Quand la Chine éternue, la Russie s’enrhume-t-elle ?

La dévaluation du yuan a complètement bouleversé le marché asiatique.

La dévaluation du yuan a complètement bouleversé le marché asiatique.

EPA
Les effets rampants de la dévaluation du yuan, les krachs à répétition de la bourse de Shanghai et la multiplication des tendances négatives au sein de la deuxième économie mondiale nourrissent les spéculations des experts à Moscou : la Russie a-t-elle choisi le bon moment pour amorcer son "virage vers l'Asie", qui met l'accent sur son partenariat stratégique avec la Chine ?

La dévaluation de la monnaie chinoise a pris tout le monde de court, et certains y perçoivent déjà les prémisses d'une guerre des devises. Malgré le faible impact de ce ralentissement économique pour l'instant, on peut tout de même constater que la Chine est agitée depuis que les principaux moteurs de sa croissance - une industrie orientée vers l'exportation, l'immobilier et les investissements dans les projets d'infrastructure - ne sont plus aussi prometteurs qu'avant.

Pourquoi ? L'une des principales raisons en est le tarissement progressif de l'exode rural, qui apportait aux villes une masse importante de travailleurs. Depuis les réformes de Deng Xiaoping en 1978, près de 278 millions de personnes ont migré vers les villes chinoises - la plupart avec d'humbles ambitions et prêts à accepter des salaires modestes. En 2014, le flux a baissé jusqu'à 1,3% et pourrait passer dans le rouge cette année. La Chine doit accueillir des travailleurs plus qualifiés et plus exigeants, ce qui fait bondir les salaires dans les industries stratégiques.

Cette hausse du coût de la main-d’œuvre prive la Chine de son principal avantage compétitif, qui avait soutenu la croissance à une moyenne de 10% jusqu'à 2010, avec un pic à 14,2% de hausse du PIB en 2007. En 2014, elle avait chuté à 7,4% - la plus mauvaise performance du pays ces 24 dernières années. Malgré des pronostics de croissance officiels "autour de 7%" pour 2015, on estime qu'elle ne dépassera 4-5% d'ici la fin de l'année.

L'effondrement de l'économie chinoise a eu des répercussions sur les marchés financiers mondiaux, tandis que les experts tentent de prévoir son impact global. À quel point cette crise est-elle sérieuse ? Quelles répercussions pourraient avoir ces contre-performances chinoises sur la Russie ? Alexander Zotine, expert pour l'hebdomadaire russe Argent, répond à RBTH : 

« Le PIB chinois représente 10 à 12% du PIB global. Mais la part de la Chine dans la croissance mondiale est de plus d'un tiers. Pékin a été la locomotive de la croissance mondiale ces 10 à 20 dernières années. Aujourd'hui, si la Chine cesse d'être ce leader, le monde est promis à la stagnation »​.

« Nous voyons aujourd'hui les effets d'un modèle de croissance instable. Nous constatons une bulle boursière et immobilière. C'est-à-dire que la Chine avance avec un fort vent de face. Pour le monde extérieur, les temps vont être difficiles. Il va falloir atténuer les effets du ralentissement chinois ».

Dans quelle mesure la Russie va-t-elle être affectée?

« L'économie russe est dépendante à 75% des exportations de biens, dont deux tiers sont constitués de gaz et de pétrole et 15% des métaux industriels. Le ralentissement chinois va faire baisser les prix de ces produits », pense Alexander Zotine.

« La Russie est très dépendante des cycles économiques extérieurs. Si l'économie mondiale bondit, celle de la Russie aussi. Si la tendance est négative, l'économie russe se contracte encore plus fortement. La Russie est ultra-sensible aux cycles de croissance ».

Le ralentissement chinois et le flottement du yuan ont-ils déjà des répercussions sur la Russie ? La sonnette d'alarme a retenti cette année quand les négociations sur le projet de gazoduc Force de Sibérie 2, qui prévoit la livraison de gaz russe à la Chine par l'itinéraire ouest, ont commencé à s’enliser. Alors que le travail avance sur l'itinéraire est, qui devrait permettre d'acheminer 38 milliards de mètres cube de gaz par an vers la Chine, l’idée d’acheminer encore 30 milliards de mètres cube via la région de l'Altaï vers les régions chinoises occidentales a perdu de son attrait.

Car même si la consommation de gaz a bondi de 12-13% en Chine en 2012-2013, sa croissance a chuté à 8,5% en 2014 puis à 2% au premier trimestre 2015. La chute des prix du pétrole au niveau mondial a également contribué à ralentir les pourparlers.

Cette tendance à la baisse pourrait aussi affecter les achats de biens à forte valeur ajoutée et causer du tort à des pays comme l'Allemagne, qui exporte des équipements et technologies sophistiqués vers ses clients commerciaux majeurs à l'Est. L'économie allemande devrait donc subir la pression déflationniste grandissante qui règne en Chine.

Comme l'Allemagne est un partenaire économique et commercial clé pour la Russie, le monde des affaires russe voit venir des troubles aussi bien de l'est que de l'ouest - l'effet domino classique.

C'est le prix à payer pour la mondialisation, qui a porté les risques liés à l'interdépendance à un niveau incontrôlable. Un expert russe prédit que la prochaine récession mondiale sera « Made in China », ou tout du moins que le géant asiatique sera la principale source d'instabilité économique dans le monde ces prochaines années.

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