Sept choses que même les Russes ignorent au sujet de Guerre et Paix

Une scène du film "Guerre et paix" (1967) de Sergueï Bondartchouk. Vyatcheslav Tikhonov dans le rôle d'Andreï Bolkonsky (à gauche) et Boris Zakhava dans le rôle du général en chef des armées de Russie Mikhaïl Koutuzov.

Une scène du film "Guerre et paix" (1967) de Sergueï Bondartchouk. Vyatcheslav Tikhonov dans le rôle d'Andreï Bolkonsky (à gauche) et Boris Zakhava dans le rôle du général en chef des armées de Russie Mikhaïl Koutuzov.

Ria Novosti
Du 8 au 11 décembre, des centaines de personnes à travers le monde liront le célèbre roman de Léon Tolstoï en ligne. À la veille de l’action, nous revenons sur des détails méconnus liés à la création du roman le plus épique du grand écrivain russe.

1. C’est un roman de 1 300 pages au format classique. Ce n’est pas le plus grand roman de la littérature mondiale (le XXe siècle a connu des romans de 1 500 pages, voire de 2 000 pages), mais c’est l’un des plus grands à faire partie des canons de la littérature européenne du XIXe siècle. Initialement, dans les deux premières publications, il était divisé en six parties, et non en quatre, сomme dans sa version finale. Ce n’est qu’en 1873, lors de la préparation du roman en vue de sa troisième publication, que l’auteur modifia la distribution du texte selon les tomes et lui consacra la moitié de ses œuvres complètes, qui à l’époque occupaient huit tomes.

2. En 1856, Tolstoï s’apprêtait initialement à écrire un roman qui, au lieu de se consacrer aux guerres napoléoniennes, parlait d’un vieux décembriste (nom qu’on donnait aux nobles ayant tenté de faire un coup d’État visant à renverser le tsar le 14 décembre 1825), autorisé à revenir de Sibérie après trente ans d’exil. Tolstoï se rendit rapidement compte qu’il ne parviendrait pas à révéler les raisons qui poussaient le protagoniste à participer à l’insurrection sans décrire sa participation aux guerres napoléoniennes dans sa jeunesse. En outre, il ne pouvait ne pas prendre en compte les problèmes potentiels liés à la censure s’il tentait de décrire le coup d’État. Ainsi, la « nouvelle sur un décembriste » se transforma en « roman-épopée sur les guerres napoléoniennes en Russie ».

3. C’est également à cause de la censure et à la demande insistante de son épouse Sophie Andréïevna que l’écrivain supprima les descriptions assez franches de la première nuit nuptiale du héros principal Pierre Bézoukhov et de sa première épouse Hélène. Sophie Andréïevna parvint à convaincre son époux que la censure cléricale ne les autoriserait pas.

4. Le tournant le plus controversé du sujet est également lié à Hélène Bézoukhov, qui représentait clairement « une force sexuelle sombre » pour Tolstoï. Hélène, jeune femme en fleur, meurt subitement en 1812 et laisse Pierre libre de se marier avec Natacha Rostova. Les écoliers russes qui étudient le roman à partir de 15 ans perçoivent ce décès inattendu comme une convention nécessaire à l’évolution de l’intrigue. Seuls ceux qui relisent le roman à l’âge adulte comprennent, à leur grand embarras et grâce aux allusions en demi-teinte de Tolstoï, qu’Hélène meurt… à la suite d’un avortement raté.

5. Dans sa description des familles Rostov et Bolkonsky, Tolstoï livre une description assez fidèle de ses propres ancêtres appartenant à d’anciennes familles princières russes.

Ainsi, Nicolas Rostov est dans une large mesure inspiré de son propre père, Nicolas Tolstoï, héros de la Guerre patriotique de 1812 et lieutenant-colonel du régiment de Pavlograd (c’est ainsi que ce régiment figure dans le roman), alors que Marie Bolkonsky est inspirée de sa mère, Marie Nikolaïevna, née princesse Volkonskaïa (1790 - 1830). Les détails de leur mariage sont également décrits de manière assez proche, alors que Lyssia Gori ressemble au domaine de Tolstoï Iasnaïa Poliana.

Toutefois, à la publication du roman, seuls les personnes assez proches des Tolstoï pouvaient s’en rendre compte. Wikipédia n’existait pas à l’époque, et Tolstoï assurait que les noms des principaux protagonistes – Bolkonsky, Droubetskoï, Kouraguine – rappelaient de vrais noms aristocratiques russes – Volkonsky, Troubetskoï, Kourakine – uniquement parce que cela l’aidait à inscrire ses personnages dans le contexte historique et à leur « permettre » de converser avec des personnages historiques réels qui figurent dans le roman, tels que le général-gouverneur de Moscou Fedor Rostoptchine, Napoléon et l’empereur russe Alexandre Ier.

6. Au cours de son travail sur le roman, l’épouse de Tolstoï Sophie Behrs recopia le texte entièrement au moins huit fois, alors que certaines parties furent recopiées jusque 26 fois. Le roman fut composé en cinq ans, de 1863 à 1869.

Un an avant de lancer ce travail, Tolstoï, alors âgé de 34 ans, se maria et son épouse Sophie, âgée de 18 ans, assuma notamment le rôle de secrétaire. Au cours de cette période, elle donna naissance à quatre enfants (les premiers de la fratrie de treize).

7. La langue française utilisée dans Guerre et Paix est véritablement la langue aristocratique française du XIXe siècle. Georges Nivat, grand slaviste français contemporain qui parle couramment le russe, l’a confirmé. Cependant, cette langue est plus proche du milieu du siècle, quand le roman fut écrit, que du début où se déroule l’action du livre.

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