«L’information sur la vraie Russie n’est pas très accessible pour l’Européen moyen»

Scène du film Terra.

Scène du film Terra.

Capture d'écran
Le réalisateur de documentaires français Michael Pitiot s’est rendu à Tioumen pour la première russe de son film Terra, réalisé conjointement avec Yann Arthus-Bertrand, et a annoncé un nouveau projet de documentaire pour le moment intitulé Russie, qui sera intégralement tourné dans ce pays.

RBTH : Quelle a été votre principale impulsion pour lancer précisément en 2016 le travail sur votre film consacré à la Russie? 

Michael Pitiot : Je crois qu’il est particulièrement important que la Russie et le monde – surtout le monde occidental – apprennent à mieux se connaître. C’est une condition extrêmement importante – comprendre comment est organisée la vie chez ses voisins. Je suis, par exemple, convaincu que l’information sur la vraie Russie n’est pas très accessible pour un Européen moyen. C’est à lui que j’adresse mon film. En ce sens, le film que j’ai pour le moment intitulé Russie  est un défi pour moi également, car je ne peux, actuellement, prétendre avoir découvert toutes les nuances importantes de la vie dans votre pays. Mais ce défi est lié à de nombreuses histoires et personnes que j’ai rencontrées dans la vie.Michael Pitiot. Crédit : https://www.omegawatches.comMichael Pitiot. Crédit : https://www.omegawatches.com

D’abord, ma mère est une Française qui enseignait le russe. À la fin des années 70, quand j’étais encore enfant, elle m’a amené pour un court voyage à Moscou. Aujourd’hui, mes souvenirs de ce voyage sont assez flous, mais je me rappelle nettement de n’y avoir rien vu qui aurait transformé ma vision du monde. Quand je suis rentré à Paris, mes amis m’ont inondé de questions. Ils se demandaient comment on pouvait avoir l’idée de voyager dans un pays aussi effrayant. Ils ont également été choqués d’apprendre que les gens à Moscou n’étaient pas moins bien élevés qu’à Paris et que la nourriture était bonne et ne comportait pas de vodka. Bref, ils répétaient les stéréotypes les plus banals. Pour ma part, j’essayais de leur expliquer qu’à Moscou, les gens vivaient une vie tout à fait normale. Mais, bien sûr, personne ne me croyait. Alors que quand je rentrais de mes voyages en Amérique, où mes parents travaillent régulièrement, personne ne me posait de questions – tout le monde savait comment vivaient les Américains grâce à des centaines de films et de livres. Ce déséquilibre liée à la quantité d’information sur la Russie et les États-Unis existe encore aujourd’hui. 

D’un autre côté, les informations libres sur votre pays sont nombreuses. Mais tout de même : l’année dernière, quand je suis rentré de Norilsk, où j’ai tourné mon film Terra, j’ai de nouveau entendu des tas de questions étonnantes et imbibées de stéréotypes sur la Russie.

C’était les mêmes questions qu’il y a plus de 30 ans ?

Pas tout à fait, mais dans le même genre. Par exemple, personne ne voulait me croire quand je disais qu’on pouvait vivre dans une ville comme Norilsk de son plein gré et y être heureux. Là, j’ai compris que ça n’allait pas : la plupart des Occidentaux pensent des sottises qui n’ont pas grand chose à voir avec la réalité sur le plus grand pays du monde et ses 140 millions d’habitants. Quand je tente de parler de la Russie à la télévision française, on me pose tout de suite des questions sur votre président ou sur la crise syrienne

Je ne suis pas le seul dans ce cas : quand on commence à parler de la Russie dans notre presse, dans la grande majorité des cas, cela se réduit à la figure de Poutine. Comme si personne d’autre ne vivait en Russe ! Je ne m’intéresse pas à la politique, je m’intéresse aux gens. Après tout, à Norilsk, j’ai travaillé, mangé et dansé avec des gens. Et ils méritent qu’on parle d’eux au monde.

Vous avez expliqué que l’idée de votre film suppose un voyage à travers la Russie accompagné d’un commentaire du narrateur. Ce narrateur changera le long du voyage. L’acteur Josh Duhamel était le narrateur dans Planète Océan, Vanessa Paradis, dans Terra. Qui sera votre narrateur cette fois et quels sont les lieux de tournage qui déterminent ce choix ?

Les lieux de tournage sont nombreux – actuellement, notre liste courte compte entre 60 et 70 lieux où nous voudrions tourner. Cette liste devra être raccourcie davantage, car il est impossible de tout montrer dans un film d’une heure et demie. Mais il ne s’agit pas de paysages. Le film ne parlera pas tant des lieux, mais de ce qui les remplit. Par exemple, j’ai prévu d’accompagner les pêcheurs qui pêchent dans l’océan Pacifique. Dans les villes, je pourrais m’intéresser aux gens qui travaillent au quotidien dans les rues, par exemple, les agents de la circulation. Et ainsi de suite. Je ne veux pas parler des choses immédiates, je veux faire un film que les gens pourraient également regarder dans plusieurs années. Quant au narrateur, je n’ai pas encore réglé ce problème. J’aimerais que ce soit un jeune Russe. Au cours de plusieurs visites dans votre pays, j’ai rencontré des tas de merveilleux représentants de la nouvelle génération – intelligents, modernes, intéressants. Votre jeunesse m’inspire, donc j’aimerais entendre une voix jeune dans mon film.

Quand comptez-vous lancer le travail sur le film ?

Je pense qu’il faudrait commencer cet automne, car je voudrais vraiment terminer le film pour mi-2018 : je pense que la Coupe du monde de football qui se tiendra en Russie est une bonne occasion pour la première de mon film. Mais les négociations sont toujours en cours, donc le lancement du tournage est actuellement programmé pour le début du printemps. C’est le dernier délai, j’espère que cette date ne bougera plus.

Les propos ont été retraduits du russe. Source : Rossiyskaya Gazeta

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