La créativité des musées russes vue de France

Fondation caritative Vladimir Potanine
Artguide, site consacré à la vie artistique, a rencontré trois directrices de musées français pour les interroger sur ce qui les a le plus marquées dans les musées russes, et quelles pratiques leur ont semblé curieuses ou utiles.

La Fondation caritative Vladimir Potanine a, en collaboration avec l'Institut Français en Russie, organisé un séjour d'étude bilatéral franco-russe dans le cadre duquel des employés de musées russes se sont rendus en France, tandis que leurs homologues français ont visité des musées et institutions culturelles de Saint-Pétersbourg, Perm, Ekaterinbourg et Moscou. Trois conservateurs de musées français partagent leurs impressions.

Carine Guimbard, directrice du Château d'Oiron

Carine Guimbard, directrice du Château d'Oiron. Crédit : Fondation caritative Vladimir PotanineCarine Guimbard, directrice du Château d'Oiron. Crédit : Fondation caritative Vladimir Potanine

J'ai été étonnée par l'énergie de mes collègues russes, et par leur façon de travailler à l'intégration de l'art contemporain dans un contexte culturel global, y compris au sein des plus hautes institutions. Les employés des musées russes œuvrent en effet énormément, et ce malgré certaines difficultés, objections, et parfois même d'ouvertes protestations, pour que l'art contemporain soit compris et accepté par la société. Et cela, je le répète, est très impressionnant.

Mélanie Bouteloup, directrice et cofondatrice du centre d'art contemporain Bétonsalon, à Paris

Mélanie Bouteloup, directrice et cofondatrice du centre d'art contemporain Bétonsalon, à Paris. Crédit : Fondation caritative Vladimir PotanineMélanie Bouteloup, directrice et cofondatrice du centre d'art contemporain Bétonsalon, à Paris. Crédit : Fondation caritative Vladimir Potanine

La façon dont les commissaires d'exposition russes intègrent l'art contemporain au contexte des musées historiques et artistiques, c'est à dire des musées traditionnels, m'intéresse beaucoup. Je tiens à souligner l'ingéniosité dont mes collègues russes font preuve dans leur approche des expositions et dans la construction d'un dialogue avec le public, mais également leur manière magistrale d'établir des ponts entre différentes époques. À Saint-Pétersbourg nous avons visité l'exposition Apparences. Plus que la réalité, durant laquelle a été mis en évidence le lien entre le passé et le présent, entre l'avant-garde russe et ses adeptes d'aujourd'hui, entre l'image scénique et les stratégies personnelles des artistes de différentes générations. C'est une exposition très audacieuse, dans laquelle cohabitent de manière organique d'anciens objets et costumes et des œuvres d'art contemporaines, art vidéo inclus. Les commissaires de ce projet ont réussi à faire apparaître le lien unissant le grand passé du pays et la situation actuelle de sa culture. En France, il nous est plus difficile de proposer une telle tactique. Nous percevons les œuvres d'art en partie comme quelque chose de sacré, et c'est pourquoi il n'est pas rare que nous ayons peur de les retirer de leur piédestal symbolique et de les placer dans un contexte expérimental. D'ailleurs, le courage des commissaires russes, qui n'ont pas peur de « profaner » une pièce de musée, se conjugue parfaitement avec la relation respectueuse qu'ils entretiennent vis-à-vis de l’œuvre d'art et avec l'approche qu'ils ont de l'histoire et de la culture qui n'en est pas moins emprunte de déférence. C'est cela qui m'a paru le plus intéressant.

Anne-Claire Laronde, directrice de la Cité de la dentelle et de la mode, à Calais

Anne-Claire Laronde, directrice de la Cité de la dentelle et de la mode, à Calais. Crédit : Fondation caritative Vladimir PotanineAnne-Claire Laronde, directrice de la Cité de la dentelle et de la mode, à Calais. Crédit : Fondation caritative Vladimir Potanine

Ce n'est pas la première fois que je viens en Russie, et j'ai depuis longtemps remarqué la créativité des Russes dans leur manière d'appréhender la collaboration avec les différentes catégories de visiteurs. Mais cette fois, j'ai vraiment été stupéfaite par le programme élaboré par le Musée régional de Perm, en collaboration avec l'administration du village de Troïtsa, où se trouve la maison-musée du poète futuriste Vassili Kamenski. Nous avons eu l'occasion de voir l'adaptabilité dont les employés du musée faisaient preuve en travaillant avec des adolescents, des adultes, et des visiteurs plus âgés. Et ce don d'improvisation, cette capacité à inventer quelque chose à partir de rien, me semblent très importants pour un musée moderne. En France, où il existe une méthodologie poussée, nous agissons de plus en plus en suivant des modèles précis, reproduisant à chaque fois des stratégies établies et approuvées. Mais peut-être faudrait-il nous éloigner de ces modèles préconçus pour laisser place à plus d'improvisation ?

Les propos ont été retraduits du russe. Source : Artguide 

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