacité limitée ne pourra éponger le flux de touristes vers la Turquie. Pour le secteur du tourisme turc, les pertes pourraient dépasser 5,5 milliards d’euros.

Importation de marchandises turques

Ce sont surtout les tomates et les agrumes qui sont touchés par les sanctions : la Turquie était l’un des prestataires principaux de ces articles. Par exemple, 43% de toutes les importations de tomates en Russie provenaient de Turquie.

Les livraisons en provenance de Turquie représentaient 4% du volume des importations russes en 2014. Durant les dix premiers mois de 2015, la Turquie a exporté en Russie des biens d’une valeur de 914 millions d’euros, constitués à 40% (360 millions d’euros) de fruits et de noix, 35% (320 millions d’euros) de légumes, dont les tomates représentent les deux tiers.

Le ministère russe de l’Agriculture prévoit de remplacer ces livraisons de façon avantageuse par des importations venues d’Afrique du Nord et du Proche-Orient.

Activité des entreprises turques en Russie

Les restrictions touchent également l’activité des entreprises turques en Russie, en premier lieu sur le marché de la construction immobilière. Aujourd’hui, la part de marché des entreprises turques représente près d’un tiers de tous les chantiers de Russie, et le chiffre d’affaire de ces compagnies en Russie représente environ 4,6 milliards d’euros par an. Parmi les plus grandes entreprises de ce secteur se trouvent Enka, Rennaissance Construction et Ant Yapi, qui a construit plusieurs des tours de Moscow City, le quartier d’affaires de Moscou.

Les entreprises turques possèdent également quelques réseaux de vente de vêtements, des usines de production de matériaux de construction et d’emballages. Le plus gros producteur turc de bière, Anadolu Efes, détient 13% du marché avec ses six usines en Russie.

Les filiales de ces compagnies sont en principe autorisées à poursuivre leurs activités, mais vont faire face à des tracasseries administratives : les compagnies du bâtiment devront signer de nouveaux contrats, les quotas de travailleurs turcs seront divisés par quatre (l’année dernière, 56 000 personnes ont reçu un permis de travail) et la quantité d’autorisations délivrées aux chauffeurs routiers turcs sera réduite à 2000.

Investissements communs

Les restrictions toucheront également les investissements communs : la Russie a suspendu l’accord de défense des investisseurs, l’activité de la commission russo-turque a été gelée, idem pour les négociations d’un accord de facilitation du commerce. Selon la banque centrale, le volume des investissements directs russes en Turquie en 2014 était de 4,9 milliards d’euros, les investissements turcs en Russie représentaient eux 529 millions d’euros.

L’un des projets communs les plus importants est la construction par Gazprom du gazoduc Turkish Stream, d’une valeur de 11 milliards d’euros, dont les négociations ont déjà été interrompues.

Il était prévu que la première étape du gazoduc, conçu pour alimenter la Turquie en combustible (le pays reçoit aujourd’hui 60% de son gaz de la Russie), devait être achevée fin 2017. Pour la Russie, la Turquie est le second marché gazier après l’Allemagne (les exportations en 2014 s’élevaient à 27,4 milliards de mètres cubes, et celles de minerais représentaient 14,9 milliards d’euros).

« Si la Russie a l’intention de vendre du gaz à l’Europe, un gazoduc en Turquie sera nécessaire. Le gazoduc transanatolien (TANAP) ne peut pas répondre à la demande européenne, pense Mete Gueknel, expert en problèmes énergétiques, ancien directeur général de la compagnie pétrolière d’État turque Botas. La Turquie n’a pas de réelle alternative au gaz russe : tous les jours il passe par Blue Stream une quantité de gaz impossible à atteinte par les infrastructures de stockage de gaz liquéfié que la Turquie prévoit d’acheter au Qatar et de continuer d’acheter à l’Algérie. Il faudra au moins trois ans pour construire de nouvelles infrastructures ».

Un autre projet majeur dont les perspectives se trouvent bouchées est la construction par Rosatom de la centrale nucléaire d’Akkuyu au sud de la Turquie. Le projet prévoyait la construction de quatre réacteurs d’une puissance totale de 4 800 mégawatts, dont le financement devait être assuré par une filiale de Rosatom. 

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