Haro sur les brasseurs indépendants

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Les brasseurs artisanaux sont désormais confrontés à la même réglementation très stricte que les grandes multinationales présentes en Russie. Leur survie est fortement menacée.

À compter du 1er octobre 2015, les petits brasseurs russes indépendants produisant moins de 300 000 décalitres par an devront se connecter au Système d’État unifié d'automatisation de l'information (EGAIS). Selon l'idée du gouvernement, relier les petits producteurs au système unifié permettra de contrôler quels volumes une société donnée produit réellement, afin de mieux lutter contre la contrefaçon.

Le développement du système s'est achevé en 2006, après quoi chaque entreprise s'était vue contrainte d'installer un logiciel coûteux et de tenir les comptes de la production – ce qui nécessitait également l'embauche de professionnels formés spécialement au programme.

Jusqu'à aujourd'hui, les brasseurs en étaient exemptés. Selon le quotidien Kommersant, l'installation de ce système pourrait entraîner une hausse des dépenses de deux millions de roubles (soit 28 180 euros), par an pour les brasseurs, ce qui remet sérieusement en question leurs marges bénéficiaires.

De la fabrication à la vente

Selon les estimations de l'organisation des petites entreprises Opora Rossii, le pays compte aujourd'hui 950 producteurs de bière artisanale.

« En Russie la bière artisanale se différencie des autres par sa valeur sentimentale, bien qu'il existe des différences au niveau du marketing et des canaux de distribution. Mais nous ne disposons pas de statistiques précises à ce sujet », souligne Dmitri Drobychevski, rédacteur en chef du portail Profibeer.ru.

Selon les statistiques de l'Union russe des producteurs de bière et de boissons, les petites entreprises occupent 7% du marché en Russie mais tant les entreprises artisanales que les petites entreprises non artisanales s'adressent à lui.

« Sur ces 7% les entreprises artisanales ne représentent pas plus de la moitié, commente Drobychevski, donc on peut supposer que leur part de marché réelle aujourd'hui se situe entre 1% et 3,5% Ce n'est pas un mauvais résultat si l'on prend en compte le fait qu'il y a quelques années, leur activité ne représentait que quelques dixièmes de pourcents ».

Drobychevski souligne également que les bières artisanales sont désormais à la carte des restaurants et des cafés. « Nous faisons partie des premiers à Moscou à avoir proposé de la bière artisanale », témoigne Alexandre Maleïev, co-propriétaire du bar moscovite Tous tes amis. « Dans notre bar de Moscou nous vendons chaque mois de deux à trois tonnes de bière artisanale », note-t-il.

Quelles perspectives de croissance ?

Dmitri Drobychevski pense que cette nouvelle initiative forcée du gouvernement pourrait porter un coup à ce marché émergent. « Cette politique dure de l’État pourrait freiner le développement du secteur. L'EGAIS, déjà adopté pour l'industrie de la bière, va toucher également les petits producteurs, bien que nous ayons essayé de convaincre le régulateur », déplore-t-il.

Drobychevski craint que si l’État ne relâche pas sa pression sur le secteur, les gros producteurs puissent continuer leur activité mais pas les petits brasseurs. Toutefois, selon une source de Kommersant au sein de l'Organisme de régulation du marché de l'alcool en Russie, les petits brasseurs ne devront pas mettre de compteurs sur la comptabilité et les modules de transport qui transmettent l'information au système. Il sera seulement nécessaire de rentrer les données d'expédition des produits finis aux clients sur un ordinateur à part.

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