Kabirski, un joailler daghestanais dans la cour des grands

Guerman Kabirski.

Guerman Kabirski.

Service de presse
Certains disaient que ses parures présentaient un défi aux règles de la joaillerie, qu’il ne faisait qu’abimer les pierres et saccager le métal, qu’aucun atelier du monde n’enseignait des choses pareilles. Aujourd’hui la marque Kabirski est connue même de ceux qui n’achètent des bijoux qu’à l’occasion d’un mariage ou d’une cérémonie importante.

Guerman Kabirski n’est devenu un joailler mondialement connu que grâce à sa personnalité unique qui choque souvent. 

Par exemple, dans ses locaux, tous les diplômes et certificats internationaux dont il a été récompensé et dont les artistes ont l’habitude de se vanter étaient accrochés… dans les WC. Ce qui suscitait l’indignation de ses collègues.

Toutefois, Guerman insiste : leur place est là-bas. « Si on se rappelle sans arrêt qu’on est beau et qu’on plaît à tout le monde, ça nous tue », dit-il.

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Serpents et grenouilles

Kabirski a adopté ce surnom à l’automne 1999 lors d’une exposition au centre Sokolniki à Moscou. Kabir est l’appellation du village natal de Guerman au Daghestan, république pluriethnique du Caucase russe.

« Les premiers bijoux que j’ai exposés étaient un peu grossiers, mais ils dégageaient une énergie spéciale qui a été remarquée et retenue par le public », se rappelle Guerman Kabirski.

Pour sa première exposition, il trouva une présentation singulière : malgré les protestations des organisateurs, il orna sa vitrine de serpents exotiques et de grenouilles des tropiques. Les serpents se faufilaient à travers les bagues et les visiteurs n’en revenaient pas !

Sa première exposition personnelle, en 2001, était déjà couverte par les médias nationaux. Puis il y eut d’autres expositions, mais même lorsque les bijoux au poinçon « Kabirski » étaient récompensés, Guerman ne venait jamais chercher le prix. « Il ne s’agit pas mépris, insiste-t-il. Mais ça ne me plaît absolument pas. C’est du temps perdu et je ne comprends pas pourquoi je dois en perdre ».

Briser la tradition

Diplômé de la faculté économique de l’Université du Daghestan, Guerman Kabirski s’est initié lui-même à l’art de la joaillerie.

«  Mon père est médecin, mes deux frères sont diplômés de l’Institut de médecine. Moi, j’étais toujours en train de dessiner quelque chose. Un jour, le sculpteur daghestanais Anatoli Iagoudaïev, qui avait rendu visite à mon père, a remarqué mes dessins et a convaincu mes parents de me diriger vers un atelier artistique. « J’y suis entré et j’était heureux. Je ne suis plus jamais à l’école », se souvient Guerman en souriant.

Au Daghestan, joailler est un métier respectable. La république compte un grand nombre de spécialistes et possède une école réputée : pendant des années, les bijoux et les armes en argent du village de Koubatchi ont raflé de nombreux prix aux expositions professionnelles dans le monde.

Or, le principe essentiel de l’école traditionnelle est la transmission du métier de père en fils. Guerman, qui n’avait pas de formation professionnelle, a tenté de briser la tradition.

Il a souvent entendu dire que ses parures étaient un défi aux règles de la joaillerie, qu’il ne faisait qu’abîmer les pierres et saccager le métal. Qu’aucun atelier du monde n’enseignait des choses pareilles.

« Je n’avais pas d’enseignants, mais je connaissais la technologie à fond. J’achetais les livres nécessaires pour trouver les réponses à mes questions, ainsi que les équipements indispensables. Je ne voulais pas « préserver  » la tradition, je voulais tout chambouler.

Par exemple, la fonte. Je voulais procéder autrement. On me disait : c’est impossible, Guerman, que fais-tu ? J’ai abîmé un grand nombre de pierres parce que je voulais fondre directement avec elles, fondre plusieurs métaux à la fois », poursuit-il.

Un joailler pas comme les autres

Guerman Kabirski a annoncé récemment sur sa page dans Facebook qu’il ne participerait plus aux expositions internationales.

« Certains estimeront cette décision stupide. C’est peut-être le cas. Mais je m’y suis toujours senti comme un étranger, j’y étais toujours mal à l’aise. Cela étant, je n’organiserai que des expositions personnelles. Los Angeles ou Varsovie, Moscou ou Tachkent, peu importe si j’y suis attendu ».

Guerman Kabirski n’accepte que rarement de donner des interviews. Il n’est pas membre de la Guilde des joaillers ni de l’Union des artistes et ce n’est qu’à contrecœur qu’il communique avec ses collègues.

Il y a plusieurs années, Guerman a été victime d’un accident et il ne peut plus dessiner. Il imagine ses bijoux dans la tête et les réalise tout de suite dans la cire. Il a des assistants, mais il contrôle lui-même tout ce qui se passe après la fonte. Très rares sont les experts qui réalisent eux-mêmes un projet de bout en bout : de l’idée à l’objet fini.

« Je n’ai jamais eu de designer parce que quelqu’un d’autre voit tout autrement, il voit la vie sous un autre jour. Par conséquent, je sais faire tout moi-même : parfois je coule, parfois je réalise l’objet en métal, mais ça passe obligatoirement entre mes mains. Mes « freaks  », c’est moi. C’est ici, sur ma table de travail, que je suis ouvert et sincère comme nulle par ailleurs ».

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