Bataille pour Moscou: comment l’État russe a survécu et vaincu en 1612

Kuzma Minin and Dmitriy Pozharskiy

Kuzma Minin and Dmitriy Pozharskiy

Nizhny Novgorod State Art Museum
Avec la mort du successeur d'Ivan le Terrible au début du XVIIe siècle, la dynastie des Riourikides, qui avait gouverné les territoires russes pendant sept siècles, prend fin. Le gouvernement de Moscou est au bord de l’effondrement. Profitant de l'agitation qui régnait en Russie, la République des deux nations (État polonais-lituanien) chercha à installer son propre candidat sur le trône de Moscou et était très proche de remporter sa lutte amère de plusieurs siècles contre son voisin de l'Est...

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Compétition des tsars

Après la chute de la dynastie des Riourikides, les souverains de Russie voient leur popularité s’effriter, ce qui contribua au succès du Premier Faux Dmitri, un escroc qui prétendait être un fils d'Ivan le Terrible. Grâce à la bienveillance de la noblesse de Moscou et au soutien de la Pologne, qui était un acteur puissant dans cette partie de l'Europe à l'époque, il est proclamé tsar de Russie en 1605.

Premier Faux Dmitri. Crédit : Musée d'art RadichtchevPremier Faux Dmitri. Crédit : Musée d'art Radichtchev

La noblesse de Moscou a vite déchanté face à ce souverain, qui fut assassiné moins d'un an après son couronnement. Les nobles ont ensuite choisi un autre tsar dans ses propres rangs, Vassili Chouïski, dont l'autorité a été rapidement contestée par un autre Faux Dmitri, second du nom, soutenu par les Polonais. Après une lutte acharnée, Chouïski fut finalement remis au roi de Pologne. Craignant Faux Dmitri II plus que les Polonais, les nobles demandèrent au fils du roi de Pologne d’occuper le trône de Moscou et invitèrent les troupes polonaises dans la capitale russe.

Kouzma Minine et Dmitri Pojarsky

Comme l'a écrit le penseur social russe du XIXe siècle Konstantin Aksakov, il restait sous l'état en ruines une solide structure sociétale. Les classes moyennes et inférieures se sont réunies et ont pris en main la lutte pour la survie du pays. Kouzma Minine, un vendeur de viande, pris la tête de la lutte pour défendre la nation. En 1611, il a été nommé chef de l'Armée populaire des volontaires, deuxième tentative de former une armée pour libérer Moscou des Polonais après que le premier essai eut échoué.

Dmitri Pojarsky et Kouzma Minine. Crédit : Musée des Beaux-Arts d'État de Nijni NovgorodDmitri Pojarsky et Kouzma Minine. Crédit : Musée des Beaux-Arts d'État de Nijni Novgorod

En septembre, il a invité ses concitoyens à « ne pas craindre de sacrifier leur vie » et à faire don de tout ce qu'ils possédaient pour la cause de la libération du pays. Minine joua un rôle administratif dans l'organisation de l'armée, et le prince Dmitri Pojarsky en est devenu le chef militaire. Pojarsky avait remporté un certain nombre de succès lors de batailles en servant les tsars précédents, et était un dirigeant très respecté à l'époque. Deux armées ennemies convergent alors vers Moscou.

Les Polonais voulaient libérer une garnison polonaise qui était à ce moment-là assiégée au Kremlin par les restes de la première armée des volontaires. L'armée des volontaires du peuple, forte de 10 000 soldats, atteint Moscou en août 1612 alors que l'armée polonaise, qui comptait 12 000 soldats, approchait de la capitale depuis l'ouest.

Les troupes polonaises, sous le commandement du chef de guerre Jan Karol Chodkiewicz, attaquent les Russes le 22 août. La bataille dure six heures, Chodkiewicz et l'armée polonaise échouent à atteindre le Kremlin.

Bataille pour Moscou en 1612 par Ernest Lissner Bataille pour Moscou en 1612 par Ernest Lissner

Une défaite cuisante

La bataille finale s’est déroulée sur deux jours. Après cinq heures de combats féroces au centre-ville, les troupes polonaises ont percé les lignes russes et contraint les régiments de l'armée des volontaires à battre en retraite. Cependant, elles n'ont pas pu tirer parti de ce succès et ont perdu beaucoup d’hommes dans la foulée.

Pendant que les Polonais se réorganisaient, les Russes réussirent à se regrouper et à lancer une contre-attaque ingénieuse. L’avancée inattendue de Kouzma Minine, accompagné de plusieurs centaines de cavaliers, fut particulièrement efficace. Un coup vital a également été porté par les Cosaques.

Comme l'ont souligné les chroniques consacrées à l'événement, les Cosaques ont commencé à se retirer mais se sont ressaisis sous l'influence d'un éloquent discours du moine Avraami Palitsyne. Ce dernier a rassemblé les déserteurs en sonnant une cloche d'église et leur a adressé des mots qui ont arrivé leur fibre guerrière et patriotique.

Tsar Mikhaïl Romanov. Crédit : Galerie TretiakovTsar Mikhaïl Romanov. Crédit : Galerie Tretiakov

Finalement, les Polonais ne pouvant plus tenir leurs positions, ils fuirent Moscou. L’Armée des volontaires avait gagné la bataille. Cela a scellé le sort des Polonais au Kremlin, qui se sont rendus quelques mois plus tard. Comme l'a noté un chroniqueur polonais, les aspirations de la Pologne à prendre le contrôle du gouvernement de Moscou se sont évanouies à jamais avec cette défaite. Cette période tumultueuse s'est terminée l'année suivante avec l’accession au trône du tsar Mikhaïl, père fondateur d'une nouvelle dynastie – les Romanov.

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